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Politique d’austérité : le coût d’une vision comptable

Si chaque année semble avoir sa thématique, l’année 2015 sera vraisemblablement avoir été inaugurée sous le drapeau de l’austérité.

Coupures dans les services de santé, d’éducation et j’en passe, le problème bien réel de la dette publique québécoise n’engendre pas de consensus quant à la manière de gérer son poids.

Face à cette impasse financière, le gouvernement libéral a choisi l’avenue des mesures d’austérité en réduisant les services touchant surtout les classes moyenne et pauvre. Or, il serait bon de se rappeler que le problème n’implique pas de manière inévitable une telle solution. Après tout, l’austérité est une idéologie, et non pas une recette miracle.Une idéologie, c’est une vision partiale plutôt qu’objective : on tente d’expliquer le monde selon une cohérence propre à un système d’idées auquel l’on adhère.

Ainsi, depuis la perspective libérale dans laquelle l’individualisme est valorisé (l’idée de l’utilisateur-payeur illustre bien cette norme), il n’est pas surprenant que le gouvernement Couillard tente de convaincre la population de la nécessité de ces mesures d’austérité. Toutefois, celles-ci sont profondément inéquitables. À commencer par le fait que les coupures visent d’abord et presque entièrement les services publics plutôt qu’une meilleure efficacité administrative.

Deux poids, deux mesures

En effet, le gras quasi intouchable du trop nombreux cadres des sociétés d’État, notamment, est la pointe du sentiment d’injustice que font naître ces mesures d’austérité. Ce sentiment d’iniquité nait également de la différence de traitement entre les institutions publiques et privées ; tandis que le citoyen ordinaire se « serre la ceinture » et voit ses services diminuer, le privé paie de moins en moins d’impôts , autant au niveau fédéral que provincial, de telle sorte que ce sont même les PME qui paient la plus grande partie des impôts provenant de la sphère des entreprises.

C’est dans cet esprit que peuvent être perçues les répercussions du marché carbone. Dans un effort visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre, Québec a décidé d’instaurer un « coût carbone », soit des quotas d’émissions que devront respecter les entreprises industrielles et commerciales, lesquelles devront être achetées lorsqu’elles sont dépassées ou encore pourront être vendues si elles ne sont pas utilisées.

Une manière donc de récompenser les entreprises faisant un effort environnemental et de punir les « mauvais élèves ». L’idée ici étant de récolter de l’argent de ce marché afin d’investir dans un fond vert, destiné à encourager des projets verts.

En principe, l’idée est bonne, il est difficile d’être contre la vertu. Toutefois, en pratique, c’est encore une fois le consommateur qui devra absorber la facture. En effet, afin de survivre malgré ce coût supplémentaire, plusieurs entreprises soumises à cette obligation, dont les distributeurs de carburants, refileront ce surcoût à leurs clients. Dès le 1er janvier 2015, l‘essence a ainsi augmenté d’environ 2 ¢ le litre.

La raison instrumentale

Cette augmentation participe à l’accroissement des iniquités sociales, resserrant davantage l’étau autour du cou des mêmes citoyens et citoyennes. Encore une fois, il est urgent d’adopter des mesures luttant contre le réchauffement climatique, néanmoins le problème ici se situe dans la vision idéologique conduisant l’application de ces mesures.

Bien qu’il soit cliché de le dire, il n’en est pas moins vrai : l’environnement, ça n’a pas de prix. En cherchant à diminuer notre empreinte écologique en stricts termes de coûts et bénéfices, nous imputons à l’environnement la même logique d’austérité que dans la sphère politique.

Or, l’environnement n’est pas un produit dont le marché peut en déterminer la valeur ; c’est quelque chose qui a de la valeur au-delà de l’être humain. Si tout un chacun a un besoin vital de l’équilibre écologique, tout un chacun devrait, de manière équitable, participer à sa sauvegarde.

Si d’année en année le fameux jour du dépassement survient plus tôt, soit le jour de l’année où l’ensemble de la planète a dépassé en consommation des ressources de ce que la Terre est capable de fournir pour se renouveler, la fausse analogie entre l’environnement et une banque devient plus claire : l’environnement ne peut déclarer faillite. Vivre à crédit avec celui-ci nous rapproche plutôt de la perte de l’être humain, emportant avec lui d’autres espèces vivantes.

Nous le réitérons, le problème des finances publiques est bien réel. Toutefois, il existe d’autres alternatives aux mesures d’austérité. La relance économique en est une et l’Islande ayant choisi cette option semble s’en être beaucoup mieux tirée que la Grèce. Espérons seulement que le fond vert aille en ce sens !

 

Pour plus d’information:

Emmanuelle Gauthier-Lamer
Enseignante en philosophie,
Collège de Valleyfield
emmanuelle.glamer@gmail.com

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