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Mettre un frein aux cimetières des produits de technologies de l’information et de la communication

La majeure partie de nos déchets électroniques prend en ce moment le chemin du dépotoir. En 2004, peut-on lire dans un document disponible sur le site du Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs, 59% des appareils de technologies de l’information et de la communication (TIC) en fin de vie utile sont éliminés, 28% sont récupérés, 7%, sont entreposés et 6%, recyclés.

Par exemple en 2006, 15 000 des 18 000 tonnes de télés à écran cathodique se sont retrouvées dans les sites d’enfouissement. C’est cette réalité que veut améliorer le gouvernement du Québec par la mise en place éventuelle d’un règlement visant une meilleure gestion des rebuts que constituent les ordinateurs, les portables, les écrans de télévision et les autres accessoires connus appartenant à la même famille.

Situation alarmante

Au Québec, se sont vendus près de 685 000 ordinateurs en 2004 et presque autant de numériseurs et d’imprimantes, de cellulaires et de téléphones. La consommation grandissante de ces biens commande désormais plus qu’une prise de conscience de ses impacts environnementaux puisque les composantes de ces appareils contiennent des substances nocives comme le plomb, le cadmium, le béryllium et le mercure. Plusieurs pays de l’Union européenne ont implanté des mesures contraignant les compagnies à produire des appareils dénués de plomb. À ce chapitre, le Canada et les États-Unis manquent d’initiative.

Une fois abandonnées dans la nature, ces carcasses de plastique avec leurs métaux lourds constituent un danger pour la santé et l’environnement. Nous avons une responsabilité collective face à ces cimetières de TIC et le gouvernement ne devrait pas tarder davantage avant de mettre en place les mesures incitatives de récupération qui s’imposent, surtout quand on sait que dans le cas des appareils informatiques, on peut récupérer 80% de leurs composantes. Cependant, l’absence d’offre significative et suffisante confine à la solution facile: la poubelle ou l’entreposage.

Mondialisation des déchets

Le commerce international permet malheureusement que le surplus des déchets engendrés par les TIC soit expédié par conteneurs en direction de pays en voie de développement en Afrique et en Asie. 70% des déchets composés de TIC de ces pays proviennent de pays industrialisés.

Faute d’une réglementation assez sévère, les populations de pays comme la Chine, l’Inde ou la Côte d’Ivoire héritent d’un problème dont ils tentent de tirer profit au risque et péril de leur vie et de la sécurité de notre vie privée. C’est que dans certains appareils, on retrouve une petite quantité d’or et de cuivre. La valeur de ces minéraux assez précieux explique les téméraires moyens d’extraction employés pour les récupérer et les revendre.

Le visionnement de documentaires gratuits disponibles sur la toile sous la rubrique e-Trash donne la chair de poule. En plus d’y voir les périlleuses méthodes de récupération employées, on constate la facilité avec laquelle il est possible de brigander des disques durs contenant tantôt des informations personnelles, dont la récupération se fait au détriment de la protection de la vie privée et tantôt, des informations industrielles ayant appartenu à des compagnies.

Oh! Il existe bien une convention internationale conclue à Bâle en 1989 visant la réduction de la circulation des déchets dangereux, mais le Canada et les États-Unis ne l’ont pas signée et ne se conforment donc pas à la clause ajoutée en 1997 engageant à mettre un terme final à ce genre d’exportation. L’Union européenne, à cet autre chapitre, donne l’exemple.

Solution québécoise

L’intention du gouvernement de la province est de mettre en vigueur un règlement de responsabilité élargie des producteurs (REP). Cela implique une responsabilisation des producteurs et des consommateurs. Les premiers devront considérer le coût environnemental des produits qu’ils entendent commercialiser en fonction du cycle de vie du produit offert et prévoir une forme de consigne rendant possible leur récupération par ces mêmes producteurs. L’application d’une telle mesure implique également de repenser les produits en vertu de considérations plus écologiques. Cela signifie de changer la mentalité dans l’esprit même des concepteurs de ces produits.

La mise en place de pareils changements n’est pas des plus simples et exige en plus d’un incitatif gouvernemental, une bonne collaboration des compagnies. L’avantage de cette mesure est de déplacer la responsabilité des municipalités de gérer ces déchets dangereux pour la remettre entre les mains des entreprises et de leurs clients qui devront assumer les coûts et la logistique. C’est là un moindre mal. Tant que nous ne devrons pas assumer, en payant, le coût de nos choix de consommation et de vie, nous continuerons d’agir avec frivolité.

Myrna Chahine

Professeure de philosophie

Cégep Marie-Victorin

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