Accueil » Dossiers » Caoutchouc/Plastique » Un programme: simple, étoffé et durable

Un programme: simple, étoffé et durable

Depuis son avènement, il y a un siècle, le plastique, ses composants et ses dérivés se sont taillé une place telle dans notre quotidien, qu’ils se retrouvent dans absolument tout ce qui nous environne.

On n’y échappe pas, nombre d’objets de première utilité sont fabriqués dans ce matériau, omniprésent dans tous secteurs névralgiques: agriculture, alimentation, pharmaceutique, informatique, aéronautique et transports. Sans compter l’ensemble de l’industrie elle-même. De la matière première, les moules et les matrices, jusqu’aux produits finis. Même les billets de banque sont maintenant faits à partir de polymère, une matière synthétique plastique.

Bref, l’usage du plastique sous toutes ses formes, ses composites et ses matériaux hybrides est à ce point répandu à l’échelle de la planète, qu’il est considéré indispensable. Si les incontournables matières plastiques font partie intégrante de nos vies, ses nombreuses déclinaisons représentent aussi un enjeu de taille au plan des répercussions sur l’environnement, et soulèvent la problématique de l’accumulation de ces résidus parfois recyclables, parfois biodégradables, souvent, non. Son étalement touche l’empreinte écologique et influe sur le développement durable, un impératif de première instance, qui interpelle particulièrement les plasturgistes québécois.

À cet effet, un programme étoffé a été élaboré par la Fédération des Plastiques et Alliances Composites (FEPAC), un organisme dédié au maintien et à la progression des affaires dans le secteur du plastique au Québec. « Depuis bientôt quatre ans, nous mettons de l’avant des stratégies pour donner une vision commune de l’action à tous les intervenants du milieu sur divers aspects de l’industrie », indique Pierre Fillion, le président-directeur général de l’organisme. Créée en 2008, la FEPAC est une organisation sans but lucratif de la Rive-Sud de Montréal, qui vise à répondre aux besoins spécifiques des plasturgistes, et à favoriser leur émergence.

Objectif : 200 membres… et plus

« La Fédération a vu le jour tandis que sévissait la dernière crise économique. La grande visée de cette entité nouvelle était de doter les membres d’outils, de moyens d’action et de programmes types pour assurer la pérennité de cet important créneau qu’est la plasturgie au Québec », explique le PDG. Il y avait d’ailleurs un besoin palpable. « Nous avons débuté avec une quinzaine d’entreprises membres.

À l’heure actuelle, notre réseau, proactif, compte près de 200 adhésions de PME liées au domaine du plastique. Que ce soit du côté de la matière de base, des sous-produits, des moules, des matrices ou des emballages. » Qu’en est-il de la mission? « Nous axons notre démarche sur la mise en commun de solutions, et bâtissons un agenda à suivre rigoureusement pour la continuité des choses. » Concrètement, s’orienter vers des projets et des initiatives constructives. « La concertation est prépondérante. Notre réseau privilégie l’échange d’idées et de bons procédés. »

Consolidation de l’industrie

« Le secteur manufacturier du plastique et des composites du Québec s’est démarqué du peloton, en ce sens qu’on a pris les moyens pour s’ajuster au contexte économique difficile qui a prévalu dès la fin des années 2000. Tous les secteurs manufacturiers ont accusé une baisse de commandes et ont été plongés dans une période d’incertitude, à tout le moins de flottement. En ce qui a trait à la plasturgie, les répercussions de la crise économique se sont surtout fait sentir chez les mouleurs, dont les affaires reprennent peu à peu. »

Pour faire face à la musique, le secteur des plastiques a concentré son action sur la consolidation de ses acquis, et sur la préservation de ses effectifs, souvent les premiers à subir les contrecoups. « Beaucoup a été fait pour éviter les mises à pied, les ressources humaines représentant les forces premières de l’entreprise. » Dans les faits, une série de démarches a eu cours. Elles ont été rapidement enclenchées par l’industrie, en accord avec la position de la Fédération qui s’est placée en mode offensif.

« La consolidation était le but recherché par les industriels qui devaient, à ce stade, escompter sur un marché et une économie en meilleure posture… dans le futur. L’expansion étant de mise lors de périodes plus fastes; la recherche d’innovations et de solutions devenait une nécessité durant cette période. L’objectif étant de bien se préparer pour la reprise. »

Afin de s’adapter à la situation économique défavorable, une liste de recommandations a été émise à l’intérieur d’un plan d’action de la FEPAQ. Liste qui a entre autres pris la forme du programme IMAC (Innover votre modèle d’affaire et commercialisation) mis en œuvre  par l’organisation. Un guide qui a permis aux participants d’effectuer la transition vers une redéfinition de leur façon de brasser les affaires et une refonte de leurs procédés.

Toujours innover

Le climat d’incertitude généré par la récession s’étendant au-delà des frontières du Québec, il y avait aussi dans le tableau la concurrence asiatique, une menace potentielle pour la survie de certains secteurs de l’activité industrielle. Ce, en raison des coûts très bas de la main-d’œuvre et des tentatives de s’accaparer le marché nord-américain. « Cette concurrence tout comme la concurrence internationale n’a été qu’un moteur pour propulser le désir d’innover. »

Les entrepreneurs du secteur de la transformation des plastiques ont paré à la situation en tablant sur des nouveaux procédés qui les aideraient à se démarquer et à les rendre compétitifs, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui. Plutôt que de rester statiques, dans l’attente d’une embellie du marché, ils se sont retroussé les manches, le plus souvent en faisant preuve d’ingéniosité. Étape cruciale: passer en revue chaque volet de l’entreprise pour une réévaluation.

« D’aucuns ont fait le ménage pour éliminer toute forme de gaspillage. Ils ont rationalisé les coûts de l’ensemble de leurs équipements, soit en rehaussant leur précision, soit en les rendant plus performants. D’autres ont entamé des actions pour accroître leur productivité, en repensant et renouvelant les étapes de production. En intégrant aussi de la machinerie de pointe dans leur parc d’équipements.

Des procédés novateurs ont également été adoptés au chapitre de l’automatisation, venant solutionner des problématiques auxquelles on n’avait pas eu le temps de s’attarder en phase de grande activité. En résumé, un accent important a été mis sur les avancées technologiques, ce qui a débouché dans certains cas, sur une restructuration complète.

Pour ce faire, des investissements ont été consentis à coup de millions pour perfectionner les équipements. Une hausse de la qualité en a résulté. La crise financière n’a donc pas stoppé les manufacturiers du plastique, loin de là. Ils se sont mieux positionnés tant à l’échelle nationale que mondiale, prêts pour la relance.

Dans l’intervalle, ils ont rafraîchi leurs installations et leur gestion de l’entreprise. En innovant, ils sont devenus hautement compétitifs. « S’asseoir et attendre le retour au beau fixe aurait été une erreur. En tout cas, quelque chose que l’on n’a pas préconisé », mentionne Pierre Fillion, qui rappelle qu’en pareille circonstance, il faut demeurer proactifs et faire en sorte de s’ajuster aux changements.

En tête : le développement durable

Le développement durable est au cœur des actions présentes et à venir dans l’industrie. Un secteur d’activité qui génère des milliards chaque année mais qui, souvent décrié, est confronté au défi de sa cohabitation avec l’environnement. La préservation des ressources naturelles étant une préoccupation de l’heure, il s’avérait impérieux de renverser cette perception et de tenter de lui conférer une valeur ajoutée aux plastiques.

C’est pourquoi à la FEPAQ, plus d’un million de dollars a été injecté dans la recherche et la mise en œuvre d’un ambitieux Programme de qualification et d’attestation ÉCORESPONSABLE. Un plan d’action édifié méticuleusement au cours des deux dernières années, moment où les bases ont été jetées avec le concours d’experts.

« Le programme, qui rejoint tous les industriels, est très détaillé, à la fois simple d’exécution et touffu. Il comprend une méthodologie avec boîte à outils et marche à suivre, que l’entrepreneur et son équipe peuvent facilement intégrer. » Des moyens tangibles donc de procéder à un redressement.

Que ce soit pour éviter la production excessive de rebuts, bonifier les systèmes anti-pollution ou simplement tenir les participants informés des alternatives vertes et des pratiques responsables. Des exemples? Recycler les matières ou encore réduire les quantités à consommer à la source.

« Nous voulons ainsi nous positionner comme chefs de file mondiaux dans la préservation des ressources, avec pour grand objectif, l’amélioration de la qualité de vie collective », enchaîne le porte-parole de la FEPAQ.

Évolution et nouvelle ère?

Ce mode de développement en pleine mutation, dont la particularité est d’orienter les actions vers la pérennité, plutôt que vers l’usage du utilisable-jetable, s’il est largement endossé, entraînera inévitablement un changement dans les mentalités. Cela sera réalisable, bien sûr, dans un effort constant et soutenu pour prolonger la durée de vie des produits. Un absolu pour la sauvegarde de l’environnement.

« Dans cette optique, nous comptons interpeller les gouvernements et l’ensemble des dirigeants de toutes sphères, pour leur faire connaître notre projet afin qu’il soit éventuellement adopté à plus large échelle, et appliqué comme modèle dans d’autres secteurs d’activité. »

Une campagne publique en ce sens se tient, parallèlement. Elle fera état de l’écoresponsabilité pour le bien-être de la collectivité, et tentera de mobiliser le plus d’intervenants.

Les 40 leaders écoresponsables

Pour donner plus de coffre au nouveau Programme de développement durable, le PDG Pierre Fillion est à mettre en place un sous-réseau de 40 leaders québécois, sortes de mentors ou d’exemples, pour amener d’autres entreprises à s’inscrire. « Le but est de rassembler autour de ce noyau représentatif de l’industrie des plastiques, des centaines d’autres membres et partenaires. » Une formation sur mesure est prévue pour l’intégration au programme, de même qu’un accompagnement.

Luc Métivier, vice-président de Recyc RPM inc.

Le plus important recycleur de matière plastique post-consommation au Québec, Recyc RPM situé à Saint-Damien (région de Chaudières-Appalaches) adhère à ce programme avec conviction. « Nous appliquons déjà, à l’intérieur de nos installations, des mesures telles que le traitement et la récupération des eaux, la réduction des besoins en approvisionnement combinée à celle des matières résiduelles que nous revalorisons », dit Luc Métivier, précurseur, vice-président et cofondateur.

L’entreprise du comté de Bellechasse recycle annuellement près de 25 millions de kilos de plastiques qui sont transformés en billes destinées au secteur industriel du moulage (excluant les applications pharmaceutique et alimentaire). Cette résine thermoplastique est vendue mondialement.

La matière première provient des centres de tri, alimentés par la collecte sélective effectuée dans les municipalités du Québec. « Nous visons atteindre le zéro effluent et le zéro émission atmosphérique. »

Chez Les Emballages Interplast de Terrebonne, autre leader écoresponsable de la première heure, le concept de développement durable fait partie de la culture de l’entreprise et va au-delà de la protection de l’environnement.

« Il englobe d’autres composantes comme la santé et la sécurité des employés, l’utilisation modérée de l’énergie et des ressources naturelles liée à des pratiques moins énergivores et moins coûteuses, et des politiques d’achat local », expose Germain Archambault, directeur général de la PME, qui donne dans la fabrication de contenants à œufs 100 % recyclés PET.

Ces actions posées de part et d’autre se font dans une perspective de gestion responsable à long terme. Une façon de minimiser son empreinte carbone et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Exportable

Si la recette de l’écoresponsabilité émerge du Québec, instigateur de l’ambitieux programme, elle est aussi susceptible d’intéresser d’autres pays, telle la France qui s’est montrée très à l’écoute. Il a été conçu de telle sorte qu’il est adaptable à tous les niveaux, et exportable.

« Nous sommes à l’affût de toute demande, opportunité de croissance et engagement en ce sens », termine Pierre Fillion. Il va de soi qu’il souhaite que le Québec, avec ses écoleaders, devienne un modèle sur le plan international.

Sommet 2012

Le programme portant sur le développement durable sera déjà en vigueur depuis près de six mois, lorsque le prochain Sommet de la Plasturgie se déroulera le 10 mai prochain, à  Drummondville. L’événement qui réunira tout près de 200 décideurs de l’industrie aura pour invité et conférencier de marque, Jean-François Lépine de la société Radio-Canada.

« Nous aurons quelque chose de substantiel à présenter avec cette initiative que nous voulons étendre par le biais d’une vaste campagne d’information, et qui témoignera du fruit d’efforts concertés de notre association et d’industriels de la plasturgie. »

Rappelons qu’au Sommet de 2011, la FEPAC avait déjà amorcé son virage vers un changement de « pratiques plus vertes » dans l’industrie. Les participants au programme comptent poursuivre dans cette direction qui allie l’écoresponsabilité au défi de la profitabilité. Un « modèle écoperformant et écohérent » que l’on souhaite inspirant. Convenons que la formule, unique en soi, est fort prometteuse.

SAVIEZ-VOUS QUE ?

  • L’industrie des plastiques et composites emploie 40 000 personnes au Québec.
  • Environ 80 % de la production québécoise de plastiques et ses dérivés va à l’exportation.
  • L’industrie des plastiques est l’un des plus importants employeurs manufacturiers au Québec, et les entreprises appartiennent majoritairement à des intérêts locaux.

LIENS INTERNET

www.fepac.ca
www.recycrpm.com
www.interplast.net

Aucun commentaire.

Répondre