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Des entreprises tirent leur épingle du jeu grâce à des produits uniques en leur genre

Qu’on pense à la machinerie de transport et des noms comme Mack, Peterbilt et Kenworth viennent tout de suite en tête. De petites entreprises réussissent pourtant à concurrencer ces multinationales.

Comment? En se concentrant dans des produits de niche et en offrant des services personnalisés. En Abitibi-Témiscamingue, Mécanicad et Témisko en sont d’excellents exemples.

Installée à Rouyn-Noranda, Mécanicad achète des plaques de polymères aux États-Unis pour les transformer en doublures antifriction et antiadhésives qui permettent de prolonger la durée de vie des bennes de camions. Si son produit n’est pas exclusif, elle est par contre la seule entreprise du Québec à l’offrir en version monocoque, ce qui rend le revêtement plus résistant et moins sujet aux fuites.

Le cas de Témisko, une compagnie basée à Notre-Dame-du-Nord, est différent. Après avoir passé près de 30 ans à fabriquer des remorques destinées au transport du bois, elle a décidé de s’orienter vers des produits hyper spécialisés pour ne plus être à la merci des aléas du secteur forestier. À présent, en plus du bois et des marchandises en vrac, ses remorques transportent des éoliennes et des foreuses pour l’exploitation pétrolière partout en Amérique du Nord.

Saisir l’occasion

C’est un peu par hasard que Mécanicad a décidé de se spécialiser dans les revêtements de polymères. Quand elle a vu le jour, en 1999, elle offrait des services de conception par ordinateur. C’est lors d’un projet de remorque en aluminium, alors que les employés tentaient de concevoir une doublure capable de résister à l’abrasion, que l’entreprise a découvert les propriétés de certains types de polymères.

«Du même coup, on a constaté que peu de gens offraient un tel produit. On a donc saisi l’occasion. Petit à petit, on s’est mis à avoir de plus en plus de clients. En 2003, on a même décidé de délaisser la conception par ordinateur pour se concentrer uniquement dans les revêtements de polymères», relate le directeur de la production, Christian Paquet.

La doublure empêche la marchandise de coller au métal. Elle est même conçue pour résister à l’asphalte chaude. «Non seulement cela réduit les pertes de marchandise, mais en plus, comme c’est la doublure qui encaisse les coups, la benne s’use moins vite», explique M. Paquet.

Innover ou disparaître

Chez Témisko, c’est ni plus ni moins pour éviter de disparaître qu’on a décidé de se concentrer sur des produits de niche.

De 1969 jusqu’à la fin des années 1990, la compagnie fabriquait surtout des remorques pour le transport du bois. «Le problème, c’est que nous étions très dépendants de la bonne santé de l’industrie forestière. Quand ça s’est mis à mal aller, au début des années 1980, nous sommes passés de 245 employés à 15. On s’est alors juré que ça n’allait plus jamais nous arriver», raconte la présidente directrice générale de la compagnie, Madeleine Paquin.

Ainsi, quand la menace d’une crise forestière majeure s’est mise à planer, à la fin des années 1990, Témisko s’est mis à innover à un rythme d’enfer. D’abord en ajoutant les fardiers, les plates-formes et les trains routiers à son catalogue, mais aussi et surtout en se concentrant vers des produits très spécifiques, voir uniques en leur genre.

Remorques à la carte

«Ce qu’on offre, c’est du sur-mesure. On peut concevoir à peu près n’importe quel type de remorque, même pour des usages extrêmement particuliers. À l’heure actuelle, on en fabrique pour le transport de tours d’éoliennes ou encore pour des foreuses mobiles destinées à l’exploration pétrolière. On a même déjà réalisé une remorque pour Spar Aérospatiale», indique Mme Paquin.

La compagnie a aussi inventé des remorques à plateaux amovibles pour le transport de plaques de verre de grande taille, ce qui permet de décharger la marchandise d’un seul bloc plutôt que morceau par morceau. Ces mêmes remorques peuvent aussi être modifiées pour le transport de l’aluminium et des ouvrages de béton préfabriqué de grande taille.

Des choix payants

Autant Madeleine Paquin que Christian Paquet soutient que c’est parce qu’elles ont choisi de se spécialiser dans des produits très particuliers que leurs entreprises réussissent à faire face à la concurrence.

«Nous sommes les seuls au Québec à installer des revêtements d’une seule pièce, mentionne M. Paquet. Chez les autres, ça se fait feuille par feuille. On aurait pu choisir de faire comme eux et de se battre au niveau des prix. Mais je doute fort qu’on aurait réussi à se démarquer. Aujourd’hui, nous avons des clients du Manitoba jusqu’aux Maritimes».

Tous deux croient aussi fermement en l’avenir de leur secteur. «Les occasions sont là. Il faut simplement savoir les reconnaître. Et surtout, il ne faut pas avoir peur d’innover. C’est irréaliste de croire qu’on peut concurrencer la production de masse des pays en émergence. Ce n’est qu’en demeurant toujours en avant des autres qu’on réussira à survivre», fait valoir Mme Paquin.

La petite séduction

Mais qui dit innovation dit aussi main-d’oeuvre spécialisée. Et c’est là le grand défi des entreprises de l’Abitibi-Témiscamingue. «On doit non seulement faire face à nos concurrents et aux autres secteurs industriels, mais aussi aux grands centres urbains, déplore Madeleine Paquin. Il faut donc offrir une plus-value pour attirer les travailleurs, faire notre petite séduction. Ça demande par contre plus d’énergie et c’est plus coûteux».

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