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Le plastique à la rescousse de la forêt

Le recours à cette matière peu appréciée des écologistes pourrait même, paradoxalement, aider la région à devenir plus verte.

Alors que l’Abitibi-Témiscamingue n’est pas particulièrement reconnue pour son industrie des plastiques, c’est avec cet allié plutôt inattendu qu’un groupe de chercheurs veut relever le défi de faire sortir l’industrie forestière de son marasme.

Le Centre technologique des résidus industriels (CTRI), un centre collégial de transfert technologique affilié au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, a récemment développé, en collaboration avec le SEREX, un centre de recherche sur les produits forestiers basé en Gaspésie, des panneaux uniques en leur genre composés d’écorces broyées et figées dans du plastique recyclé chauffé à haute température.

«Ce produit pourrait être employé dans la conception de revêtements de comptoir, d’éléments décoratifs ou, pourquoi pas, de murs complets. La seule limite que nous nous imposons, c’est la viabilité économique de chaque idée», fait valoir Stéphane Gaussiran, chargé de projet au CTRI.

Combustible industriel plus vert

Les chercheurs planchent aussi sur un projet de granules de sciures plastifiées qui pourraient servir de combustible industriel. Plus grosses que les granules conventionnelles à usage domestique, leur valeur énergétique serait aussi supérieure. Cependant, comme elles dégagent des émanations toxiques en raison du plastique, elles ne pourraient être employées que dans les usines munies de filtres conformes.

Mais selon M. Gaussiran, les investissements en vaudraient le coût. «En plus de leur rendement énergétique, le fait de s’en servir comme combustible serait plus écologique, étant donné que leur fabrication fait appel à la fois à des matières plastiques recyclées et à des déchets résultant de l’exploitation forestière», fait-il observer.

Le défi de l’approvisionnement

Une fois les bonnes idées trouvées, il reste cependant le problème de l’approvisionnement en matière première. Si l’Abitibi-Témiscamingue ne manque certes pas d’écorces, sciures et autres résidus forestiers, où trouver un volume de plastiques suffisamment important pour faire fonctionner une usine?

C’est la Fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles (UPA-AT) qui a apporté la solution.

Avant même que le CTRI ne s’intéresse aux plastiques, les agriculteurs avaient été invités à participer à un projet-pilote de collecte à la source de plastiques usagés servant à l’emballage du fourrage.

De novembre 2006 à juin 2007, huit collectes mensuelles ont été réalisées dans 26 fermes du Témiscamingue. Elles ont permis de détourner de l’enfouissement 14 tonnes de plastiques agricoles usagés. «Nous visions 15 à 20 tonnes, mais l’hiver doux nous a joué un tour. Comme la neige a fondu rapidement, les animaux ont consommé moins de fourrage emballé qu’à l’habitude. Si on avait eu un hiver habituel, on aurait probablement atteint, voire dépassé notre objectif», explique Nathalie Dufresne, agente en agroenvironnement à l’UPA-AT.

En collaboration avec l’UPA-AT, le CTRI voudrait renouveler l’expérience, mais cette fois à plus grande échelle. «Nous évaluons à environ 2700 tonnes le volume de plastiques agricoles qui pourraient être récupérés chaque année dans les cinq MRC de la région. Et on ne parle que des plastiques d’ensilage. En ajoutant les sacs et les emballages des palettes de nourriture en vrac, par exemple, on obtiendrait un tonnage beaucoup plus élevé», indique Mme Dufresne.

Un centre québécois de recyclage du plastique?

Cependant, même en récupérant tous les plastiques agricoles et les autres plastiques de nature similaire, le volume généré par la région serait insuffisant pour assurer la viabilité d’une usine de transformation en Abitibi-Témiscamingue. D’où l’idée avancée conjointement par le CTRI et l’UPA-AT de récolter aussi les plastiques provenant d’ailleurs au Québec.

Mais avant, il faudra que le ministère de l’Agriculture (MAPAQ) accepte le projet de recherche du CTRI. L’équipe disposerait alors d’un budget annuel de 60 000 $ réparti sur deux ou trois ans. L’argent servirait à remplir trois objectifs: optimiser, avec l’aide du Centre de géomatique du Québec, basé au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le réseau de cueillette à la source afin de réduire les frais de transport, améliorer les méthodes de compactage des plastiques pour faciliter leur manutention et cibler les produits pour lesquels les débouchés sont les plus prometteurs.

À cet égard, Stéphane Gaussiran fait preuve d’un optimisme prudent. «Je ne dis pas que le MAPAQ va accepter notre projet, mais les chances sont de notre côté, lance-t-il. On parle de diversification de l’économie avec des produits audacieux et d’une collaboration entre trois régions. De plus, la transformation serait réalisée entièrement au Québec, alors qu’à l’heure actuelle, nos plastiques sont expédiés en Chine, où ils sont transformés en granules, lesquelles reviennent ensuite ici pour être employées comme matière première dans la fabrication d’objets en plastique.»

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