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Les USA, notre meilleur partenaire commercial?

L’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis a donné lieu, en début 2017, à des prévisions fort divergentes de la part des analystes économiques. Alors que certains entrevoyaient le pire, d’autres estimaient que les chiens de garde politiques et économiques des États-Unis joueraient leur rôle et viendraient tempérer les ardeurs protectionnistes du nouveau locataire de la Maison Blanche. Après tout, les liens économiques et politiques entre le Canada et les États-Unis sont trop étroits pour que Trump nous place sur le même pied que le Mexique dans son combat pour « Make America great again », pensait-on.

Neuf mois plus tard, le constat est évident : « America first », quitte à ternir les relations amicales entre nos deux pays. Nouveau conflit du bois d’œuvre, renégociation de l’ALENA sous menace de le déchirer, remise en question des façons de faire de l’industrie de l’automobile, où pièces et véhicules circulent sans embuche de chaque côté de la frontière, et maintenant, Boeing et Bombardier.

Tout comme Trump semble avoir décomplexé la droite radicale américaine, le comportement de Boeing qui, rappelons-le, n’était même pas dans la course pour le contrat de Delta, appuyé par le Département du Commerce américain, démontre que le président américain a donné des ailes à ceux qui veulent attaquer les pratiques commerciales des entreprises canadiennes.

Pourtant, ce combat que mène l’administration Trump sur tous les fronts ne fait pas l’affaire de tous aux États-Unis. Avec l’imposition de droits sur le bois d’œuvre, les importateurs américains se sont en partie tournés vers l’Europe pour leurs besoins. L’Allemagne, la Roumanie, l’Autriche et même la Russie ont vu leurs exportations de bois d’œuvre vers les États-Unis exploser au cours des derniers mois. Le tout a fait bondir le coût moyen des matériaux pour la construction résidentielle de 20%, selon le président de l’Association américaine des constructeurs résidentiels, Jerry Howard. Celui-ci ne s’est d’ailleurs pas gêné pour dire qu’il y avait quelque chose de foncièrement illogique à devoir acheter du bois d’œuvre de Russie au lieu du Canada.

Même son de cloche du côté de Thomas J. Donohue, président de la Chambre de commerce des États-Unis, qui signait récemment dans le Wall Street Journal un billet particulièrement critique à l’égard de Donald Trump. Dans un plaidoyer pour le maintien de l’ALENA, Donohue soulignait que des millions d’emplois aux États-Unis dépendent de cet accord. Il estime que le Canada et le Mexique pourraient se tourner vers d’autres alliés économiques, en Europe, en Amérique du Sud ou en Asie. Selon lui, un retrait de l’ALENA serait une grave et coûteuse erreur qui nuirait aux fermiers, manufacturiers, travailleurs et familles que la Maison blanche dit justement vouloir protéger.

L’administration Trump entendra-t-elle ces appels à la raison, et reviendra-t-elle sur son agenda très clair de jouer les « bully » dans ses négociations commerciales avec le Canada et le Mexique? Rien de moins sûr, avec l’imprévisibilité qui a marqué les neufs premiers mois de sa présidence.

Mais l’attitude des États-Unis dans les dossiers du bois d’œuvre, de Bombardier et de la renégociation de l’ALENA aura déjà semé, tant auprès des entreprises québécoises et canadiennes que de nos gouvernements, cette volonté de diversifier les destinations de nos exportations, volonté qui s’est d’ailleurs concrétisée par la conclusion de l’accord de libre échange avec l’Union européenne. Notre voisin du sud, de par sa proximité, demeurera sans aucun doute notre plus important partenaire commercial, avec ou sans l’ALENA. Mais notre meilleur partenaire? J’en doute.

Par Claude Boucher, directeur de l’information

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