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Une entreprise qui roule sur…l’acier inoxydable

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’industrie de la transformation des métaux n’est pas tellement développée en Abitibi-Témiscamingue, une région pourtant reconnue depuis 100 ans pour son énorme potentiel minier. Par contre, les rares entreprises qui s’aventurent dans ce secteur gagnent une renommée qui dépasse largement les frontières du Québec.

Selon les plus récentes données de Développement des ressources humaines et compétences Canada, le secteur de la fabrication des produits métalliques ne regroupe que 300 emplois en Abitibi-Témiscamingue pour une région qui compte 150 000 habitants.

Cela ne représente qu’un minuscule 0,5% du nombre total des emplois de la région. Dans un marché aussi restreint, il importe de développer des produits à valeur fortement ajoutée ou alors uniques en leur genre pour parvenir à se distinguer.

C’est le pari qu’a fait Transport Clément Bégin, une entreprise familiale implantée depuis 1957 dans la petite municipalité de Sainte-Germaine-Boulé, dans la MRC d’Abitibi-Ouest. D’opérateur d’autobus et d’autocars, la PME a amorcé en 2007 un virage vers le recyclage de véhicules en créant une filiale, 3R Bus.

«À force de les entretenir, j’ai constaté à quel point la structure métallique des autobus ne se détériore pas avec le temps. Je me suis dit que c’était presque un crime que de laisser les vieux véhicules à l’abandon», raconte Karl Bégin, un des propriétaires.

Rien ne se perd, mais tout se crée

Les premières expérimentations ont eu lieu en juillet 2007. 3R Bus a alors reconstruit un autocar à partir d’un véhicule accidenté et d’un autre qui avait brûlé. Les résultats ont été plus que concluants.

«Quand un autocar de 1993 sort d’ici, il est aussi bon qu’un véhicule de l’année, mais il n’a coûté que 200 000$ au lieu de 600 000$. Et son apparence est aussi belle. Lorsqu’on se gare à côté d’un autocar 10 ans plus jeune, nous n’avons pas à rougir. En fait, c’est souvent l’autre conducteur qui est gêné», lance M. Bégin en souriant.

Le procédé de travail est fort simple. Il s’agit de rajeunir l’apparence de l’autocar, de regarnir les sièges et de refaire la mécanique, tout cela à partir de pièces récupérées. Il arrive aussi que les employés fabriquent un tout nouvel autocar à partir de pièces provenant d’autres véhicules. «À ce jour, nous avons fabriqué trois autocars neufs et quatre au look rajeuni. Pour l’instant, on prévoit être en mesure de concevoir quatre ou cinq véhicules neufs pour notre première année d’opération. Mais à partir de l’an prochain, quand le système va être rodé, on parle d’un autocar par mois», fait savoir le propriétaire.

Quant aux morceaux qui ne servent à rien, ils ne finissent pas aux poubelles pour autant. 3R Bus les vend après les avoir réusinés.

«Nous voulons faire le maximum avec chaque véhicule usagé dont nous faisons l’acquisition. On peut fabriquer un autocar neuf avec deux ou trois autres, des roulottes, des remorques, etc… Nous effectuons aussi beaucoup de recherche et développement pour voir ce que nous pourrions faire avec l’acier inoxydable. Par exemple, des quais ou encore des crics à bateau», mentionne Karl Bégin.

L’entreprise donne aussi un bon coup de pouce à l’environnement en récupérant le gaz fréon utilisé dans les systèmes d’air climatisé.

«Nous le réinjectons dans l’air climatisé de nos propres véhicules, indique M. Bégin. Nous en avons d’ailleurs récupéré plus de 50 livres à ce jour. Quand on parle de lutte contre les gaz à effet de serre, nous sommes en plein dedans. Parce que, du point de vue de la pollution, chaque demi-livre de fréon équivaut à un aller-retour à Vancouver à partir de l’Abitibi».

Objectif: exportation

Les véhicules remis en état par 3R Bus répondront d’abord aux besoins de Transport Clément Bégin, mais aussi à la demande de clients de l’extérieur. «Nous envisageons très sérieusement l’exportation. «Nos autocars roulent un peu partout au Québec et même dans le Nord-Est des États-Unis, en particulier New York et Boston, alors nos partenaires ont souvent l’occasion de les admirer. On a d’ailleurs déjà un carnet de commandes intéressant», indique Karl Bégin.

Le futur semble d’ailleurs plus qu’intéressant pour l’entreprise. Depuis 2005, son personnel est passé de cinq employés à plus d’une vingtaine. Juste au cours des derniers mois, huit travailleurs ont rejoint l’équipe et d’autres pourraient s’y greffer d’ici la fin de l’année. L’agrandissement de l’atelier de Sainte-Germaine-Boulé est d’ailleurs en cours.

«Nous allons doubler notre superficie. On parle d’un projet qui va dépasser le million de dollars. Le financement provient à 90% du privé», précise le propriétaire. Et comme si ce n’était pas assez, 3R Bus a aussi ouvert un atelier de rembourrage à Palmarolle. Quatre employés y travaillent à temps plein.

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