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Évoluons en disant non au projet d’oléoducs de Transcanada

Lorsque Charles Darwin écrivit sa célèbre théorie de l’évolution, développée autour de l’idée selon laquelle l’évolution biologique se fait par sélection naturelle, il frappe l’imaginaire sur un point en particulier : la présomption de l’homme à être au centre de l’univers. Au contraire, l’être humain serait une espèce animale parmi d’autres, issue elle-même d’autres espèces animales plutôt que tout droit sortie de l’intervention divine.

Un principe important de la théorie de l’évolution est la lutte pour l’existence. Ainsi, tous les individus vivants cherchent à vivre et à se reproduire, mais dans un habitat dont les ressources sont limitées. S’ensuit une lutte pour la survie, soit entre les individus d’une même espèce et entre les différentes espèces rivalisant pour les ressources d’une même niche écologique.

Un deuxième principe central à cette théorie est la fameuse sélection naturelle. Dans cette lutte pour l’existence, ce seront non pas nécessairement les êtres les plus forts, mais bien les mieux adaptés à leur environnement qui survivront et se reproduiront en plus grand nombre.

Si jusqu’à présent l’être humain a su se hisser très haut dans le palmarès de l’animal le mieux adapté, comme semble nous l’indiquer la croissance démographique fulgurante de l’espèce humaine, les recherches du célèbre naturaliste anglais pourraient nous rappeler un détail important : cette lutte pour l’existence est constante, tout peut changer.

Une question s’impose alors : l’être humain saura-t-il s’adapter à la grande menace à sa survie, soit les changements climatiques ? Saura-t-il trouver une manière de vivre qui ne fasse pas en sorte de courir à sa perte ?

Savoir s’adapter

Encore récemment, un groupe d’experts internationaux de La Ligue pour la Terre avertissait, sans surprise, que « 2015 est une année critique pour l’humanité  ».

Selon ces scientifiques chevronnés, nous en sommes rendus à un point tel qu’afin d’avoir une chance raisonnable d’éviter de se retrouver à la limite « dangereuse » des changements climatiques, le fameux point de non-retour fixé à 2˚ Celsius d’augmentation, des changements drastiques menant à une éventuelle société carbone-neutre doivent être effectués dès maintenant.

Dans ce contexte, le projet d’oléoducs de TransCanada est pour le moins déconcertant. À l’heure de l’impératif d’un mode de vie « décarbonisé », ce projet vise à développer les infrastructures nécessaires au transport par oléoducs du pétrole albertain et saskatchewanais vers l’est du pays, traversant du coup le Québec. Ce serait donc l’équivalent de 1,1 million de barils de pétrole par jour qui traverseraient la belle province.

Outre les risques bien réels pour l’environnement décriés par les opposants écologistes au projet, c’est surtout le fait de permettre un projet accroissant notre dépendance aux hydrocarbures qui est inquiétant.

Chez ceux qui défendent le projet, l’on sent surtout une volonté de mettre l’accent sur l’appropriation nationale des avantages que cela entrainerait : « Dans le grand débat sur les formes d’énergies que nous devrons privilégier à l’avenir, un fait inéluctable demeure : nous allons continuer à consommer du pétrole pendant encore des décennies. La question que l’on doit se poser est simple : souhaitons-nous utiliser l’énergie des autres, ou ne souhaitons-nous pas plutôt tirer profit de la nôtre et nous enrichir ? », peut-on lire sur le site du  Conseil du patronat du Québec.

Plusieurs aspects de l’argumentation de ces « pro-oléoducs » sont problématiques, à commencer par le fait que l’enjeu est ici présenté comme une fatalité. En effet, ce n’est pas parce qu’en ce moment nous sommes dépendants aux hydrocarbures qu’il faut mettre en œuvre un plan pour faire perdurer cette dépendance ! Des alternatives aux hydrocarbures existent déjà, elles aussi. Et ces alternatives seraient également génératrices d’emplois !

Ensuite, que l’on « utilise l’énergie des autres » ou que l’on « tire profit de la nôtre » a peut-être une différence pour l’économie nationale, mais pas sur le plan de la lutte aux changements climatiques qui elle a un impact global. Les conséquences de notre consommation de pétrole ne connaissent pas de frontières.

Se transformer pour évoluer

L’évolution, au sens biologique, se distingue clairement de l’évolution au sens moral. L’un ne progresse pas toujours avec l’autre. Dire oui au projet de l’oléoduc de TransCanada compromet non seulement nos objectifs de réduire collectivement nos émissions de GES, en favorisant ce secteur plutôt que ses alternatives vertes, mais nous éloigne d’une certaine idée de justice globale.

Si nous ne réussissons pas à freiner nos émissions de GES de sorte à éviter l’augmentation de 2˚ Celsius,  ce seront surtout les êtres humains les plus pauvres de la planète, soit les moins « adaptés » à la hausse de température, du niveau des mers, de la sécheresse des terres, etc. qui en paieront le prix. Vraiment, « tirer profit de notre énergie », aux dépends de la survie globale de l’espèce, n’est pas la seule et unique option. Nous devons tirer profit d’une énergie alternative. L’évolution nécessite désormais une révolution.

 

Emmanuelle Gauthier-Lamer,
Enseignante en philosophie,
Collège de Valleyfield

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