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Cap sur les matériaux multifonctionnels

Face à la concurrence asiatique qui, à elle seule, a fait main basse sur la quasitotalité de la production de masse de l’industrie des textiles, les entreprises doivent se tourner vers une production de plus en plus spécialisée.

Invitée à brosser le portrait actuel de cette industrie, Mme Huguette Biage-Major, de la direction des biens de consommation du ministère du Développement économique, Innovation et Exportation (MDEIE) du Québec, affirme que le secteur est en pleine ébullition.

«Au Québec, de 2001 à 2006, la valeur des livraisons a connu un recul de 67%. Cette chute peut s’expliquer par la lenteur des entreprises du Québec à se tourner vers des textiles à valeur ajoutée, préférant alors se cantonner dans les textiles traditionnels. La libéralisation des marchés a donc incité les industries québécoises à se tourner vers des textiles techniques, intelligents et à valeur ajoutée».

À la lumière des informations recueillies auprès de M. Richard Cormier, du Centre des technologies textiles (CTT), il semble que la région de la Capitale-Nationale a choisi d’embrasser cette option. «Pour la région de Québec, on retrouve le Groupe Bennett Fleet et Guillemot International, deux entreprises spécialisées dans les textiles hautement spécialisés».

Un virage nécessaire

Chez Bennett Fleet, qui a pignon sur rue à Vanier en banlieue de Québec, c’est l’abolition des quotas sur les importations de chaussures, en 1987, qui a incité l’entreprise à se tourner vers une production spécialisée.

«Autrefois, Bennett Fleet était spécialisée en fabrication de chaussures», raconte M. Gaétan Demers, associé et vice-président aux opérations. Lorsque les quotas ont été abolis, Ralph Fleet, président de l’entreprise, a décidé d’exploiter un secteur connexe et, «à mon arrivée, en 1992, j’ai entrepris de développer une spécialité en contre-collage de matériaux souples et ce, dans le respect intégral de l’environnement avec le programme Pensons vert».

Cet apport de technologie a permis à Bennett Fleet d’étendre considérablement sa part de marché. «Avec nos matériaux multicouches, composites et multifonctionnels, nous sommes désormais présents dans les industries du vêtement, de la chaussure et dans le secteur industriel. On peut penser notamment aux vêtements destinés à protéger les pompiers contre le feu, l’eau, le vent et les virus, de même que les vêtements utilisés dans le domaine médical et pour la sécurité avec, entre autres, la confection de gilets pare balles. Au chapitre de l’environnement, nous participons au programme Enviroclub et nous calculons l’impact de notre politique écologique sur l’environnement en mesurant notamment la quantité de gaz à effet de serre que nous réussissons à réduire. Cette formule nous a permis de réduire nos coûts de production et ainsi devenir davantage concurrentiels».

Quant à l’invasion de produits venant de Chine, M. Demers estime qu’elle fait mal à ses clients. «Pour ceux qui fabriquent des chaussures ou des vêtements ici, on comprendra que si les tissus sont importés directement, on n’aura pas besoin de nos services. Mais, depuis 2005, nous avons axé nos recherches dans la nouvelle économie textile et notre avenir réside dans notre sens de l’innovation et notre capacité à livrer un produit entièrement fabriqué dans nos usines». Le marché de Bennett Fleet comprend le Québec, l’ensemble du Canada, tout le Nord-Est américain et l’entreprise emploie une dizaine de personnes.

Des tricots hautes performances

Guillemot International loge dans des locaux situés à Beauport, près de Québec et emploie elle aussi une dizaine de personnes. L’entreprise, fondée en 1985, a démarré dans le sous-sol de la maison familiale.

«Dès le départ, il a été entendu que nous allions développer une expertise de pointe dans les tricots haute performance, indique Daniel Genest, président et cofondateur de l’entreprise avec sa mère Gisèle et ses frères Gaétan et Alain. Au fil des ans, nous avons mis au point des vêtements spécialement conçus pour protéger leurs utilisateurs des froids intenses et des chaleurs extrêmes».

La clientèle de Guillemot est composée d’entreprises ou d’institutions dont les employés doivent affronter la rigueur de nos climats, comme Hydro Québec, ou des conditions extrêmes, comme les corps de pompiers.

Lors de notre visite chez Guillemot, Daniel Genest nous a montré des cagoules fabriquées à base de fils FR (pour Flame Retardant), des fibres qui ne s’enflamment pas. L’entreprise fabrique également des vêtements pour les gens qui travaillent dans des alumineries. À venir, l’apparition d’un tricot utilisant le kermel et la viscose en proportions égales.

«Il reste encore quelques tests à passer avant que nous puissions commercialiser ce produit. Aussi, nous nous apprêtons à recevoir les normes CGSB 155,20 (vêtements de protection contre les étincelles d’hydrogène de carbone) et NFPA 70 E (exposition aux arcs thermiques), deux certifications qui nous permettrons de concevoir des tricots pour le marché des raffineries et le secteur de l’électricité. Autrement dit, c’est la recherche de solutions innovatrices qui nous permet d’envisager l’avenir avec confiance et optimisme», conclut M. Genest.

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