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Le Canada marche la main dans la main avec son voisin du Sud

La lutte contre les changements climatiques n’a pas la cote auprès du gouvernement Harper. Parmi les mesures qui y contribuent figure la réduction des gaz à effet de serre (GES) que plusieurs pays se sont engagés à mettre en place selon des cibles qu’ils se sont données à l’occasion de rencontres internationales.

Au Canada, il semble que ce soit sur la réduction des objectifs que nous nous appliquions, bien plus qu’à leur atteinte. Comment expliquer cette attitude du Canada autrement que par cette évidence que tente d’occulter le discours politique: éthique environnementale et bien commun ne rimeront jamais avec néolibéralisme et opportunisme économique.

Tandis que l’UNESCO produira un rapport sur l’opportunité d’établir un projet de déclaration universelle de principes éthiques en rapport avec les changements climatiques qu’elle soumettra au Conseil exécutif en octobre 2010 en vue d’une adoption en octobre 2011, au Canada, nous ferons la démonstration de la dichotomie qui existe entre théorie et pratique, entre principes moraux et action politique. Récemment, les grands quotidiens rapportaient que d’après le Plan de mise en application du protocole de Kyoto publié en juin dernier, le gouvernement Harper a baissé de 10 fois son objectif de réduction des émissions pour l’année 2010, le faisant passer de 57 millions à 5 millions de mégatonnes.

L’UNESCO peut bien plancher le plus sérieusement du monde sur l’élaboration de principes et de positions éthiques universelles, mais tant que la souveraineté des pays comme le Canada restera aliénée aux intérêts économiques des industries polluantes, rien ne sert d’alimenter un vain espoir pour que des actions concrètes et responsables soient posées en vue d’un réel résultat. En attendant qu’accèdent au pouvoir des citoyens dignes des postes de commande, voici les explications que nous pouvons lire, sans ironie, sur le site d’Environnement Canada :

« l’un des principaux problèmes pour le Canada et les États-Unis est de savoir si la réduction des émissions nocives de GES fera ou non baisser le produit intérieur brut (PIB) des deux pays. »

Une des questions que se poseront les éthiciens à l’UNESCO est celle qui consiste à fonder l’équilibre entre le droit des générations actuelles à se développer et les conséquences de ce développement sur les générations futures. Le fait de limiter le développement économique pour assurer un meilleur héritage ne brime-t-il pas l’aspiration à la richesse de la présente génération?

À ce genre de questions, le Canada contribue à répondre en affichant une libre contradiction entre engagement de principe et exécution concrète. Par exemple, au moment où le protocole de Kyoto est entré en vigueur en 2005, il s’était engagé, avec 38 autres pays industrialisés, « à réduire collectivement leurs émissions totales moyennes d’un ensemble de six GES (dioxyde de carbone, méthane, oxyde nitreux, hexafluorure de soufre, hydrocarbure fluoré et hydrocarbure fluoré entièrement halogéné) entre 2008 et 2012.

L’objectif du Canada correspondait à une moyenne de 6 % en dessous des niveaux de 1990 pour la période de 2008 à 2012 », rappelle le site d’Environnement Canada.

L’industrie du pétrole qui extrait des sables bitumineux dans l’Ouest du pays, celle du transport, du gaz, etc. ont joué le rôle de catalyseur de l’inertie politique. Les cibles fixées, comme tout le monde le sait désormais, n’ont pas été atteintes et rien ne laisse croire que les ridicules engagements pris dans le cadre de l’Accord de Copenhague le seront davantage d’ici 2012.

L’élan moral qui en avait fait un des héroïques protagonistes de l’accord de Kyoto s’est essoufflé avec la carrière politique de Stéphane Dion et à Copenhague, le Canada en a profité pour revenir sur ses engagements. Des considérations économiques et pragmatiques ont dû motiver la nouvelle cible à laquelle il s’est engagé, soit la réduction de 17 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2020. C’est toute une aubaine pour le Canada considérant que 2005 fut une année faste en émissions de gaz à effet de serre (731 millions de tonnes) en comparaison avec l’année 2006 (718 millions de tonnes), sensée initialement être l’année de référence. Mentionnons que d’après Greenpeace, cette nouvelle cible implique une augmentation de 2,5 % des émissions au-dessus du niveau de 1990.

En somme, cette cible de réduction des GES de 17 % a surtout le mérite de s’arrimer aux objectifs des États-Unis, aux côtés de qui le Canada veut marcher main dans la main dans ce dossier. Ses visées sont manifestement politiques et économiques. On est donc loin des considérations éthiques fondant les décisions et les actions dont seront tributaires les futures générations.

Myrna Chahine

Professeure de philosophie

Cégep Marie-Victorin

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