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La fin du monde selon les scientifiques

L’été dernier, un article sur la crise du réchauffement planétaire particulièrement percutant a paru dans le célèbre magazine Rolling Stone, sous le titre « Global Warming’s Terrifying New Math ». À titre d’énième scénario catastrophe annonçant la fin du monde, le propos de « l’effroyable nouveau calcul du réchauffement climatique » aurait pu n’être qu’un long déjà vu.

Tant s’en faut, l’auteur de l’article en question, le chercheur et environnementaliste Bill McKibben, se distingue en ce que son message repose en une formule mathématique éloquente.

En effet, pour comprendre la portée redoutable des conséquences liées au réchauffement climatique, il suffit, selon McKibben, de comprendre l’équation suivante : partant du fait que la communauté scientifique s’entend pour dire qu’une augmentation du réchauffement planétaire d’à peine 2 degrés serait le maximum pour que la Terre demeure habitable, les spécialistes évaluent à 565 le nombre de gigatonnes de carbone qu’il faut pour atteindre ces 2 degrés.

Or, à l’heure actuelle, il y a dans les réserves mondiales d’hydrocarbures environ cinq fois plus de carbone destiné à être brûlé, soit 2795 gigatonnes. Du coup, au rythme actuel d’augmentation de ces émissions, soit 3 % par année, il nous resterait environ 13 ans avant de frapper le point fatidique.

État d’urgence

De ce calcul aux graves conséquences, la conclusion s’impose d’elle-même : à moins d’un changement massif et imminent, parvenant à s’imposer contre le mouvement destructeur déjà en branle, le pire serait à craindre.

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Vagues de chaleur extrêmes en Russie et aux États-Unis, inondations un peu partout dans le monde, cataclysmes historiques, sécheresses et feux de forêt de plus en plus fréquents : autant de phénomènes témoignant qu’il y a péril en la demeure… en la demeure de notre planète bleue, certes, mais également péril en demeurant, c’est-à-dire en ne changeant pas notre relation à l’environnement.

La situation est donc à ce point alarmante qu’elle ne peut attendre pour que l’on y remédie : il s’agit d’un état d’urgence. Chaque effort, même minime, pour la réduction globale du réchauffement pourrait empêcher des milliers de personnes d’être victimes d’une sécheresse extrême, par exemple.

Toutefois, même si la crise écologique exige un changement aussi radical, est-il possible de provoquer ce changement sans un sentiment d’urgence généralisé ?

L’effort au niveau local

Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que les orientations politiques actuelles, montrant une dépendance à l’exploitation pétrolière plutôt qu’une intention d’utiliser les énergies propres, peuvent favoriser le bien commun.

En ce moment, l’avenir de la belle province en matière d’engagement éco-énergétique est peu réjouissant si l’on se fie aux projets d’oléoducs et d’exportation du pétrole canadien. Ces derniers contreviennent à la promesse électorale faite par le Parti Québécois, celle de diminuer progressivement notre dépendance au pétrole.

À l’heure actuelle, il faut diminuer notre dépendance aux énergies fossiles le plus rapidement possible afin que les espèces de tous poils aient encore un avenir : c’est notre véritable porte de sortie.

Au niveau plus individuel, il est également fort probable que la conscience de l’ampleur de l’urgence puisse conduire à des changements drastiques.

En effet, il est difficile de croire qu’un individu ou une communauté ait les mêmes priorités sachant l’imminence de la fin. S’il reste véritablement une décennie et des miettes avant de vivre dans un environnement complètement hostile à l’être humain, il y a fort à parier que les inconvénients de la technologie presque embryonnaire des voitures électriques ou les efforts physiques qu’exige le vélo, pour ne nommer que ces deux exemples-là, ne feront plus le poids dès lors qu’une véritable prise de conscience collective aura lieu.

Emmanuelle Gauthier-Lamer
Université de Montréal

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