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L’effet Trump

Renégociation de l’ALÉNA, retrait des États-Unis du Partenariat Transpacifique, menace à l’endroit des grandes entreprises manufacturières qui ont déplacé des emplois dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère, en quelques coups de crayons et quelques Tweets, le nouveau président américain a considérablement changé la donne pour les prévisionnistes économiques. Même s’il est encore tôt pour prévoir de façon rigoureuse les impacts de l’arrivée en poste de Donald Trump et de ses politiques protectionnistes (chose que la Magazine MCI fera d’ailleurs dans sa prochaine édition), certains signes ne mentent pas.

Le nouveau président américain n’a pas tort sur certains points : depuis des décennies, la production manufacturière des États-Unis a connu un retrait continu : les Américains ne produisent plus, ils gèrent. Et même encore. De larges pans de l’économie américaine sont entre les mains de multinationales étrangères. Même l’acier, une pierre angulaire de l’économie productive de nos voisins du sud, est en partie contrôlée par des intérêts étrangers.

L’automatisation de la production a certes joué un rôle important dans la diminution des emplois manufacturiers bien rémunérés aux États-Unis, comme l’avait d’ailleurs prévu John F. Kennedy au début des années ’60. Mais c’est le déplacement des usines vers des pays où le salaire horaire est une fraction du salaire moyen aux États-Unis qui aura frappé durement le revenu de la classe ouvrière, le groupe cible, d’ailleurs, de la campagne électorale de Donald Trump.

Les menaces proférées par le président américain semblent avoir porté fruits, certaines grandes entreprises ayant revu leur stratégie d’implantation d’usine, notamment au Mexique. On serait porté à croire que ce ralentissement ou cette inversion du phénomène ne touchera pas le Canada, puisque nos normes d’emploi et le salaire moyen au Canada sont similaires à ceux des États-Unis. L’annonce récente de GM de déplacer la production de véhicules fabriqués au Canada, entrainant la perte éventuelle de 600 emplois à Ingersoll en Ontario, semble toutefois indiquer qu’il y a lieu de s’inquiéter. La logique d’affaires est relativement simple : si les entreprises américaines ne peuvent plus déplacer les emplois des États-Unis vers le Mexique sans craindre les foudres de Trump, elles peuvent couper là où elles ne risquent rien : au Canada.

Comment répondre à ce nouveau protectionnisme, à l’ère de la mondialisation et des traités commerciaux ? Comment s’assurer que le Canada, l’Ontario et le Québec en tête en raison de leur économie fortement basée sur l’industrie manufacturière, ne perdra pas trop de plumes lors des prochaines négociations de l’ALÉNA ? Le gouvernement fédéral, sous la direction des Libéraux de Justin Trudeau, devra-t-il adopter des mesures similaires à celles de son vis-à-vis américain ?

Ottawa n’a définitivement pas le même poids que Washington, et ne pourra pas recourir à des menaces pour contrecarrer les effets des nouvelles politiques économiques américaines. Mais l’heure a peut-être sonné de rappeler à l’ordre certaines grandes entreprises canadiennes et les grands donneurs d’ordre, et de leur demander, peut-être plus subtilement que ne l’a fait Trump, de recourir à des sous-traitants canadiens.

L’année qui vient de débuter ne sera pas ennuyante, c’est le moins qu’on puisse dire. Et pour l’industrie manufacturière canadienne, les enjeux sont grands. Les impacts du protectionnisme américain vont-ils se concrétiser ? Le rapatriement aux États-Unis d’usines importantes aura-t-il au contraire un effet positif sur les fournisseurs canadiens de ces mêmes usines ? Le Canada pourra-t-il se rabattre sur une augmentation des exportations vers l’Europe grâce au nouveau traité de libre échange? Bien malin celui qui peut prévoir !

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