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Semaine internationale de l’aérospatiale de Montréal – Le génie québécois au service de la croissance

L’industrie aérospatiale au Québec, c’est une affaire de gros sous. Ceux que les entreprises et les gouvernements y injectent pour favoriser l’innovation et le développement et ceux engrangés par les entreprises et gagnés en salaire par les quelque 40 000 personnes qui y travaillent. Avec un chiffre d’affaires de 15,5 milliards de dollars, nul besoin d’en dire plus. C’est aussi une affaire de grosses idées… et à cet égard, l’industrie québécoise de l’aérospatiale marque des points importants et assure une place enviable à la table des grands joueurs mondiaux.

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Louise Bouchard Journaliste

Louise Bouchard
Journaliste

Nombre d’entre eux ont d’ailleurs participé à la deuxième édition de la Semaine internationale de l’aérospatiale, qui s’est déroulée du 25 au 29 avril à Montréal, là où sont établies 97 % des entreprises du secteur de l’aérospatiale de la province. La rencontre a attiré 1300 participants provenant d’une quinzaine de pays et des entreprises de toutes tailles, des géants et grands donneurs d’ordre que sont Boeing, Airbus, Lockheed Martin, Bombardier et Pratt & Whitney Canada, aux petites entreprises présentes dans la chaîne d’approvisionnement. Cette semaine de l’aérospatiale attire aussi des universitaires et des membres de groupes de recherche spécialisée… bref, des représentants et des acteurs de tout ce qui gravite dans la sphère aérospatiale québécoise et mondiale.

Le thème de l’importance d’une collaboration mondiale pour développer l’innovation dans le secteur a été au cœur des activités. En gros, la semaine a été structurée autour de quatre événements: un forum de deux jours sur l’innovation, un autre sur la recherche mondiale collaborative, une conférence sur l’importance pour les PME québécoises de développer des expertises du MRO (Maintenance Repair and Overhaul) et finalement un forum pour les petites et moyennes entreprises, consacré cette année à la formation et au développement des ressources humaines. « On y concentre des conférences et des présentations pour comprendre où s’en va l’industrie, pour savoir quelles sont les grandes tendances qui l’animent et les meilleures pratiques à adopter pour profiter de son essor », résume Suzanne Benoît, présidente-directrice générale d’Aéro Montréal, organisateur de la semaine.

Au-delà de l’horizon

Suzanne Benoît, présidente-directrice générale d’Aéro Montréal

Suzanne Benoît, présidente-directrice générale d’Aéro Montréal

Les possibilités de développement de l’industrie aérospatiale québécoise ont de quoi donner le vertige. Deux phénomènes concourent à des prévisions optimistes de croissance: d’abord, l’augmentation du nombre de passagers puis le vieillissement des flottes actuelles des transporteurs aériens.

L’OACI (l’Organisation de l’aviation civile internationale, dont le siège social est à Montréal) estime que la demande en transport aérien augmentera de près de 5%, à tous les ans, au cours des 20 prochaines années!

« Ça signifie que le nombre de passagers par année va plus que doubler pour passer de 3,5 milliards à 7,3 milliards par année d’ici 20 ans », dit Suzanne Benoît.

Les fabricants d’avions commerciaux, comme Bombardier, Boeing et Airbus, estiment construire 38000 appareils d’ici 10 ans pour répondre à cette demande grandissante et remplacer les avions qui arrivent en fin de vie.

« Juste pour la catégorie d’appareils de la CSeries, Bombardier estime qu’on lui commandera 7000 appareils d’ici 15 ans…. Imaginez toutes les entreprises qui seront mises à contribution pour répondre à cette demande ! Et plus encore, il faudra entretenir et réparer ces nouveaux appareils, c’est une belle occasion pour les PME québécoises », selon Suzanne Benoît.

Le premier ministre Philippe Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard

Les défis pour les PME: internationalisation et innovation

Si une forte hausse de la demande favorisera les affaires, seules les entreprises ingénieuses et compétitives réussiront à tirer leur épingle du jeu. La donne a changé au cours des dernières années pour les fournisseurs des grands constructeurs. Ils font désormais affaire avec des intégrateurs qui servent, en quelque sorte, d’intermédiaires entre les PME et les géants de l’industrie. Airbus par exemple est passé de 3500 fournisseurs à environ 300 grâce à ce système.

« Comme entrepreneur, il faut se positionner auprès de ces intégrateurs qui offrent une formidable ouverture sur le marché mondial et qui permettent de participer aux programmes de développement des gros avionneurs », dit Suzanne Benoît.

Un événement comme la semaine internationale de l’aérospatiale facilite justement ce type de rencontres formelles et informelles (il y en aurait eu au moins 1500 durant la semaine) en permettant aux PME d’ici de se faire connaître et de présenter leur capacité industrielle à des clients potentiels provenant d’une quinzaine de pays et parmi les plus importants au monde.

Mais il faut aussi être prêt à faire face à une concurrence féroce.

« Chez Aéro Montréal, on veut faire comprendre aux entreprises qu’elles doivent être capables de développer une culture de l’innovation et on veut leur faire connaître les programmes qui leur permettent d’embaucher des ingénieurs et des techniciens qui vont les propulser vers le haut », explique Suzanne Benoît.

Les gains de productivité sont au centre du succès de l’industrie aérospatiale qui devra entrer de plain-pied dans l’automatisation et la robotisation comme l’a fait le secteur de l’automobile il y a plusieurs années. Les entreprises qui voudront être de la partie devront développer le volet numérique et savoir s’adapter à des systèmes avancés de production (industrie 4.0).

Le premier ministre Philippe Couillard, attentif aux explications

Le premier ministre Philippe Couillard, attentif aux explications

Montréal est devenu incontournable

Le fait que la semaine internationale de l’aérospatial réussisse à attirer les hauts gestionnaires des Boeing, Airbus et autres géants suffit à démontrer l’attrait du savoir-faire d’ici pour les acteurs mondiaux de l’industrie. La diversité et la complémentarité des entreprises montréalaises sont en effet prisées et avec raison.

« Montréal est la seule ville au monde où l’on peut construire un avion de A à Z », lance Suzanne Benoît.

Selon elle, l’absence de concurrence entre les quatre grands de l’industrie ici (Bombardier, Pratt&Witney, Bell Helicopter Textron et CAE) joue en faveur de la réussite montréalaise. Ces grandes entreprises font partie des quelque 200 entreprises de cette grappe industrielle unique qui est animée par Aéro Montréal.

« On agit comme catalyseur entre les entreprises, les centres de recherche, les universités et les centres de formation pour rendre le secteur plus compétitif », explique Suzanne Benoît qui compare la grappe à un écosystème.

Une des preuves de cette réussite est sans contredit le CS100 de Bombardier, ce nouvel appareil de 100 à 150 places considéré comme étant le plus écologique de sa catégorie sur la planète.

Fassi Kafyeke, ingénieur chez Bombardier et responsable de la technologie stratégique et des conceptions avancées

Fassi Kafyeke, ingénieur chez Bombardier et
responsable de la technologie stratégique et des conceptions avancées

« C’est la plus grande innovation de l’histoire de l’aérospatiale au Canada », lance Fassi Kafyeke, ingénieur chez Bombardier et responsable de la technologie stratégique et des conceptions avancées.

Selon lui, Bombardier a fixé les nouveaux critères d’excellence pour les autres constructeurs dans cette catégorie, avec un avion plus léger, une réduction de consommation de carburant de 15 % à 20 %, des freins électriques plutôt qu’hydrauliques et une empreinte sonore quatre fois moins élevée en surface. Le transporteur américain Delta a d’ailleurs annoncé, durant la semaine internationale de l’aérospatial, l’achat de 75 de ces appareils et pourrait en acquérir 50 autres, ce qui a fait conclure que Bombardier se hissait dans la cour des grands.

« Il n’y a plus personnes qui pourrait faire un avion dans cette catégorie sans essayer de se frotter à la CSeries, ce qui rejaillit sur l’ensemble de l’industrie et des entreprises d’ici », lance Fassi Kafyeke.

Si le CS100 est une preuve de réussite, il est aussi ce qui nourrit l’avenir.

« Ces programmes coûtent des milliards de dollars, mais ce sont aussi des investissements qui ont servi à augmenter les compétences des gens de Bombardier et des entreprises qui participent à la CSeries. Nous avons bâti une capacité extraordinaire de développement et d’innovation », dit celui qui réfléchit déjà à l’avion de demain.

Faut-il rappeler que le gouvernement québécois est devenu partenaire en société en commandite avec Bombardier en investissant 1,3 milliard de dollars dans le programme de développement de la CSeries de l’avionneur québécois. Au moment d’écrire ces lignes, Bombardier – et les divers acteurs de l’industrie – attend toujours la réponse du gouvernement fédéral.

« Il faut savoir que contrairement à ses concurrents Boeing ou Airbus, Bombardier ne bénéficie pas des résultats des recherches menées par l’industrie militaire pour ensuite les appliquer à l’échelle commerciale parce le Canada n’investit pas dans de telles recherches »,
précise Suzanne Benoît.

Québec dévoile sa stratégie de l’aérospastiale 2016-2026

510 millions de dollars pour l’industrie de  l’aérospatiale

 

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, accompagné de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, a rendu publique le 30 mai dernier la Stratégie québécoise de l’aérospatiale 2016-2026. Le Gouvernement du Québec prévoit des interventions de 510 millions de dollars pour soutenir l’industrie de l’aérospatiale pour les cinq premières années de sa mise en œuvre. Celles-ci devraient générer des investissements de 2,8 milliards de dollars.

 

« Cette stratégie propose des moyens concrets qui répondent aux préoccupations soulevées et offre des outils efficaces aux acteurs de l’industrie afin qu’ils continuent à se démarquer sur la scène mondiale. Notre priorité est et demeurera d’encourager et de soutenir la réalisation d’initiatives innovantes », a souligné le premier ministre Couillard.

 

Pour poursuivre sa croissance, l’industrie aérospatiale doit continuer d’assurer le développement de sa main-d’œuvre, prendre le virage vers l’industrie 4.0 et innover davantage pour développer de nouveaux produits et procédés. Afin d’aider l’ensemble des intervenants à relever ces défis, quatre grands axes, desquels dix objectifs et une trentaine d’initiatives ont été définis :

  • Renforcer et diversifier la structure de l’industrie
  • Soutenir la croissance de l’industrie en appuyant les projets et en investissant dans la main-d’œuvre
  • Accompagner les PME dans leur développement
  • Miser sur l’innovation

 

« En adoptant cette stratégie, notre gouvernement veut faire de l’aérospatiale l’une des industries les plus innovantes, concurrentielles et diversifiées du monde. Elle a été élaborée avec l’objectif de réinventer l’horizon et de donner une impulsion au secteur afin d’assurer sa prospérité à long terme », a affirmé la ministre Dominique Anglade.

 

L’industrie de l’aérospatiale du Québec compte près de 190 entreprises et plus de 40 000 travailleurs. En 2015, les ventes annuelles au sein du secteur s’élevaient à 15,5 milliards de dollars. Par ailleurs, plus de 80 % de la production québécoise est exportée, et environ 70 % des activités canadiennes de recherche et développement dans ce domaine sont réalisées au Québec.

Louise Bouchard
Journaliste

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