Accueil » Dossiers » Bientôt, le bioraffinage à Thurso ?

Bientôt, le bioraffinage à Thurso ?

Bien des yeux sont actuellement tournés vers la municipalité de Thurso, en Outaouais. Les 325 travailleurs de Papiers Fraser sont sur le point de faire un gros coup. Un très gros coup. Ils veulent non seulement racheter l’usine où ils travaillent et sauver leur emploi, mais aussi, par leur projet, entrer de plein pied dans l’avenir de l’industrie des pâtes et papiers.

Le 18 juin dernier, une bombe tombait sur le petit village qui a vu naître l’ancien joueur du Canadien de Montréal, Guy Lafleur. Le plus gros employeur du coin, Papiers Fraser, qui produit de la pâte de papier Kraft, se plaçait sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers. Du coup, 325 travailleurs se sont subitement retrouvés sans emplois.

La crise économique, la fluctuation du dollar ainsi que la concurrence des marchés asiatique et américain ont fait mal.

Depuis, les grosses cheminées de l’usine de pâte et papier située sur le bord de la route 148 ne crache plus de fumée. Papiers Fraser, dont le siège social est à Toronto, a indiqué au début du mois de septembre que l’usine de Thurso ne faisait plus partie de ses plans.

«On a essayé très fort de relancer l’affaire, mais dans les plans de Papiers Fraser, c’était au gouvernement de tout payer et ça c’était hors de question, a lancé en entrevue avec MCI le ministre québécois des Transports et responsable de la région de l’Outaouais, Norman MacMillan. On veut sauver les emplois, mais aussi assurer l’avenir de l’usine.»

Le directeur de l’usine, Marco Veilleux, ne s’est pas laissé abattre. Il pilote maintenant avec le syndicat et des représentants des deux paliers de gouvernement le projet de relance de l’usine de Thurso. Deux raisons lui font croire que cette aventure a toutes les chances de réussir. «Le marché de la pâte Kraft est encore bon, nous avons encore une base de clients qui peut nous soutenir et surtout, notre usine a une plate-forme énergétique.

Le bioraffinage

Voilà la clé. L’énergie. D’abord, repartir les machines et la production de pâte. Ensuite, la cogénération, ce procédé permettant le production d’électricité à partir de la vapeur et de le chaleur lesquelles sont générées par la fabrication de la pâte. L’usine a un projet de plusieurs dizaines de millions $ en ce sens qui pourrait bénéficier de programmes fédéraux.

«La pâte est là, mais la vocation qu’on veut se donner, c’est l’avenir de l’industrie forestière, c’est la bioraffinerie, affirme M. Veilleux. C’est le secteur de l’énergie et le secteur chimique.»

Cette voie que désire emprunter l’usine de Thurso rejoint les affirmations de bien des experts de l’industrie forestière qui voient en la bioraffinerie la transformation la plus prometteuse pour l’industrie des pâtes et papiers.

La bioraffinerie pourrait contribuer à la sécurité énergétique et à la lutte aux changements climatiques.

Le directeur Marco Veilleux verrait bien les installations de Thurso produire, dans un horizon de trois à cinq ans, du bioéthanol grâce aux résidus forestiers.

Déjà, certaines villes au Québec comme Amos, La Sarre, Roberval et Amqui testent de nouvelles technologies utilisant la bioraffinerie provenant de résidus forestiers pour chauffer des bâtiments institutionnels comme des hôpitaux et des écoles.

«Pour exercer ce changement, nous avons besoin d’un partenaire industriel, quelqu’un qui voudra nous assister dans notre démarche, un joueur actif dans l’industrie manufacturière», explique Marco Veilleux.

Il faut toutefois commencer à marcher avant de se mettre à courir, précise-t-il. C’est là que Québec est prêt à intervenir. Déjà quelques rencontres du comité de relance formé de représentants de l’usine, de la direction de Fraser et du ministère du Développement économique du Québec ont eu lieu.

«Nous sommes à la recherche d’un partenaire économique pour relancer toute l’affaire, mentionne M. MacMillan. Le gouvernement est prêt à y mettre du sien. Investissement Québec pourrait jouer un rôle.»

Le joueur recherché par Québec et le comité de relance deviendrait un réel partenaire dans la relance. «Ça prend un joueur qui deviendra partenaire à 25 ou 30 %, un joueur de l’industrie du papier qui s’assurerait une bonne partie de la production de pâte de l’usine de Thurso», explique le ministre MacMillan.

L’optimisme règne chez les employés. Le président du syndicat, Christian Pilon, affirme que les 325 employés n’attendent que les machines repartent pour retourner à l’usine. «Nous sommes très confiants, le dossier avance bien, souligne M. Pilon. On aurait aimé que l’usine reparte plus rapidement, mais actuellement on se concentre sur ce dont on a du contrôle.»

Le ministre MacMillan estime que l’usine de Thurso pourrait reprendre ses activités en janvier si tout va comme prévu.

Aucun commentaire.

Répondre