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Solar Impulse 2 : un avion qui a du chemin à faire

Symbole du repoussement des limites de l’Homme, animal dépourvu d’ailes, mais suffisamment ingénieux pour maîtriser les lois de la physique, l’aviation est un domaine, dont les avancées ont toujours frappé l’imaginaire collectif. Actuellement, un projet attire une attention accrue des médias : le tour du monde du Solar Impulse 2, un avion unique en son genre, puisqu’il a été conçu pour fonctionner totalement à l’énergie solaire.

Carburer au soleil

En soi, l’engin est une véritable prouesse technologique ; né d’un prototype ayant gagné plusieurs records du monde, le Solar Impulse 2 est capable de voler pendant cinq jours consécutifs grâce à ses 17 000 cellules photovoltaïques situées sur ses ailes.

Du long de ses 72 mètres d’envergure, cette machine volante peut ainsi stocker l’énergie diurne dans ses batteries au lithium pour continuer d’alimenter ses quatre moteurs électriques pendant la nuit. Les concepteurs, qui ont mis au bas mot une douzaine d’années avant de parvenir à ce résultat, ont décidé d’utiliser la fibre de carbone comme matériau de fabrication.

Du coup, le SI2 est un avion résistant et incroyablement léger (le poids est d’environ 2 300 kg, dont le quart est celui des batteries). Cependant, ce choix s’est fait au détriment d’autres éléments, notamment la performance de la vitesse, qui varie entre 50 et 100 km/h, dépendamment de la période de la journée.

C’est ainsi que les pilotes et véritables porte-parole du projet, les Suisses Bertrand Piccard et André Borschberg, ont eu l’audacieuse idée de réaliser l’impossible jusqu’ici : faire un tour du monde avec un avion carburant entièrement au soleil. Un périple prévu en 12 étapes se déroulant en 5 mois, pour un total d’environ 25 jours de vol.

Si le projet gagne autant les faveurs de l’attention médiatique, c’est en grande partie en raison du fait que l’objectif de ce tour du monde n’est pas seulement de repousser les limites de notre capacité technologique : il est aussi de nature politique.

En effet, les auteurs de cette aventure n’hésitent pas à affirmer leur volonté de « partager [leur] vision d’un avenir propre » (1). De la sorte, ce tour du monde est prévu pour s’achever juste à temps pour la prochaine conférence de l’ONU à Paris sur les changements climatiques et ainsi espérer y trouver écho.

Carburer au rêve

Mais cet avion expérimental est-il réellement le précurseur d’un changement de paradigme dans le domaine de l’aviation ? On se permet d’en douter. Aussi incroyable que ce nouvel engin puisse être, il n’est pas réaliste d’envisager que l’industrie de l’aviation suive les pas du SI2.

Il a beau battre des records, il ne peut pour l’instant que supporter un seul passager, soit le pilote, dans sa petite cabine non pressurisée.

Pour qu’un avion à énergie solaire soit en mesure de transporter des centaines de passagers, et ce, à une vitesse raisonnable, il lui faudrait une quantité de cellules photovoltaïques si grande que la grosseur de l’avion serait trop importante pour être même envisageable.

Peut-être, dans le futur allons-nous faire une percée significative sur la performance de ces cellules, mais en attendant, le SI2 n’est certainement pas garant d’une transition sur le marché.

Néanmoins, il n’est pas nécessaire de tomber dans le pessimisme quant aux 700 millions et quelques de tonnes de CO2 produits annuellement par l’aviation dans le monde. À commencer par le projet SA2GE, visant à améliorer les performances écoénergétiques relatives à différentes facettes des appareils aériens (2).

Une autre voie prometteuse est certainement celle des biocarburants. Si l’aviation pouvait éventuellement s’y mettre sérieusement, elle pourrait voir son empreinte écologique réduite par 80 % ! (3)

Bref, l’exploit du SI2 est certes impressionnant, mais il n’est pas sûr du tout qu’il soit le véritable précurseur d’un avenir propre. Les progrès écologiques sérieux dans le domaine de l’aviation les plus fertiles sont peut-être moins spectaculaires, mais ils semblent un pari beaucoup plus certain.

Peut-être que si les changements climatiques étaient eux-mêmes plus spectaculaires, nous assisterions à des progrès beaucoup plus drastiques…

 

Emmanuelle Gauthier-Lamer

Enseignante en philosophie,
Collège de Valleyfield

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