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Stabilisation lente après des difficultés majeures

L’ouragan, qui a touché l’industrie du papier au Saguenay—Lac-Saint-Jean au cours des dernières années, est passé. Les installations qui restent sont assez bien positionnées en termes de compétitivité. À court et moyen terme, l’industrie devrait se relever tranquillement.

On ne s’attend donc pas au cours des prochaines années, que la région soit secouée par des fermetures d’installations complètes, ni même de machines, dans le secteur des pâtes et papiers. Les installations régionales sont bien placées et l’emploi devrait se maintenir.

Aussi, cette remontée aura un effet d’entraînement dans l’ensemble de l’économie (effets directs, indirects et induits) au jour le jour. L’économiste Jean-Pierre Lachance, de la direction de l’analyse socio-économique de Service Canada au Québec, s’attend à ce que la demande de pâtes et papiers ne s’améliore pas au cours des prochaines années, et cela en raison de plusieurs facteurs.

Premièrement, la baisse de la demande induite par le ralentissement économique mondial ; d’ailleurs, les États-Unis ne sont pas encore sortis de la récession, glisse Lachance. Il faut donc tenir compte du ralentissement économique. Aussi, les nouvelles technologies numériques prennent de l’ampleur pour la distribution de divers produits jusqu’ici imprimés et la popularité en général des sites WEB ainsi que l’approvisionnement plus important provenant de l’Amérique du Sud où on utilise l’eucalyptus qui pousse bien plus rapidement, et de l’Asie. L’appréhension de la valeur du dollar canadien est une autre embûche.

Dans les faits, le document Perspectives sectorielles pour la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, de Service Canada, fait dire à M. Lachance que l’emploi devrait continuer à diminuer, au cours des trois prochaines années, soit en moyenne 5,7 % par an pour les pâtes et papiers ; la baisse serait de 1,3 % au Québec. Celle amorcée en 1989 s’est accentuée depuis 2000.

En un sens, on peut considérer le bois parmi les industries connexes (voir MCI déc./janv.) ; une baisse de production du papier signifie un besoin moindre de copeaux et tout ce qui entoure cet élément. En aval, tout ce qui touche la distribution est aussi touché, les quantités de papier sous différentes formes soit livres, revues, journaux et le reste étant en baisse. « La baisse dans le sciage entraîne une diminution de la quantité de copeaux sur le marché, ce qui fait augmenter leur prix d’acquisition par les papetières », lit-on dans le plus récent rapport de Service Canada.

La demande de papier reste tout de même assez importante et les installations les moins productives ont fermé leurs portes avec la récession, mais la demande de papier est à la baisse, analyse par ailleurs Clément Desbiens, directeur de la planification et du partenariat à Emploi Québec Saguenay—Lac-Saint-Jean : « Il y a eu un assainissement de l’industrie…»

Les prix du papier et de la pâte ont connu des bas avec la récession et ça n’a pas vraiment remonté, d’expliquer l’économiste Desbiens, « Cela n’a pas remonté autant que l’on aurait voulu. Les prix n’ont pas remonté parce que la demande n’était pas au rendez-vous », résume-t-il. Aussi, la compétition est très forte.

Douce reprise

Professeur en économie régionale à l’Université du Québec à Chicoutimi, Marc-Urbain Proulx constate que l’industrie forestière au Québec et en particulier au Saguenay—Lac-Saint-Jean ne sera plus jamais ce qu’elle était. Il faut aller collecter le bois de plus en plus rare, de plus en plus loin.

« Nous y sommes ; depuis 2008, il faut diminuer les coupes à chaque année, car nous sommes rendus à la rupture des stocks… La reprise économique de 2011 sera un peu plus forte qu’en 2010 mais douce. L’économie américaine reprend en 2011.»

Pour ce qui est du papier, il faut considérer la demande américaine plus faible. La baisse d’utilisation du papier, avec l’électronique et le reste fait que malgré une certaine reprise, par exemple pour le papier journal, ce secteur de production ne sera plus jamais le même, selon Proulx. « La demande de papier est en déclin… Les papetières qui restent sont performantes et ont investi dans d’autres types de papier que le papier journal. Il faut innover comme le fait Cascades avec d’autres types de papiers, un peu partout au Québec. AbitibiBowater fera de même, de plus en plus. » Il évoque notamment le Brésil qui produit du papier rapidement avec de l’eucalyptus.

L’usine de pâte Kraft de la compagnie Donohue à St-Félicien (1978) a fait l’objet de modernisations dans les dernières années, de sorte qu’elle est jugée très compétitive. « C’était un joyau du partenariat AbitibiBowater et on croit qu’elle sera là pour encore plusieurs années », commente Clément Desbiens.

Deux autres joueurs, Fibrec et Cascades, complètent le tableau papetières présentes au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Cascades, notamment, est solide et opère dans un créneau qui lui est propre : elle fabrique des papiers spécialisés et utilise des fibres recyclées de papier et carton. La compagnie avait interrompu ses activités à la papeterie de Dolbeau-Mistassini en juin 2009. L’usine employait près de 250 personnes. L’usine de Gatineau était fermée pour une période indéterminée depuis le 13 juillet. Pour AbitibiBowater, la fermeture définitive des deux usines constitue un retrait de 604 000 tonnes métriques de papier journal et de papiers d’impression commerciale. Ses installations de la compagnie à Alma et Kénogami sont compétitives.

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