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Équipementiers en transport terrestre. Les défis de l’automatisation et des TI

Longtemps identifiée comme principale source d’émission de gaz à effet de serre, l’industrie du transport terrestre a depuis une bonne décennie entrepris un virage important afin de devenir plus éco-énergétique. Toutefois, les changements se font graduellement et l’ouverture des manufacturiers est encore mitigée.

Certes, des transporteurs québécois se tournent lentement vers des énergies alternatives, comme le propane ou le gaz naturel, moins polluants et tout aussi performants. Ce virage ne s’effectue cependant pas sans quelques heurts. Les manufacturiers doivent adapter les équipements qu’ils proposent aux réalités environnementales.

Ainsi, l’une des principales préoccupations tourne autour du poids des composantes des équipements. Sans négliger robustesse et fiabilité, les composantes doivent être plus légères afin de répondre aux nouvelles contraintes environnementales.

Face à ces défis, les manufacturiers sont forcés d’envisager de nouvelles méthodes de fabrication ou l’utilisation de nouveaux matériaux, tout en gardant un œil sur les propriétés fondamentales de l’équipement. Certains procédés de fabrication permettront de réaliser ce tour de force, des procédés comme la fabrication additive ou encore l’optimisation numérique.

Geneviève Dutil, LX Sim

Geneviève Dutil, LX Sim

« L’optimisation numérique permet des économies de temps, d’argent et en ressources humaines indéniables, par rapport à une approche traditionnelle comme le prototypage. Alors que le prototypage s’effectue lors de la phase des tests physiques, l’une des plus onéreuses du processus de développement de produit, l’optimisation numérique est appliquée dès la phase initiale du design, celle qui engendre le moins de dépenses face à la résolution des problèmes », nous explique Geneviève Dutil, présidente chez LX Sim.

« Ce sont aussi des industries qui cherchent constamment des économies de poids qui, à leur tour, génèreront des économies de consommation d’énergie importantes. Sans être scientifiques, nos sondages nous indiquent qu’environ 70 % des entreprises connaissent l’existence de l’optimisation, mais que peu en connaissent toutes les applications possibles. »

Et bien qu’il s’agisse avant tout d’un travail d’ingénierie, la simulation par optimisation numérique prend lentement sa place au sein de plusieurs entreprises québécoises.

« Pour toute entreprise qui cherche à se différencier, à rendre son produit accessible en temps sur le marché, à accéder à la rentabilité plus rapidement, mais toujours en sous-tendant un objectif de qualité de produit, l’optimisation, qu’elle soit paramétrique, topologique ou par composites laminés, constitue une option de choix dans le développement d’un nouveau produit », renchérit Geneviève Dutil.

Retard à combler

Mais pour ce faire, les fabricants de composantes doivent combler un net retard en ce qui a trait à l’automatisation.

« Nos PME accusent un sérieux retard face à nos voisins américains ou à certains pays européens. On y prône davantage le passage à l’automatisation industrielle, alors qu’ici, nos entreprises demeurent plus traditionnelles, voire artisanales. Les dirigeants de PME conservent encore cette mentalité de grande famille et voient l’automatisation comme une menace.

Daniel Deschamps, REAI

Daniel Deschamps, REAI

Pour bon nombre d’entre eux, se tourner vers l’automatisation, totale ou partielle, signifie en quelque sorte avoir à remercier des employés loyaux, fidèles, qui font partie de la famille depuis plusieurs années. Ils préfèrent souvent le statu quo, au détriment d’une progression logique des activités de leur entreprise », nous a confié Daniel Deschamps, vice-président opérations au REAI (Regroupement des équipementiers en automatisation industrielle), qui se veut l’incontournable et la solution aux projets d’automatisation des entreprises québécoises et canadiennes.

« De ce fait, leur compétitivité en est d’autant compromise. Au cours des dix dernières années, les équipementiers et manufacturiers de composantes ne l’ont pas eu facile. L’aide gouvernementale fédérale étant principalement orientée vers l’industrie pétrolière, plusieurs d’entre eux ont soit réduit considérablement leurs effectifs ou tout simplement fermé leurs portes. Le gouvernement libéral récemment élu a déjà annoncé ses couleurs et nous souhaitons qu’il respecte ses engagements qui permettront sans doute une nouvelle croissance économique. »

Afin d’annihiler ce sentiment de culpabilité qu’éprouvent certains dirigeants de PME, Daniel Deschamps a tenu à rappeler que toute automatisation entraîne une hausse de production et, par le fait-même, un besoin de main-d’œuvre dans les autres départements de l’entreprise, comme l’expédition par exemple.

Plus de TI

L’automatisation n’est qu’une facette du virage que doivent emprunter les PME québécoises. Selon Josée Beaudoin, vice-présidente, Innovation et Transfert, au CEFRIO, elles doivent faire un usage plus intensif et stratégique des technologies de l’information.

« Au niveau personnel, les Québécois utilisent couramment les technologies de l’information. Ils fréquentent les réseaux sociaux, font du commerce électronique et ce, peu importe leur niveau de scolarité. Cette tendance crée une pression auprès des entreprises où les TI sont moins utilisées. En fait, seulement 12 % des entreprises québécoises offrent des services de commerce électronique. Qui plus est, 3 $ sur 4 sont dépensés hors Québec. Tant qu’il n’y aura pas plus d’entreprises impliquées dans le e-commerce, les retombées pour l’économie québécoise resteront faibles. »

Les incidences sont importantes quant aux retombées économiques québécoises. Les entreprises hésitent à investir en TI car elles ont peine à justifier le retour sur l’investissement. Cette lacune est des plus pernicieuses puisque sans TI bien implantées, les entreprises n’attirent pas la jeune main-d’œuvre à l’aise avec ces technologies. Celle-ci n’est nullement intéressée à travailler au sein d’une organisation où l’utilisation des technologies informatiques fait défaut.

« En 2012, le CEFRIO lançait PME 2.0, une solution informatique dédiée à l’intégration des TI dans les opérations courantes des entreprises. L’objectif : implanter une culture numérique organisationnelle pour attirer cette nouvelle génération de main-d’œuvre. PME 2.0 nous a permis d’analyser plus étroitement les conditions d’implantation et d’utilisation des TI en entreprises », poursuit Josée Beaudoin.

En sondant les besoins de quelque 200 entreprises manufacturières, le CEFRIO a mis au point une nouvelle solution qui facilitera davantage l’intégration des TI : Industrie 4.0.

« Dans un domaine comme l’aéronautique, Industrie 4.0 permettra à plusieurs sous-traitants d’intégrer les TI à leurs opérations courantes et, ainsi, être plus productives. »

En bout de ligne, l’automatisation et l’intégration progressive des TI créeront un essor indéniable dans plusieurs secteurs d’activités, où la fabrication artisanale laissera peu à peu la place aux nouvelles technologies. Plusieurs projets porteurs de croissance attendent qu’un pas soit fait dans cette direction par une gestion encore hésitante.

 

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