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Nouvelles perspectives du côté des plastiques de polymères

Bien malin qui aurait pu dire, au tournant du siècle, que moins de 10 ans plus tard, on verrait poindre et se réaliser des projets majeurs liés au domaine des plastiques au Saguenay. C’est pourtant le cas, sur le terrain, pour cette région reconnue pour l’aluminium, le bois et papetières et l’industrie des bleuets.

Le directeur général de la Société des fabricants régionaux – un réseau d’accompagnement des entrepreneurs – Martin Simard, est d’avis que, si les gens d’affaires ont l’occasion de s’impliquer dans le développement économique dans un tel réseau, cela va influencer le développement et conduire à des projets plus ouverts et créatifs. «Le dynamisme et la créativité des gens d’affaires du Saguenay—Lac-Saint-Jean ont toujours été présents mais un peu camouflés par toute la démarche globale des grandes entreprises…».

Il se montre confiant, rappelant l’importance du réseau régional d’accompagnement faisant référence aux Centres de recherche, de formation, à l’Université et ses Centres de développement, aux Cégeps et leurs propres Centres, etc…

Quant au créneau des plastiques, il demande une importante base de recherche et de développement, rappelle-t-il. Il cite des organisations dont les CFER, notamment celui de Chicoutimi. Il fait le lien avec de nouvelles orientations industrielles que développe la région. «La structure d’accompagnement économique que l’on s’est donnée au cours des dernières années devrait aussi se doter d’autres façons de faire pour permettre de rejoindre les PME et les accompagner de façon formelle.»

Pellicules biodégradables et compostables

La tendance «verte» suscite l’intérêt pour des pellicules biodégradables. C’est d’ailleurs ce qui a donné vie à un important projet suscitant un développement majeur d’une petite PME d’une autre municipalité, Desbiens, à quelques kilomètres d’Alma, tandis qu’à Saguenay, arrondissement Jonquière, un autre projet, BioMatera, devrait connaître d’importants développements dans les mois à venir.

Trois projets, dont un à l’étape intermédiaire, prennent l’avantscène. En juin, on a procédé à l’ouverture officielle de Naturfab, dans la municipalité jeannoise de Desbiens. Dans l’ancienne usine de Johnson & Johnson, qui a accepté de laisser en place une usine désaffectée, on fabrique maintenant des sacs de plastique biodégradables, ce qui représente un investissement de 3,6 millions $.

 Au départ, il y a eu création de 20 emplois, avec un potentiel de 100 à 150 employés d’ici trois ans.

Selon les actionnaires, cette technologie rend le sac de plastique entièrement biodégradable et compostable. La compagnie NaturSac, le plus important fournisseur de sacs de plastique biodégradables au Canada, assurera la commercialisation de l’ensemble de la production de l’usine de Desbiens. «Je crois que c’est exactement la même technologie qui a été importée ici, me dit-elle. Leur polymère n’est pas biodégradable mais plutôt fragmentable ou oxobiodégradable», raconte la présidente de BioMatera, Sylvie Otis.

Ce développement a des retombées positives sur une PME d’Hébertville-Station. Marc Fortin, grand patron de Sacs Munger, voit s’ouvrir de nouvelles avenues grâce à ce partenariat. L’entreprise, qui fabrique des sacs de poubelle, a négocié des ententes d’approvisionnement avec NatureSac, implantée dans l’ancienne usine de Johnson & Johnson de Desbiens. Il parle d’un vaste marché, à savoir Provigo, Maxi, Loblaws.

Sacs Munger investit 400 000$ et parle d’un marché potentiel de 25 millions $ au pays, dans le domaine du sac à poubelle. L’entente pour les formats qu’il fabriquera pourrait être exclusive. M. Fortin s’attend à multiplier ses ventes par 20. Le personnel augmentera d’une vingtaine d’emplois, prévoit-il, au moins.

Il a confiance dans cette fibre de polymère d’origine européenne. Dans une boîte, le sac se conserve 12 mois, dit-il et met de trois à douze mois à se dégrader. Il veut aussi développer un sac pour déjections animales, afin de faciliter les choses aux propriétaires d’animaux de compagnie, lors de promenades. Des confirmations avec des distributeurs sont faites, dit-il.

BioMatera

Une entreprise prometteuse en matière de plastiques biodégradables est BioMatera, de Saguenay. D’importantes percées technologiques ont été réalisées au cours des derniers mois et certaines ententes commerciales et financières étaient sur le point de se conclure au moment d’écrire ce texte, tandis que d’autres sont prévues au tournant de l’année.

La présidente directrice générale de cette entreprise, Sylvie Otis, rappelle que les activités de recherche ont débuté en 1999. Elle voit dans les développements liés aux biopolymères, une technologie pouvant faire les belles années de la région comme l’aluminium et le bois. «BioMatera deviendra une multinationale», dit-elle. L’entreprise détient des brevets sur les technologies qu’elle a développées et vise haut avec ses produits créés à partir de procédés biotechnologiques ou de bactéries.

On a retenu la plus prometteuse des 5 bactéries étudiées et expérimentées, de sorte qu’elle produit un très haut contenu de son poids en polymères. Après avoir innové sur des procédés d’extraction et purification, BioMatera est maintenant en mesure, dit sa PDG, de produire à l’échelle pré-commerciale, des quantités de polymères biodégradables. Cette matière peut se présenter sous diverses formes (poudre, latex, pastilles, pellicules, gels et crèmes) et être utilisée pour la fabrication de produits industriels, cosmétiques et même biomédicaux.

«Nous sommes en contact avec les plus grandes compagnies d’emballage de la planète. On nous identifie comme ayant un potentiel très intéressant, dans le contexte actuel. Leurs analyses leur démontrent que notre polymère se démarque positivement de tous les autres polymères biodégradables qu’ils ont testé. Nous en sommes à monter la structure de production pour fournir du polymère en quantités importantes», dit Mme Otis.

BioMatera a des possibilités variées avec ses polymères, déjà recherchés par des compagnies d’importance internationale. Dans ses bureaux, elle montre plusieurs exemples de ces produits et parle de normes de développement durables entrant en vigueur.

Les marchés des polymères synthétiques sont importants, indique Mme Otis: 150 millions de tonnes par an. Elle cite des études selon lesquelles, dès maintenant s’il y avait un marché de l’offre, au moins 10% du total pourrait substituer ces quantités. On prévoit que l’offre sera d’un million de tonnes, en 2011. Ainsi, les différentes compagnies vont se spécialiser dans certaines niches, pour ce qui est de la valeur ajoutée. Elle parle d’un mouvement mondial où l’inaction est impossible.

BioMatera détient une entente temporaire pour installer une usine à l’emplacement de l’ancienne papeterie de Port-Alfred (La Baie). La R&D a demandé plus de 8 M$. Prochaine étape: l’usine pilote avec cuve principale de 7 500 litres, précédant une cuve industrielle de 200 000 litres au minimum. L’amorce de la phase industrielle est prévue pour les débuts 2008 et la production en 2009.

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