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Travailleurs : une matière première qui n’est pas au rendez-vous

Même si la récession frappe partout en ce moment, certains secteurs se portent mieux que d’autres. C’est le cas pour deux usines qui œuvrent dans l’industrie du papier dans Lanaudière, Kruger produits et la Compagnie de matériaux de construction BP Canada. C’est que les consommateurs ne sont pas encore rendus à l’étape de couper dans les biens essentiels, comme le papier de toilette et que l’industrie de la construction a toujours besoin de rouleaux de papier asphalté. Toutefois, même si tout roule rondement, les défis sont nombreux et un de ceux-là demeure la relève.

Pour répondre aux besoins de l’industrie et plus particulièrement ceux de l’usine Kruger, la commission scolaire des Samares a mis sur pied un programme d’études professionnelles (DEP) en pâtes et papiers (opérations).

«Nous avons eu la chance d’avoir au sein de notre équipe Denis Aubin, un ancien ingénieur de l’usine de Crabtree. Il connaissait bien les besoins de l’entreprise et c’est lui qui a poussé la création de ce programme. Avant, les employés venaient d’autres régions, comme Rimouski ou Québec, ils travaillaient deux ou trois ans à Crabtree et ils retournaient ensuite dans leur coin de pays. Le but de cette formation est donc de former des gens d’ici pour des emplois ici», mentionne Raymond Laurin, conseiller aux services aux entreprises à la commission scolaire des Samares.

Dernièrement, un hebdomadaire local consacrait la une à ce programme. Plus de 220 personnes ont assisté à la séance d’information en vue de s’y inscrire. Malheureusement, un seul cours de 24 étudiants a pu être ouvert. Le problème, c’est que la matière première de qualité, les humains, n’est pas au rendez-vous.

«C’est la cinquième année que nous donnons cette formation et il y a encore beaucoup de gens qui ne savent pas que nous donnons cette formation. Bien que plusieurs personnes assistent à la séance d’information, peu d’entre elles s’inscrivent au cours. Pourtant, la formation donne accès à des emplois payants. Il faut dire que ce n’est pas un cours bonbon et que le travail en usine n’est pas fait pour tout le monde. Un bon esprit d’équipe et de bonnes aptitudes physiques, comme un dos et des oreilles en santé, sont nécessaires», mentionne M. Laurin.

Pour faciliter la tâche aux étudiants, l’usine Kruger, qui sert aussi de salle de classe pour certains apprentissages, les embauche lors des pics de production.

«Les cours cessent durant six ou sept semaines et reprennent par la suite. C’est positif pour les étudiants, car cela leur permet de faire de l’argent pendant qu’ils vont à l’école». Ce partenariat entre la commission scolaire et Kruger soulève toutefois des questions quant à la séparation de l’éducation et l’entreprise privée. M. Laurin se veut rassurant sur cette question et souligne que la formation est régie par le ministère de l’Éducation et non par Kruger produits.

Selon M. Laurin, la pénurie sera longue avant de se résorber, car la relève suffirait à peine à remplacer les gens qui s’en vont à la retraite à la seule usine de Kruger, qui compte 682 employés. «On ne comble même pas la demande de l’usine de Crabtree. J’ai d’autres entreprises qui m’appellent, comme BP Canada qui a 60 postes à combler, mais je n’ai personne à leur envoyer. Je pense que nous allons avoir une bonne demande pour au moins dix ans encore parce qu’il y a d’autres usines dans ce secteur dans Lanaudière».

Un ralentissement à l’horizon

Si les usines qui fabriquent des biens essentiels ou rares n’ont pas été touchées par la situation économique difficile, il en va autrement pour les six autres entreprises de la région qui œuvrent dans le secteur du recyclage, du carton et du papier d’emballage. Ces entreprises qui embauchent pour la plupart moins de cent employés ne sont pas épargnées par la crise.

«Norampac fabrique des boîtes de carton, notamment pour les réfrigérateurs. C’est certain qu’il est sur le bord du ralentissement», mentionne Jean-François Hénault, commissaire à l’implantation au Centre local de développement de Joliette. Pour elles, la pénurie de travailleurs est donc reléguée au second plan pour l’instant.

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