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L’aluminium au Mexique – Une opportunité d’échanges commerciaux à considérer

Le 27 février 2018 le ministre des Finances Bill Morneau a présenté son troisième budget. Alors que les négociations pour l’avenir de l’ALÉNA arrivent dans le dernier droit, plusieurs entrepreneurs espéraient que cette mise à jour économique préviennent les dégâts, advenant la fin de l’entente de libre-échange. Mais Manuel Montoya, le directeur de l’organisme mexicain CLAUT (Cluster Automobile Nuevo Leon) a partagé aux membres d’AluQuébec des informations et des opinions encourageantes à propos de ce que nous pouvons dès maintenant faire, et ce quelle que soit la suite des choses.

Manuel Montoya était l’un des conférenciers internationaux de la Journée Innovation / Aluminium – Transport, qui a eu lieu à Drummondville le 22 février. Le directeur général du regroupement CLAUT, situé dans l’état de Nuevo Leon au Nord-Est du Mexique le long du Texas, a parlé à deux reprises de la production manufacturière mexicaine et de l’industrie automobile en particulier, en mettant l’accent sur les similitudes, les synergies et les occasions d’affaires à créer entre les entreprises d’ici et les leurs. Avec de nombreuses statistiques à l’appui les concepts de complémentarité, d’efficacité et de faibles coûts ont fréquemment été démontrés. Bien sûr l’aluminium et la production de véhicules étaient au centre de ses propos, mais rien n’empêche d’appliquer ces informations à quantité d’autres industries.

L’endroit où être

Le conférencier a d’abord rappelé que des centaines de marques produisent au Mexique, par exemple Kenworth, Freightliner, Hino, Volvo, International, Cummins, Volkswagen, Ford, Nissan, GM, FCA, Toyota, Kia, Honda… Si elles sont à ce point présentes, c’est pour d’excellentes raisons. Par exemple ce grand territoire d’Amérique du Nord a accès à 46 pays par le biais d’ententes commerciales diverses, ce qui représente 1,2 milliard de consommateurs. En valeur, le Mexique a exporté en 2016 pour 373,9 milliards de dollars US, ce qui le place au 11e rang, juste après le Canada et ses 402,4 milliards. Les entreprises d’ici y ont investi 14,8 milliards en 2015, par rapport au 1,4 milliard des Mexicains investi de notre côté de la frontière, selon le gouvernement du Canada.

Jeunes, efficaces et scolarisés

Les Mexicains font partie des pays dont la productivité s’améliore le plus, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques. Et sa population, jeune, est à 48% en âge de travailler (61,7 millions de personnes), et bénéficie actuellement d’un faible taux de chômage variant entre 3 et 4%. Éduqués, les Mexicains forment plus de 100 000 ingénieurs, soit un peu plus que la France et pratiquement autant que les Japonais.

De faibles salaires

Contrairement à la Chine, qui a vu son inflation et ses salaires progresser rapidement durant les dernières années, les taux horaires des Mexicains demeurent remarquablement faibles – ce que regrette d’ailleurs Manuel Montoya. Il y a maintenant un écart de 40% entre les salaires moyens des Chinois par rapport aux Mexicains. Concrètement cela signifie qu’un employé mexicain qualifié gagne en moyenne 4,97 dollars US de l’heure, qu’un technicien reçoit 6,20 dollars et qu’un ingénieur se mérite 13,91 dollars!

Sans producteur d’aluminium

Manuel Montoya a précisé que le Mexique ne compte plus de producteur d’aluminium depuis quelques années, principalement à cause de la rareté de la ressource et du manque d’une source d’énergie abordable. Il existe des entreprises qui sont spécialisées dans le recyclage de ce métal, sinon la majorité doit être importée. En fait M. Montoya explique qui les biens et composantes qui sont le plus fréquemment importés par le Mexique parce que difficiles à créer de façon efficace là-bas sont des produits estampés, forgés, de machineries diverses, des pièces en plastique injecté, des moules et des matrices.

Afin d’alléger les véhicules modernes et d’entre autres diminuer leur consommation de carburant, l’aluminium devient de plus en plus commun. M. Montoya prévoit que le Mexique produira cinq millions de véhicules par année dès 2022, ce qui en fera un des principaux producteurs mondiaux, et ce devant la Corée du Sud et le Brésil. Ainsi la consommation d’aluminium devrait y atteindre un million de tonnes.

Les entreprises canadiennes appelées à prendre la place

L’expert considère que des partenariats entre les entreprises canadiennes et les mexicaines ne sont pas seulement réalisables mais bien souhaitables. Ce pays peut recevoir des composantes entières de compagnies d’ici ou encore créer là-bas des unités de production par l’entremise d’investissements canadiens. M. Montoya divise en trois catégories les produits crées en fonction de leurs besoins en main-d’oeuvre, intense avec peu d’automatisation (ceintures de sécurité, sièges, coussins gonflables, instruments divers), moyenne (moteurs, freins, unités d’air climatisé, transmissions, essieux, pièces de carrosserie) et faible avec forte automatisation (pièces moulées et accessoires de carrosserie, différentiels, pièces de moteurs, roues d’inertie et pièces de boîtes de vitesses). L’essentiel de cette production automobile mexicaine prend ensuite la route des États-Unis, dont l’important marché représente en valeur 76% de leurs exportations ou 63 milliards de dollars sur un total de 82. À cet égard le Canada ne reçoit que 2% de ces composantes mexicaines.

Comment y investir à long terme

Le Canada est le cinquième pays en importance à investir au Mexique, et ce après les États-Unis, l’Espagne, les Pays-Bas et le Japon. Pour s’y implanter avec succès Manuel Montoya considère qu’il faut considérer cela comme une décision à long terme, en créant une relation de partenariat empreinte de respect et de communication. Pour y créer une usine efficace il faut que les gestionnaires d’usine soient des Mexicains, plus aptes à gérer au jour le jour les difficultés et à communiquer efficacement avec la main-d’oeuvre. Le processus organisationnel doit être réévalué au moins une fois par année, et la philosophie d’entreprise doit être communiquée régulièrement, afin de développer un sentiment d’appartenance.

L’investisseur doit tenir compte de nombreux frais auxquels il peut n’avoir pas songé, tels que la formation en entreprise, les certifications, les uniformes, les congés payés, les activités syndicales et l’absentéisme. Le roulement de personnel y est malheureusement élevé, pouvant atteindre 17,8%, et bien des Mexicains s’attendent à des gratifications rapides. La jeune génération des milléniaux, représentant le tiers de la population, n’aime pas les tâches répétitives, apprécie les technologies, a un fort sentiment entrepreneurial et peut accomplir ses buts rapidement à la condition d’être motivée.

Par Frédéric Laporte

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