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CRISE dans l’industrie forestière

« Qu’on le veuille ou pas, nous devons procéder à une restructuration en profondeur. Autrement, ce sont les forces du marché qui vont le faire à notre place. »

Guy Chevrette, président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec

Au Québec, l’industrie forestière est en pleine crise. Depuis ces derniers mois, les fermetures d’usine et le ralentissement des activités n’ont jamais été aussi graves. Il s’agit d’une crise structurelle qui oblige maintenant les dirigeants, élus politiques et travailleurs à s’asseoir ensemble pour mettre en place les éléments nécessaires en vue d’établir les bases d’une nouvelle orientation dans cette industrie.

Au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), on demeure néanmoins optimiste sur l’avenir de ce secteur en indiquant toutefois que la restructuration en profondeur des activités ne se fera pas nécessairement sans douleur.

En poste depuis l’été dernier, l’ex-ministre péquiste et actuel président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CFIQ), Guy Chevrette, savait bien avant sa nomination que l’industrie forestière était vouée à une restructuration pour demeurer concurrentielle sur les marchés.

« Nous n’avons pas le choix. Qu’on le veuille ou pas, nous devons aller de l’avant. Autrement, ce sont les forces du marché qui vont le faire si nous ne nous en occupons pas. Il ne s’agit pas d’une crise conjoncturelle, mais structurelle. »

Au Québec, tout est plus cher

Pour expliquer la crise, Guy Chevrette indique que plusieurs facteurs sont à l’origine du phénomène. C’est au Québec, dit-il, que les coûts de la fibre et des copeaux sont les plus élevés en Amérique du Nord. « Ce n’est plus une question de la hausse du dollar canadien par rapport à la devise américaine, mais plutôt les charges fiscales québécoises qui sont les plus élevées par rapport à l’ensemble de toutes les autres provinces canadiennes. Nous ne sommes même plus concurrentiels avec le reste du Canada. »

À titre d’exemple, l’ex-ministre péquiste cite en exemple la Colombie-Britannique où les taxes sur le capital sont inexistantes, tandis qu’au Québec elles atteignent les 100 M $ annuellement et en Ontario les 50 M $.

D’autres facteurs tels les coûts de production n’aident en rien la situation du Québec. Pour fabriquer un mètre cube de bois, les entreprises québécoises doivent abattre 9 arbres en moyenne. En Colombie-Britannique, ce nombre baisse à 4. « Ainsi, nos coûts de production sont plus élevés, même par rapport à nos voisins du Sud. »

Au chapitre des normes environnementales et de la CSST, elles sont plus rigoureuses et engendrent des coûts substantiels aux entreprises d’ici. « Ce qui fait que nous nous retrouvons de façon permanente dans une situation non concurrentielle. Et c’est admis par le gouvernement du Québec. Les élus reconnaissent que l’industrie traverse une crise structurelle. »

Comité spécial

Pour mieux comprendre ce qui ne va pas dans l’industrie et mettre sur pied des mécanismes visant à lui donner un nouveau souffle, Québec a créé un comité spécial sur l’avenir de l’industrie forestière. Ce comité siège depuis le 28 novembre dernier et dispose d’un mandat de deux mois pour faire le tour du dossier dans son ensemble. La gestion de la forêt, les coûts de production et la restructuration sont les trois points majeurs des discussions.

De ce comité, trois sous-comités se penchent sur des questions bien spécifiques : l’un sur l’avenir du feuillu, un second porte sur le résineux et un troisième touche l’avenir de l’industrie en général.

« C’est à l’œuvre et il y aura probablement un accompagnement de l’État dans cette restructuration qui s’impose. « À l’heure actuelle, les entreprises forestières préparent leur bilan de consolidation. Et pendant ce temps, le CIFQ compile les données sur les coûts de production et les normes gouvernementales à respecter afin d’en arriver à proposer des mesures sur les changements à apporter au chapitre de la gestion, de la fiscalité et de la restructuration des entreprises pour leur permettre d’être concurrentielles sur les marchés.

Pour Guy Chevrette, des décisions doivent être prises rapidement pour venir en aide à une industrie qui procure des milliers d’emplois au Québec.

« Après Domtar et Commonwealth Plywood, d’autres usines sont menacées de disparaître. Heureusement, nous avons été sauvés d’une certaine façon l’an dernier grâce aux nombreux incendies de forêt. Il y a eu l’équivalent de 15 millions de mètres cubes de bois brûlé. J’ignore combien d’arbres seront récupérés, mais ça aide à tout le moins à ne pas être davantage touché par la coupure de 20 % annoncée dans le rapport Coulombe. »

Discussions fertiles

Jusqu’à maintenant, les discussions semblent porter fruit. À la table du sous-comité sur le feuillu, des mesures d’atténuation ont été identifiées. Un protocole a déjà été signé, à la fin novembre, et les intervenants ont convenu de poursuivre les travaux en vue d’aboutir sur un deuxième protocole.

Dans le secteur du résineux, on s’est entendu sur les moyens à utiliser pour prélever le maximum de bois brûlé. Dès que la décision sur les bois secs et sains permettant de procéder à la récolte d’arbres sera connue, les entreprises forestières pourront ainsi respirer un peu plus.

Des sacrifices douloureux à venir

Malgré l’accord sur plusieurs mesures d’atténuation visant l’adoption de stratégies permettant à l’industrie de se réajuster, il est clair pour Guy Chevrette que des usines seront appelées à se regrouper, d’autres à fermer et même à disparaître.

« Cette crise, on la voyait venir. Quand on regarde de près les courbes d’investissement depuis cinq ans, il n’y avait à peu près plus rien. En ajoutant à cela la crise du bois d’œuvre, l’industrie n’a plus le choix que de procéder à une puissante restructuration. » Déjà, plusieurs entreprises ont déposé devant le ministre des Ressources naturelles des plans de restructuration.

Bien que les prochaines années s’annoncent plutôt difficiles, le président-directeur général du CIFQ croit fermement que l’industrie va réussir à rebondir, mais dans un décor quelque peu différent.

« En Colombie-Britannique, des usines ont doublé et même triplé leur production ; certaines, plus petites, ont disparu. Est-ce que ce sera la même chose ici ? Je ne crois pas. Plusieurs entreprises devraient survivre, mais à mon avis, d’autres seront rayées de la carte au profit de plus grandes concentrations. »

Guy Chevrette est également convaincu que la ressource forestière sera moins abondante, bien que l’industrie va réussir à s’en remettre de façon différente. « Dès que la crise dans le secteur de la première transformation sera terminée, je suis sûr qu’il y aura éclosion des deuxième et troisième transformations. »

Pour lui, ce n’est qu’une question de temps avant que l’industrie ne connaisse des jours meilleurs dans un secteur d’activité jugé fort important pour l’économie du Québec.

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