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La lutte aux émissions de gaz à effet de serre aux Québec… ça roule !

Au Québec, le secteur des transports est depuis longtemps l’ennemi numéro un de l’environnement. Pourquoi ? Parce qu’à lui seul, il engendre près de 40% des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans la province. C’est bien plus que ce que peuvent produire le secteur industriel, le secteur de l’agriculture ou les secteurs résidentiel, commercial et institutionnel.

De 1984 à 2004, le parc automobile est passé de 3,2 millions à 5,2 millions de voitures, soit une augmentation de 60%, alors que les préoccupations environnementales gagnaient en importance… Et nul ne sert de rejeter la faute sur le camionnage car il ne représente que le quart des émissions du secteur des transports. Ce sont nous, les conducteurs avec nos compactes, sous-compactes, VUS et autres, qui envoyons dans l’atmosphère tout ce monoxyde de carbone en partie responsable des changements climatiques. Bref, le secteur des transports est au Québec ce que sont les sables bitumineux en Alberta : le domaine dans lequel il faut couper si nous souhaitons réduire nos émissions de GES.

S’il peut paraître aisé de diminuer la circulation automobile dans les grands centres urbains comme Montréal et Québec, la situation est bien différente dans les régions plus éloignées où la dépendance à la voiture nous semble de plus en plus indéniable et inévitable. Dans les faits, la voiture fait partie de notre mode de vie depuis plus d’un demi-siècle et il est illusoire de penser que son usage diminuera soudainement d’ici quelques années. C’est même plutôt le contraire qui se produit. Selon Statistique Canada, les travailleurs canadiens mettent de plus en plus de temps pour se rendre au boulot et y revenir. Par exemple, en région métropolitaine de Montréal, le trajet est passé de 62 minutes en 2003 à 76 minutes en 2005…

L’idée ici n’est pas de vous convaincre de renoncer à votre voiture ni de remettre en question notre surconsommation effrénée ou encore l’inefficacité des moyens de transports collectifs. Mais si les Québécois continuent d’augmenter le parc automobile d’année en année, s’ils passent de plus en plus de temps dans leur voiture peut-être faut-il regarder du côté de la voiture elle-même ?

Voilà ce qu’a fait le gouvernement du Québec. Il a décidé de prendre le taureau par les cornes et d’aller de l’avant avec un projet de règlement audacieux mais controversé.

Le pari que s’est lancé le gouvernement québécois est le suivant : s’il faut utiliser la voiture alors il faudra diminuer la pollution qu’elle produit afin de réduire notre empreinte écologique sur la planète.

Ainsi, en 2009, le gouvernement du Québec a annoncé l’entrée en vigueur, à la mi-janvier 2010, de son règlement sur les émissions de GES des véhicules automobiles. Il devient donc la première province canadienne à emboîter le pas à 15 autres États américains et il imposera dès 2010 des quotas d’émissions de GES aux grands constructeurs automobiles. Les normes d’émissions de GES passeront de 187 grammes de gaz carbonique par kilomètre, cette année, à 127 grammes en 2016, représentant un effort de réduction entre 25 et 35% des émissions de GES. Voilà la partie audacieuse du projet.

S’il peut paraître difficile de s’opposer à un projet de la sorte, d’autant plus que ce ne sont pas les consommateurs qui payent la note, la controverse entourant le règlement provient surtout des concessionnaires automobiles, d’une part, et des constructeurs, d’autre part.

En effet, les constructeurs qui dérogeront au règlement devront verser des redevances aux Fonds vert du Québec. Ceux qui se plieront au règlement pourront vendre des crédits, octroyés par le gouvernement, à d’autres constructeurs. Quant aux concessionnaires, ils craignent pour leur santé financière, déjà affaiblie par la récente crise dans le domaine de l’automobile et pour les quelque 35 000 emplois qui dépendent de cette activité économique. C’est qu’en devant abaisser les émissions des GES de leurs ventes annuelles, les concessionnaires et les constructeurs croient qu’il leur faudra éliminer la vente des modèles les plus énergivores. Ils craignent donc que les consommateurs partent acheter leurs véhicules en Ontario ou aux États-Unis.

On se plaint trop souvent qu’en matière d’environnement, les gouvernements laissent les citoyens seuls face à la situation, mais cette fois-ci l’initiative vient du gouvernement et je crois que l’on doit la saluer et l’appuyer. Depuis quelques années, certains constructeurs automobiles ont su modifier leur technologie pour s’adapter à un marché en mutation, les autres n’auront qu’à suivre la tendance.

Marie-Élaine Lambert
Enseignante en Géographie
Cégep Marie-Victorin

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