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Nourrir les toits…

Parmi les grands défis qui attendent la prochaine décennie, la nécessité de nourrir durablement les grands centres urbains est un incontournable. S’il se produit annuellement assez de nourriture pour alimenter une population de 9 milliards d’habitants, alors que nous serons 7 milliards en 2011, il va s’en dire que bien des problèmes persistent. Bien sûr, la répartition de l’alimentation dans le monde demeure un enjeu considérable, mais dans les grandes villes, l’attention est davantage tournée vers la production alimentaire et ses impacts négatifs sur l’environnement.

Tout d’abord, l’augmentation des flux de transports de denrées alimentaires d’un bout à l’autre de la planète a conduit à une hausse importante de la pollution, principalement dans les villes. Il faut se rappeler que de nombreux pays asiatiques, latino-américains et africains ont transformé, dans les années 1970-80, leurs systèmes agricoles et sont devenus de gros producteurs de monoculture afin de vivre de l’exportation, en délaissant le principe de l’autosuffisance alimentaire. Par ailleurs, il y a l’impact de toutes ces terres fertiles qui, annuellement, se perdent au profit de l’expansion urbaine. Historiquement, les grandes villes du monde ont, pour la plupart, été construites à proximité de plans d’eau, fleuves ou confluents, de sorte que ces villes occupent aujourd’hui de bonnes terres arables. Ainsi, l’expansion urbaine, en plus d’exiger une augmentation de l’apport de nourriture dans les villes, provoque la disparition de nombreuses terres agricoles.

En somme, il devient donc de plus en plus difficile et coûteux de nourrir les habitants des villes, d’autant plus que la population mondiale est maintenant urbaine à plus de 50%. Donc, aujourd’hui en 2011, les citadins résident pour la plupart sur des terres fertiles (tel est le cas de la vallée du Saint-Laurent), ils sont de plus en plus nombreux et doivent se procurer de la nourriture qui, parfois, parcourent des milliers de kilomètres pour se rendre à bon port. Face à cette situation, une question se pose:

Comment arriverons-nous à nourrir durablement les grands centres urbains de ce monde ?

Rassurez-vous, la solution ne réside pas en un retour massif aux communes des années 1970, ni à un grand retour à la terre ! Il faut cependant trouver des solutions car la situation ne pourra perdurer. L’agriculture urbaine se présente comme une solution pratique, ludique et envisageable à l’échelle du globe. Elle est d’ailleurs l’avenue proposée par l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour faire face aux besoins criants de sécurité alimentaire dans les pays en développement. Même si Montréal et le Québec dans son ensemble ne se retrouvent pas dans une situation aussi alarmante, il n’en demeure pas moins que nourrir une population urbaine, même dans un pays industrialisé, présente des impacts environnementaux considérables.

Si l’agriculture urbaine, c’est-à-dire la pratique de l’agriculture en ville, semble très « tendance » à l’heure actuelle, elle existe depuis fort longtemps, ne serait-ce que par la présence de jardins communautaires ou encore des toitures végétalisées. Mais outre les jardins communautaires, présents dans les grands centres urbains du Québec et du monde, une idée originale prendra forme à Montréal au mois de mars de cette année. Il s’agit du projet des Fermes Lufa, un concept de serres urbaines.

L’objectif de cette approche réside dans le fait de nourrir une population urbaine localement et durablement en plus de pratiquer une agriculture sans OGM, ni pesticides. Pour ce faire, des serres, occupant 31 000 pieds carrés de surface, sont actuellement construites sur le toit d’un bâtiment industriel, dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

Cette initiative est très intéressante et pleine d’avenir car elle utilise des toitures dans des zones industrielles afin de subvenir aux besoins alimentaires des populations environnantes. L’idée d’introduire des espaces de verdure là où traditionnellement le béton et le goudron sont rois permet non seulement de diminuer les îlots de chaleur, mais aussi de revaloriser des zones qui ne sont pas reconnues pour être des « zones vertes ». Ajouter à cela les avantages que peuvent obtenir les propriétaires des bâtiments: en plus des revenus potentiels de location de la toiture, ces bâtiments gagnent en isolation ! En effet, comme dans le cas des toits végétalisés, les serres urbaines isolent les toitures occupées en réduisant la facture de chauffage l’hiver et celle de climatisation l’été.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que ce concept se propage afin de limiter l’impact de notre alimentation sur l’environnement.

Plus la nourriture est cultivée et consommée localement, moins il y aura de pollution générée par les transports.

Car malheureusement, la pollution n’a plus de frontières…

Marie-Élaine Lambert
Enseignante en Géographie
Cégep Marie-Victorin

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