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Saga Boeing-Bombardier – Un autre plomb dans l’aile pour l’ALENA

Avant même son élection en novembre 2016, le Président américain, Donald Trump, avait clairement indiqué sa position face à l’ALENA : un traité qui, selon lui, bafouait les Américains sur presque toute la ligne. Plusieurs secteurs sont alors immédiatement devenus des cibles privilégiées : bois d’œuvre, la gestion de l’offre sur les produits laitiers et la volaille, et biens d’autres. Toutefois, depuis le printemps dernier, le géant américain Boeing a ajouté une nouvelle corde à l’arc de l’administration américaine : l’aéronautique.

En vertu de sa demande auprès de l’USITC, Boeing exigeait l’imposition de droits compensatoires d’au moins 79,41% et de droits antidumping de 79,82% sur les ventes d’appareils de la CSeries en sol américain. Washington ayant accepté la requête du constructeur américain, l’ITC devait initialement rendre une décision préliminaire le 21 juillet dernier. L’organisme a toutefois demandé à reporter celle-ci au 26 septembre.

Devant l’USITC, Boeing accuse en outre Bombardier d’avoir déclaré officiellement sa volonté de s’accaparer de la moitié du marché international du segment des avions de 100 à 150 places.

« Si l’avionneur québécois devait atteindre cet objectif, Boeing serait virtuellement sortie de ce marché, privée du même coup de ventes annuelles estimées à 330 millions de dollars américains », avait soutenu son vice-président, Raymond Conner, devant le comité composé de sept personnes.

Il faut toutefois mettre ces estimations en perspectives. En 2016, les ventes de Boeing ont totalisé 94,6 milliards de dollars US, ce qui fait en sortes que les pertes évoquées ne représenteraient qu’environ 0,33% de son chiffre d’affaires.  Des ventes qui, selon l’avocat de Bombardier, Peter Lichtenbaum, n’ont pas fléchi à cause de la présence de l’avionneur québécois sur le marché.

« Boeing est un joueur mondial qui dispose d’un carnet de commandes enviable. La CSeries constitue une gamme d’avions plus petits que les Boeing 737-800 et Max-8, qui représentent près de 50% des avions dits monocouloirs du constructeur américain. À nos yeux, la plainte de Boeing est sans précédent, sans commune mesure, d’autant plus que Delta n’avait même pas considéré Boeing parmi les fournisseurs potentiels pour cette commande. »

Appuis américains

Bien qu’ils n’aient pas eu l’opportunité de témoigner devant la Commission, certains transporteurs aériens américains ont tenu à rendre publique leur position dans la sage Boeing-Bombardier, en demandant même aux autorités concernées de rejeter la plainte de l’avionneur américain.

C’est le cas notamment de Spirit Airlines et de Sun Country Airlines, deux transporteurs à rabais qui ont adressé leurs argumentations à l’USITC. Selon celles-ci, les droits punitifs exigés par Boeing représentent un frein à l’innovation et à la concurrence. Le chef de la direction financière de Spirit, Edward Christie, n’y est pas allé de main morte.

« La plainte de Boeing est une façon inappropriée de bloquer l’entrée de la CSeries sur le marché américain. Pour l’instant, nous n’exploitons que 122 appareils, tous des Airbus. Nous sommes conscients de l’efficacité de la CSeries, ce qui cadre dans notre objectif de réduire nos dépenses et, éventuellement, le prix des billets. Si nous avions à acheter des appareils pouvant transporter entre 100 et 140 personnes, nous ne considérerions même pas Airbus ou Boeing car, selon nous, les deux constructeurs ne proposent pas d’avions de cette taille. »

De son côté, le président et chef de la direction de Sun Country, Jude Bricker, ajoute qu’il est impératif que les compagnies aériennes puissent avoir accès à des avions monocouloirs comme ceux de la CSeries.

« Les mesures punitives réclamées par Boeing constitueraient une taxe pour les voyageurs américains et pourraient engendrer une hausse éventuelle du prix des billets. Nous croyons qu’ils ont le droit de bénéficier de tous les types d’appareils, peu importe l’avionneur », soutient-il.

Quelques jours avant le rendu de la décision de l’USITC, un troisième transporteur aérien, JetBlue, le cinquième en importance chez nos voisins du Sud, avait joint sa voix à Spirit et Sun Country.

CS100 Bombardier – Delta Airlines

De la politique économique

Au-delà d’une simple bataille commerciale, la saga Boeing-Bombardier emprunte désormais une tournure politique. En effet, depuis près de cent ans, Boeing et le gouvernement canadien entretiennent des liens étroits pour la fourniture d’équipements militaires. L’entreprise compte de nombreux fournisseurs à travers tout le pays et contribue ainsi à la croissance de l’industrie aérospatiale canadienne. Récemment, Boeing avait livré un C-17 Globemaster, un avion de transport, et un CH-47 Chinook, un hélicoptère de troupes.

À la lumière de cette longue relation d’affaires, le gouvernement canadien avait placé auprès du géant américain, en 2016, une commande pour 18 avions de combat F18 Super Hornet, évaluée à près de 6 milliards de dollars, pour remplacer les F18 devenus désuets.

Or, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a été on ne peut plus clair lors d’un point de presse tenu le 18 septembre dernier.

« Si Boeing continue à insister pour éliminer des dizaines de milliers d’emplois au Canada, par son attaque contre Bombardier, notre position en tant que gouvernement est formelle : Boeing ne doit pas s’attendre à ce que le Canada achète des avions auprès d’elle, surtout si elle persiste à attaquer notre industrie de cette façon. »

Onde de choc!

La Commission du commerce international américaine devait rendre sa décision le 26 septembre dernier, un verdict attendu tant au niveau commercial que politique, en considération des différents enjeux reliés à la plainte de Boeing. La veille de l’annonce de la décision, le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait exprimé sa crainte pour les travailleurs de Bombardier et ceux de l’industrie en général.

Pendant toute la journée, la décision de la USITC s’est faite attendre. Puis, peu après 18h30, après la fermeture des marchés boursiers, l’annonce fatidique tombe : non seulement la Commission endosse la position de Boeing, mais elle renchérit.

Par Richard Marcil

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