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Un terreau fertile de la fibre entrepreneuriale ?

Le sentiment de l’entrepreneuriat est-il élevé au Québec ? Et en comparaison avec le reste du pays ? D’un côté, on a la perte d’espoir collective des générations X, Y et celles qui s’ensuivent envers la sécurité d’emploi et de revenu qui se manifeste depuis les trente dernières années et de l’autre, l’intérêt marqué de ces « jeunes » générations de travailleurs qui, bientôt, hériteront littéralement de tout l’espace sur le marché de travail avec une culture numérique et des concepts entrepreneuriaux bien à eux… Bien entendu, on pourrait aborder l’enjeu sous plusieurs angles, mais voici pour l’occasion quelques faits tirés d’entretiens avec trois experts de l’entrepreneuriat.

D’abord, de quoi est fait le modèle québécois ? Nos experts interviewés partagent le même avis : les Québécois sont des travailleurs créatifs, mais ils ont de la difficulté à passer à l’action…

« Le “ désir ” d’entreprendre est certainement vif, répond Yves Plourde, président-directeur général d’Entrepreneuriat Laval, surtout chez les 18-35 ans », tirant ses conclusions de la dernière édition du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), ce rapport connu sur la situation de l’activité entrepreneuriale québécoise.

« Un entrepreneur, c’est comme un athlète ou un artiste : certains on besoin d’un coup de pouce, tandis que d’autres ont besoin de plus pour performer. Et au Québec, l’environnement est aidant pour entreprendre. » – Michel Grenier, directeur général du Centre d’entrepreneuriat ESG UQAM

Professeur au département de management et technologie à l’École des sciences de la gestion (ESG UQAM), Olivier Germain relève également des indices du GEM et parle de l’entrepreneuriat comme de «l’art d’exécuter les choses ».

Car, on le sait, les meilleures idées peuvent être vouées à l’échec si on ne sait les entourer de tout un écosystème et ainsi faire perdurer un projet entrepreneurial. Cela dit, avec la pléiade d’efforts mis en place pour encourager les Québécois à se lancer (concours, subventions, prix et distinctions, etc.), les statistiques compilées pendant les vingt dernières années marquent une courbe croissante, à en croire ce dernier.

« Au Québec, le passage à l’acte est certainement plus élevé par rapport aux provinces de l’Atlantique, mais moins agressif qu’en Alberta et en Ontario, note le directeur général du Centre d’entrepreneuriat ESG UQAM et chargé de cours, Michel Grenier. Peut-être parce que l’essor économique est moins grand et que l’engouement pour la création de richesses est plus faible aussi…

Mais, la création d’entreprises, que ce soit à but lucratif ou pas, avec une mobilisation des ressources et du potentiel créatif, ne se mesure pas qu’en termes économiques purs. »

Tous trois spécialistes sont cependant curieux, pour ne pas dire inquiets, de voir ce qu’il adviendra du monde entrepreneurial québécois avec les refontes et remaniements politiques récents, notamment avec le sabrage de ressources telles que l’abolition des Centres locaux de développement (CLD). Difficile de s’avancer maintenant, mais les prochaines années auront raison de ces décisions.

Le Québec envié pour sa dimension « coopérative »

« Beaucoup de pays viennent s’inspirer ici de nos coopératives de travail, témoigne Olivier Germain. Du coup, l’abandon de certaines politiques publiques permet l’émergence d’autres communautés de travail comme des initiatives de quartier ou du coworking, par exemple. » Ainsi, le rapport à l’espace, le lien avec le territoire, vient jouer un rôle clef dans le développement d’un projet entrepreneurial.

Déjà, chez Entrepreneuriat Laval, où la mission consiste à stimuler l’émergence de projets innovateurs à l’Université Laval, on travaille beaucoup de projets à être implantés en Afrique francophone en collaboration avec l’Agence canadienne de développement international (ACDI), précise M. Plourde, en évoquant le cas d’un projet prévu au Mali, actuellement en attente à la Banque Mondiale et à propos duquel il préfère pour l’instant taire les détails.

« Le fait de bénéficier d’une forte économie du savoir à Québec même permet à l’organisation de déborder des frontières et ainsi exporter son modèle d’affaires.»

« Un entrepreneur, c’est comme un athlète ou un artiste : certains ont besoin d’un coup de pouce, tandis que d’autres ont besoin de plus pour performer. Et au Québec, l’environnement est aidant pour entreprendre », explique pour sa part M. Grenier, pour qui le mentorat est la pierre angulaire d’un bon départ pour une entreprise. « Car, toutes les entreprises commencent petites. »

Que ce soit au sein des différents programmes universitaires et postuniversitaires offerts autant à l’ESG UQUAM que du côté d’Entreprenariat Laval, le Québec dispose d’un ensemble d’outils relatifs à l’entrepreneuriat pour mener à bien son projet d’entreprise.

Or, pour Yves Plourde, la lacune principale dans le paysage entrepreneurial québécois reste quant à lui la carence en outils financiers de haut calibre. « On manque de partenaires financiers prêts à investir des sommes d’argent importantes », confie-t-il en pesant ses mots.

Olivier Germain, lui, parle surtout de persévérance, une notion qu’il voit avec ses étudiants au niveau du baccalauréat. Plus précisément, apprendre le goût de la persévérance dans un monde où la spontanéité est au rendez-vous quotidiennement et donc, comment faire face à des obstacles et appréhender les projets un peu plates… « Le rapport à la persévérance dans l’exécution de l’acte. »

Michel Grenier réitère avec l’aspect mentorat : « en redonnant ainsi à son tour, on vient boucler la boucle et on permet à d’autres de mieux réussir grâce à notre expertise passée », ajoute le directeur général qui voit passer chaque année sur la table à dessin une centaine de projets d’entrepreneuriat à l’ESG UQAM.

« D’ailleurs, c’est la seule condition que j’impose à un entrepreneur en devenir : redonner à son tour ce qu’on a un jour reçu. On tire beaucoup profit avec un tel capital de sympathie, c’est un beau rôle à jouer… »

Deux défis qu’attend le Québec en matière d’entrepreneuriat. Par Olivier Germain, professeur au département de management et technologie à l’ESG UQAM.

– Pousser l’entrepreneuriat « ordinaire », c’est-à-dire qu’il faut le promouvoir comme un acte réalisable par plus de gens. Mettre en évidence des réussites plus ordinaires ; il existe d’ailleurs au Québec une multitude d’entreprises dites ordinaires qui réussissent et cela ne devrait pas être perçu comme étant moins honorable.

Il craint que certaines réussites exceptionnelles puissent être aussi inhibantes pour de potentiels entrepreneurs : en particulier les femmes, mais aussi les immigrants qui peuvent peiner à s’y retrouver. Si on veut éviter le mythe d’une «  classe entrepreneuriale  », au-dessus de la moyenne du québécois, alors tournons-nous vers de belles réussites ordinaires.

En cela, pédagogiquement, il faut sans doute aller au-delà du travail de sensibilisation et limiter les pédagogies « spectaculaires » de l’extrême pour insister sur l’entrepreneuriat comme étant aussi un « art du faire ».

– Dans la continuité, valoriser l’accompagnement d’exécution, ce qu’il appelle personnellement le comment entreprendre en pratique. Développer davantage la question de l’exécution de la création : le travail essentiellement de persévérance, soit le côté moins sexy, celui qui donne moins envie d’entreprendre, mais qui, s’il fait défaut, peut mener un projet directement à l’échec.

Une idée géniale, c’est parfait, mais si on ne fait pas entrer de comptes clients, si l’on ne prévoit pas assez d’argent en trésorerie sur deux ans et si on omet de bien gérer ses fournisseurs, on va certainement couler…

Saviez-vous que?

  • Beaucoup de pays viennent s’inspirer de ce qui se fait au Québec en termes de coopératives de travail?

 

Liens Internet:

  1. Global Entrepreneurship Monitor/Rapport sur la situation de l’activité entrepreneuriale québécoise (édition 2014)
  2. ESG UQAM – Programme court de 2e cycle en entrepreneuriat
  3. Le Centre d’entrepreneuriat (ESG UQAM)
  4. Indice entrepreneurial du Québec

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