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Des problèmes d’approvisionnement pour certaines usines

Depuis les deux dernières années, les scieries québécoises qui doivent s’approvisionner à partir des lots privés situés dans les états de la Nouvelle-Angleterre éprouvent de sérieuses difficultés.

Ceci est dû au manque chronique de travailleurs forestiers, occasionné en grande partie par les mesures protectionnistes du gouvernement américain.

Il faut mentionner ici que ces travailleurs saisonniers proviennent des municipalités limitrophes à la frontière du Maine. On parle donc des régions de la Beauce et de Bellechasse. Là-bas, ces métiers de travailleurs forestiers et d’opérateurs de machineries forestières, on les pratique depuis des générations et il a été de tous temps que des familles québécoises entières se rendaient dans l’état américain pour y travailler. C’est que les lots forestiers du Maine sont pratiquement dans l’arrière-cour de certains villages québécois alors que les premières villes de l’État américain sont passablement plus au sud.

De plus, les entrepreneurs américains ont toujours eu du mal à recruter de leurs compatriotes en raison de la distance avec leurs lieux de résidence et se sont toujours appuyés sur la main-d’œuvre québécoise. Mais voilà que, mesures post 11 septembre obligent, il est de plus en plus irritant pour les travailleurs et propriétaires de machineries québécois de traverser la frontière pour aller y gagner leur vie.

Travail frontalier depuis des générations

« Depuis plus d’une cinquantaine d’années, nous avons toujours engagé entre 700 et 800 Québécois », explique Patrick Hackeley, porte-parole de la Forest Resources Association, basée en Nouvelle-Angleterre.

« Toutefois depuis deux ans, les mesures du gouvernement américain, ajouté au nombre insuffisant de permis de travail H2-B, document qui permet à un travailleur non états-unien de venir ici, n’est pas assez élevé. Pensons seulement au gens qui viennent travailler dans les attractions touristiques partout au États-Unis et il ne reste pas beaucoup de permis pour les travailleurs forestiers dans le Maine ».

Gail Rioux, directrice de Lew Rioux Inc, à Fort Kent dans le Nord-Est du Maine, est responsable de trouver de la main-d’œuvre pour les propriétaires de lots forestiers de l’État.

« Malgré toute la publicité que nous faisons dans les journaux américains et les stations locales de télévision, nous ne trouvons jamais assez de personnel parmi les Américains. Nous avons besoin des Québécois. »

Conséquence, les propriétaires de lots forestiers du Maine manquent cruellement de personnel et ne peuvent approvisionner les scieries québécoises, qui sont leurs clientes régulières. Une course à l’approvisionnement est alors amorcée.

Le cas des scieries à grandes capacités

Du côté des entreprises québécoises relevant du secteur du bois, plusieurs d’entre elles qui sont situées le long de la frontière Québec-Maine sont de grandes scieries, possédant de larges capacités de production et par le fait même, demandant de grandes quantités de matière première. Depuis qu’elles sont implantées, les lots forestiers du Maine sont pratiquement à quelques pas et forcément, représentent leur territoire d’approvisionnement naturel.

Les porte-parole des scieries, dont quelques-uns sous le couvert de l’anonymat le disent tous : la compétition pour obtenir un approvisionnement suffisant devient de plus en plus féroce.

« Nous devons constamment rechercher des sources d’approvisionnement. Dans notre cas, nous achetons notre bois au Québec, en Ontario et dans d’autres états américains tels que le New-Hampshire, New York, le Vermont, et même la Pensylvanie, » précise Charles Tardif, vice-président chez Maibec, une grande scierie située à Saint-Pamphile, près de la frontière du Québec.

Le directeur d’une autre grande scierie dans la région de la Beauce qui a désiré conserver l’anonymat a même dit que la course à l’approvisionnement représentait une bataille quotidienne.

« Plus de 80 % de notre bois provient du Maine », dit-il. Nous nous fournissons uniquement de lots privés et nous devons trouver d’autres sources partout au Québec et même à la frontière de l’Ontario. Toutefois, ce ne sont pas toutes les scieries localisées à la frontière qui souffrent du problème.

« Nous nous approvisionnons dans les états du Connecticut et de New York, » indique René Bernard, président de l’entreprise Irénée Grondin située à Saint-Zacharie, un petit village situé tout près de la frontière du Maine.

La situation est la même pour l’entreprise Clermont Hamel, de Saint-Ephrem de Beauce, à quelque 50 kilomètres des lignes. « Le problème du Maine ne nous affecte pas présentement parce que nous achetons du bois dans les états voisins ainsi que chez des propriétaires de lots forestiers privés dans notre région », ajoute Carmin Hamel, le président de cette entreprise.

À l’exception de quelques scieries comme ces dernières, est-ce que celles situées dans la région sud de Chaudière-Appalaches feront face à une crise majeure dans un proche avenir ? « Peut-être bien », explique Gaétan Lemay, qui possède une entreprise de transformation du bois avec ses deux frères à Saint-Bernard de Beauce, soit 100 kilomètres au nord de la frontière du Maine. « Nous achetons notre matière première chez les propriétaires de lots dans la Beauce, dans un rayon de 200 kilomètres. »

Il ajoute cependant que les scieries qui ont un grave problème d’approvisionnement pourraient bien se tourner vers ses propres fournisseurs. « Actuellement, ces scieries ne touchent pas à notre territoire de coupe, mais si la situation perdure, elles pourraient bien vouloir s’approvisionner chez les mêmes propriétaires de lots privés que ceux qui nous approvisionnent et c’est à ce moment que nous vivrions un problème généralisé de pénurie. »

La bataille est-elle perdue ? Absolument pas, selon plusieurs entrepreneurs de la région. « Nous trouverons toujours d’autres alternatives. Nous achetons déjà notre bois ailleurs et malgré le fait que je ne crois pas que la situation au Maine s’améliore dans un avenir proche, je demeure optimiste », conclut Charles Tardif.

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