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Comment changer la boue en or

Si l’industrie papetière est souvent décriée pour les énormes quantités de résidus que génèrent ses usines, ces mêmes résidus pourraient paradoxalement éviter à ce secteur économique de disparaître du paysage québécois.

Les boues papetières représentent l’un des principaux résidus générés par le procédé de production de la pâte. En 2007, la production combinée de pâte et de papier au Québec a ainsi généré plus de 1,7 million de tonnes de ces boues.

Ressemblant à une épaisse purée constellée de grumeaux, elles sont constituées d’eau, de fibres de bois et de minéraux. Si elles présentent une capacité fertilisante équivalant à celle du fumier, les boues papetières contiennent toutefois vingt fois plus de matières organiques. Si cette caractéristique n’est pas visible à l’œil nu, il suffit de humer l’air de la campagne lors de l’épandage des fertilisants pour se rendre compte sans équivoque de la différence. Là où le fumier dégage une odeur simplement forte, les boues papetières émettent des miasmes tout à fait insupportables.

Les compagnies papetières se débarrassent de leurs boues surtout en les enfouissant ou en les incinérant pour produire de l’énergie. Dans un cas comme dans l’autre, plusieurs boucliers environnementaux se lèvent contre ces avenues. Quant à l’épandage, si les odeurs fortes sont au rendez-vous, la confiance des agriculteurs l’est beaucoup moins. De plus, les champs sont souvent éloignés, ce qui accroît les coûts liés au transport.

Dans un tel contexte, comment les compagnies papetières peuvent-elles se débarrasser efficacement de leurs résidus sans pour autant risquer la banqueroute ou encore s’attirer les foudres des militants écologistes?

Des meubles de boue

En Abitibi-Témiscamingue, on ne retrouve que deux usines papetières: le complexe qu’opère Tembec à Témiscaming et l’usine de papier journal que détient AbitibiBowater à Amos. Pourtant, la région fourmille d’idées pour transformer leurs résidus en produits à valeur ajoutée. Des idées qui, lorsqu’elles seront arrivées à point, pourront être exportées ailleurs au Québec et même hors des frontières.

Plusieurs projets sont actuellement développés par le Centre technologique des résidus industriels (CTRI) du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. L’un d’eux consiste à utiliser les boues papetières dans la conception de panneaux MDF. La conception de ces panneaux exige en effet une fibre dotée de bonnes capacités adhésives. À la suite de tests réalisés conjointement par le CTRI et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, il est apparu que l’ajout de boues papetières issues d’un traitement d’épuration aux bactéries a amélioré de façon importante les liens entre les fibres de bois. Les panneaux MDF intégrant des boues papetières seraient donc plus résistants que ceux qui n’utilisent que des fibres de bois. De plus, les boues constituent une source d’approvisionnement à la fois abondante et bon marché pour les fabricants de panneaux. Et qui plus est, leur utilisation permettrait de réduire de façon à la fois économique et écologique la quantité de résidus produits par les usines papetières. Ne reste plus qu’à trouver un industriel qui osera s’y aventurer.

De la boue dans votre foyer

En mai 2009, le CTRI s’est aussi vu remettre par le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation une subvention de 500 000 $ pour définir de nouvelles avenues pour valoriser les boues papetières. C’est qu’à l’heure actuelle, seules 25 % des boues sont employées comme amendement aux sols agricoles. Quelque 30 % de ces boues sont simplement enfouies, tandis que 37 % sont incinérées. Si cette dernière méthode permet de produire de l’énergie à partir de résidus, elle génère aussi une importante quantité de polluants atmosphériques.

Deux filières de valorisation ont été envisagées par le CTRI. La première consiste à transformer les boues déshydratées en granules énergétiques destinées à alimenter les poêles à combustion lente. Si les essais préliminaires tendent à démontrer que ces granules présentent une densité énergétique plus élevée que le chauffage au bois conventionnel, la qualité de la flamme est cependant moins agréable à l’œil. Néanmoins, certaines entreprises de l’Abitibi-Témiscamingue manifestent déjà un intérêt à commercialiser un tel produit, notamment Fabrication Écoflamme, une PME de Témiscaming.

L’autre avenue examinée pour valoriser les boues papetières serait de s’en servir pour décontaminer et restaurer les sites miniers. Grâce à leurs propriétés fertilisantes, les chercheurs estiment qu’elles pourraient notamment être utilisées en tant que couche de base destinée à accueillir les plants forestiers pour le reboisement de sites miniers non générateurs de drainage acide. Les propriétés de rétention des boues pourraient également les voir être employées pour retenir les contaminants dans les sites miniers générateurs d’acide. C’est à suivre.

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