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Industriellement vôtre – Rustre et fanfaron ce Trump

Le 8 juin dernier sur le site de nouvelles américain The Hill, Jerry Haar écrit : « La taille, l’étendue et la profondeur des relations commerciales et le Canada et les États-Unis à elles seules font de la guerre commerciale avec notre voisin au Nord l’apex de la stupidité. » Et ce journaliste et professeur de commerce à l’université internationale de la Floride, co-auteur il y a une vingtaine d’années du bouquin « Make NAFTA Work » (Faire fonctionner l’ALENA), n’est pas le seul à craindre les effets sur le sol américain des soubresauts du Président Donald Trump et de ses conseillers protectionnistes Wilbur Ross, secrétaire au commerce et Peter Navarro, directeur du Conseil national du commerce. Le NRF (National Retail Federation), la Chambre de commerce des États-Unis et plusieurs autres organismes américains affirment que ce sont les travailleurs et consommateurs américains qui paieront la note d’une guerre commerciale avec le Canada.

Selon ces organismes, des centaines de milliers d’emplois seront perdus aux États-Unis et le président de la brasserie Coors a déjà averti le président américain que le prix de la bière augmentera chez nos voisins du Sud à cause des tarifs imposés sur les importations d’aluminium canadien. Et parlons de l’imposition de ces tarifs de 25% sur l’acier canadien et de 10% sur l’aluminium imposés par Trump pour tenter d’intimider le Canada dans les négociations de renouvellement de l’ALENA. Pour l’acier, la balance commerciale est en faveur alors que nous importons pour 2 milliards de dollars de plus d’acier que nous en exportons aux États-Unis. Côté aluminium, l’industrie américaine n’arrive qu’à produire que 10% des besoins des industries manufacturière et de la construction américaines et doit compter sur les importations pour s’approvisionner.

Le fait que le président Trump a imposé ces tarifs pour des raisons de sécurité nationale comme le lui permet l’Acte de l’expansion du commerce de 1962 rend la chose encore plus ridicule. Pensez-vous vraiment que nous sommes une menace à la sécurité nationale des États-Unis? Le Canada est le plus ancien et le plus fidèle des alliés des États-Unis. Mettons tout cela en perspective, les échanges commerciaux avec les États-Unis se chiffraient à plus de 675 milliards de dollars en 2017 (toutes les sommes sont en dollars US) et seule la Chine a fait mieux dans les échanges avec l’Oncle Sam l’an dernier. N’en déplaise à Donald Trump, qui refuse d’utiliser cette donnée émanant de son propre gouvernement préférant clamer haut et fort que les États-Unis sont déficitaires dans ses échanges avec nous, le Canada importe pour 8,5 milliards de dollars de biens et services de plus qu’il en exporte aux États-Unis.

Malgré la faible densité de la population par rapport à plusieurs autres pays du monde, la vivacité économique du Canada est telle que les États-Unis de Donald Trump exportent plus de produits et services vers le Canada que le total des exportations américaines vers la Chine, le Royaume-Uni et le Japon. Et cette relation commerciale avec nos voisins est responsable de la création de plus de 2 000 000 d’emplois aux États-Unis. En tenant compte des investissements canadiens  de plus de 435 milliards de dollars en équité dans des entreprises américaines, c’est plus de 9 000 000 d’emplois directs et indirects aux États-Unis qui résultent de nos échanges. Seul le Royaume-Uni investit plus que nous au pays de Donald Trump.

400 000 personnes et près de 2 milliards de dollars de produits et services traversent la frontière entre le Canada et les États-Unis dans un sens ou dans l’autre sur une base quotidienne. Nous sommes le plus important client des américains et pourtant leur président rustre vient chez nous pour une rencontre du G7 plutôt à reculons et en proposant l’adhésion de la Russie à ce groupe sélect de nations démocratiques à économie ouverte. Pas vraiment démocratique et exclue du G8 depuis sa prise de pouvoir de la Crimée et ses problèmes avec l’Ukraine, la Russie n’est pas vraiment une puissance économique alors que son PIB est moindre que celui du Brésil.

Mais n’en tienne à Donald Trump de privilégier un ennemi plutôt que ses alliés. Après avoir quitté de toute hâte La Malbaie, non sans avoir signé une communiqué final démontrant que le G7 pouvait encore faire l’unanimité, Donald Trump revient sur sa parole, vexé par la hardiesse de Premier ministre Justin Trudeau qui continuait à affirmer que les tarifs douaniers imposait au Canada était une insulte et que le pays riposterait toujours lorsqu’il est traité injustement. Je suis d’accord avec les tarifs douaniers imposés chirurgicalement à de nombreux produits américains en riposte aux tarifs imposés par Trump sur l’acier et l’aluminium canadiens.

Tous les observateurs s’accordent à dire qu’aucun état ne sort gagnant d’une guerre commerciale, même pas les États-Unis trumpiens. Et les plus grands perdants seront probablement le peuple américain, malgré les fanfaronnades de leur président.

Par Michel Lemelin, vice-président Groupe Pageau

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