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Les indignés de Kyoto

Si 2011 aura été l’année de l’indignation par excellence, l’annonce du retrait du Canada du protocole de Kyoto par le ministre de l’Environnement, Peter Kent, a de quoi nous indigner pour les douze mois à venir.

Car une nation non signataire du protocole, c’est aujourd’hui rare. Mais une nation se retirant de l’engagement, c’est du jamais vu.

Les premiers impacts négatifs d’un tel bris de contrat se situent évidement au niveau de l’image du Canada à l’étranger : réputation ternie, image du partenaire fiable bafouée, perte de crédibilité.

Plus concrètement, il ne serait pas étonnant que cela soulève des sanctions de la part de certains partenaires commerciaux, plus dures encore que la taxe carbone que veut imposer l’Union Européenne sur les gros pollueurs. À tout le moins, des partenaires économiques importants du Canada, à l’instar de l’Inde et de la Chine, ont déjà vivement critiqué le retrait canadien.

Crédit photo: Uryadnikov/Shutterstock.com

Le geste était pourtant prévisible : que l’on écoute le discours actuel des républicains états-uniens ou encore que l’on remonte à l’époque où Harper parlait du protocole de Kyoto comme d’un «complot socialiste», le déni du réchauffement climatique semble désormais faire partie de l’esprit du discours conservateur.

Mais ce qui a été invoqué pour justifier cette décision repose principalement sur le fait que les règles du protocole n’étant pas les mêmes pour tous les pays rendraient trop désavantageuses la poursuite de l’engagement. Or, nous sommes d’accord pour dire qu’une proposition telle que la création d’un fonds vert pour venir en aide aux pays émergents ne relève certainement pas de la pure charité.

L’environnement est bien plus qu’un «beau projet» ; il découle directement d’un intérêt commun de survie. D’une survie soit bien actuelle, relativement aux menaces imminentes des catastrophes naturelles toujours de plus en plus meurtrières et fréquentes, mais également à plus long terme, soit celle de la nation même, de sa pérennité dans le temps par les générations futures.

Toutefois, faut-il encore que toutes les nations y participent pour y arriver. Car l’injustice découlant du refus du Canada à coopérer avec les autres signataires est bien plus grande que celle pouvant être liée aux exigences plus grandes que réserve le protocole aux pays industrialisés. Chercher obstinément à ce que les règles soient les mêmes pour tous est absurde lorsque dans les faits l’on sait très bien que le réchauffement climatique est bien plus périlleux pour les nations moins bien nanties, dû au fait d’une infrastructure énormément plus vulnérable.

Bien entendu, si l’on croit que les changements climatiques ne sont qu’un mythe, il sera difficile de se sentir un tant soit peu responsable. Pour tous les autres, il y aura de quoi s’indigner. S’indigner de l’injustice d’une part envers les autres citoyens du monde, d’autre part envers les 76% des Canadiens n’ayant pas voté pour ce gouvernement, puis enfin envers les futures générations qui auront à faire face aux conséquences à venir de ce choix.

Évidemment, le retrait du Canada du protocole n’empêche pas forcément que nous accomplissions malgré tout les objectifs jadis fixés.

Toutefois, cela est fort douteux. D’abord, en raison du fait que jusqu’à présent les chiffres nous indiquent que nous sommes loin d’avoir atteint l’objectif de la première phase du protocole, laquelle visait à ce que le taux canadien d’émission de gaz à effet de serre soit ramené à une augmentation maximale de 6% (par rapport à celui produit en 1990), alors qu’il a augmenté d’environ 33% !

Ensuite, parce que miser sur la réglementation plutôt que sur la légalité des enjeux environnementaux fait en sorte que ces questions reposent en grande partie sur la bonne foi des individus. Or, même des millions d’actes individuels visant la diminution de gaz à effet de serre par exemple, ne parviendraient pas à faire le poids contre une infrastructure institutionnelle dans laquelle le contraire serait également permis. Qui plus est, il est clair que les conservateurs ne mettent pas la cause environnementale en priorité, comme en témoigne leur récente abolition de 700 postes de chercheurs à Environnement Canada.

Bref, le retrait du Canada du protocole de Kyoto montre une fois de plus que les conservateurs de Stephan Harper sont plus au service de «certaines» industries, soit les plus polluantes, que du citoyen ou même de l’entrepreneur innovateur. Et malheureusement, sans la motivation de nos dirigeants à faire de la protection de l’environnement une priorité, la transition vers le développement durable se fera difficilement et le retard qu’accusera à long terme le Canada court, quant à lui, le risque d’être beaucoup moins rentable.

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