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L’ACQ estime qu’il manquera 20 000 travailleurs par année au Québec dans l’industrie de la construction

L’Association de la construction du Québec (ACQ) a conclu sa tournée du Québec à l’Espace Artevino de Québec le 30 janvier, en publiant les résultats d’une importante étude réalisée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) au sujet de la pénurie de main-d’œuvre qui sévit actuellement dans le secteur de la construction. Selon cette étude, il manquera en moyenne près de 20 000 travailleurs par année au cours des 10 prochaines années pour répondre à la demande pour l’ensemble du Québec. Pour la région de Québec, il manquera en moyenne plus de 1 500 de travailleurs par année.

La pénurie pourrait perdurer pendant une décennie

En 2019, le nombre d’heures travaillées par les travailleurs de la construction s’est élevé à 177 millions, une année record pour l’industrie de la construction. Le record précédent datait de 2012, alors que le nombre d’heures travaillées était de 165 millions.

À cet égard, l’ACQ estime qu’il aurait fallu 2 100 travailleurs de plus dans la région de Québec en 2019 pour arriver à des moyennes similaires aux 10 dernières années, signe que l’activité économique dans le secteur de la construction a atteint des niveaux exceptionnels.

« En effectuant une moyenne des 10 prochaines années, ce sont plus de 1 500 travailleurs de plus dont l’industrie a besoin dans la région de Québec pour répondre à la demande. Dans la région, plusieurs métiers de la construction sont ou seront en situation de pénurie dans les années à venir », constate l’économiste de l’ACQ, Jean-Philippe Cliche.

Malgré une diminution de la demande de main-d’œuvre au cours des 3 prochaines années, l’ACQ estime qu’il y aura tout de même un manque à gagner de plus de 1 200 travailleurs en 2023, alors qu’en 2028 ce sont près de 2 500 travailleurs de plus qui seront nécessaires à l’industrie pour arriver à des moyennes travaillées dites « normales », et ce, si les tendances observées en matière de recrutement de la main-d’œuvre ne changent pas dans le futur et si les investissements prévus sont bel et bien au rendez-vous.

« En regardant la situation de plus près, on s’aperçoit que certains métiers moins connus comme briqueteur-maçon, carreleur, mécanicien d’ascenseur, opérateur d’équipement lourd, peintre, poseur de revêtements souples et soudeurs, entre autres, sont en situation de pénurie de main-d’œuvre dans la région, alors que les métiers de mécanicien de chantier et de mécanicien de machinerie lourde seront en situation grave de pénurie de main-d’œuvre au cours des prochaines années », remarque l’économiste de l’ACQ.

Les conséquences d’une industrie qui roule à plein rendement

L’industrie de la construction roule à plein rendement et, au rythme actuel, l’ACQ estime qu’il se travaillera plus de 180 millions d’heures en 2019, un record pour l’industrie, alors qu’il ne s’est jamais travaillé plus de 165 millions d’heures dans l’industrie de la construction au Québec (2012). Un an après avoir tiré la sonnette d’alarme, l’ACQ admet que la situation est maintenant plus problématique que jamais et que les entrepreneurs en construction vivent difficilement avec les conséquences de cette pénurie.

Selon un sondage de la Commission de la construction du Québec (CCQ) datant du mois d’août 2019, les entrepreneurs en construction sont unanimes : seulement 1 % d’entre eux croient que les difficultés à embaucher sont moins intenses que dans les 12 derniers mois. Dans le même sondage, 77 % affirment ne pas avoir été en mesure de pourvoir tous leurs postes de compagnons, 67 % leurs postes d’apprentis et 72 % leurs postes d’occupation.

Or, les conséquences sont majeures : les entrepreneurs affirment que leur entreprise est moins rentable ou concurrentielle (62 %), ils refusent des contrats (61 %), travaillent plus d’heures eux-mêmes (60 %), alors que plus de la moitié d’entre eux affichent des retards dans la livraison de leurs contrats (58 %). Pour faire face à la pénurie, ils reportent ou étalent des contrats (55 %) ou embauchent et forment des travailleurs moins expérimentés (44 %).

En ce sens, l’ACQ croit que le gouvernement Legault devrait s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction en priorité puisque des investissements importants sont prévus en matière d’infrastructures gouvernementales, notamment dans les infrastructures scolaires.

Quelques pistes de solutions

Selon l’ACQ, un virage technologique de grande envergure est une solution incontournable à la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la construction. En fait, l’ACQ fonde beaucoup d’espoir sur l’utilisation des technologies et des nouvelles techniques de production, car elle permettrait non seulement d’améliorer la productivité en chantier, mais elle permettrait aussi d’atténuer les effets de la pénurie de main-d’œuvre.

À cet égard, elle invite les différents paliers de gouvernement à se pencher rapidement sur des solutions pour aider les entreprises, notamment les entreprises de 5 employés et moins, à procéder à un virage technologique important au cours des prochaines années.

L’ACQ incite aussi le gouvernement à valoriser spécifiquement les métiers de la construction via une vaste campagne de promotion, afin d’attirer les jeunes et les gens qui effectuent un retour aux études vers les programmes de formations professionnelles où les inscriptions sont à la baisse.

Par ailleurs, l’ACQ encourage les entrepreneurs à faire preuve d’ouverture et à revoir leur façon de faire en matière de gestion des ressources humaines pour attirer et conserver les 30 % d’hommes et les 50 % de femmes qui quittent le milieu de la construction dans le premier 5 ans.

Finalement, l’ACQ conçoit qu’il n’y a pas de remèdes miracles à la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction. Plusieurs mesures doivent être mises en place et l’association d’entrepreneurs a déjà entamé les pourparlers avec la CCQ et le gouvernement du Québec, notamment au sujet de l’alternance travail-étude et de l’étalement des travaux dans les écoles, pour atténuer la situation.

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