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« Il faut renforcer nos relations d’affaires avec les Américains »

-Pierre G. Filion, président-directeur général FEPAC

L’industrie du plastique traverse des moments difficiles. Malgré un dollar qui faiblit, la partie n’est pas gagnée.

Le président-directeur général de la Fédération des plastiques et alliances composites (FEPAC), Pierre G.Filion, dit que les enjeux sont économiques, que la production ne viendra pas chez nous et que la technologie coûte plus cher. À son avis, l’industrie du plastique doit renforcer ses relations d’affaires avec les Américains pour sortir de l’impasse.

« Il faut faire valoir les avantages d’ici, innover dans nos expertises, nos façons de faire et même envisager d’établir une partie de nos activités aux États-Unis pour permettre de maintenir la compétitivité. Actuellement, c’est le seuil minimal sur lequel nous travaillons : la compétitivité globale et miser sur le développement d’avantages concurrentiels. »

Présence aux USA

Pierre G Filion ajoute que la loi américaine du Buy American Act, qui a pour but d’encourager les Américains à acheter des produits fabriqués chez eux pour privilégier l’industrie dans son ensemble, est une mesure protectionniste qui nuit beaucoup aux entrepreneurs canadiens.

« Il y a une pression sur les plasturgistes pour qu’ils mettent sur pied des centres de distribution en territoire américain. Dans les faits, les Américains sont extrêmement patriotiques et favorisent leurs produits avant ceux de l’étranger. »

Le fabricant de profilés de plastique sur mesure à Drummondville, Extrucan, partage le même point de vue. « Non seulement faut-il renforcer nos liens d’affaires avec les Américains, mais nous avons embauché des agents manufacturiers chez l’oncle Sam. Ils sont sur les lieux et peuvent répondre adéquatement aux questions de nos clients », indique Jérémie Grondin, directeur d’usine.

Quant à la baisse du dollar canadien, cela a des répercussions négatives pour le fabricant de pièces de métal et de plastique sur mesure Multifab.

« Nous n’exportons pas aux États-Unis. Ce qui ferait mon bonheur. Je dois importer ma matière première (la résine) et tous les coûts liés à la production qui s’y rattachent augmentent », déclare Jean-François Bouchard, président, Les Ateliers Multifab.

Investissements

Malgré la situation, Extrucan dit que cela ne vient pas freiner pour autant leurs projets d’investissements. Au cours des huit dernières années, l’entreprise a investi plus de 5 M$  en agrandissement et en équipements.

« La croissance est basée sur des acquisitions et le lancement de nouveaux produits tels les contours intérieurs de fenêtres, les systèmes de coupe-froids pour les portes d’entrée et les séries de murs pour divisions dans les usines », poursuit Jérémie Grondin.

« Les entreprises qui rechapent les pneus travaillent dans la niche des pneus surdimensionnés de camions miniers . » - Lucie Bourgault, directrice générale, CSMO

« Les entreprises qui rechapent les pneus travaillent dans la niche des pneus surdimensionnés de camions miniers . »
- Lucie Bourgault, directrice générale, CSMO

Pour sa part, Atelier Multifab, croit également qu’il est important de continuer d’investir dans les nouvelles technologies et méthodes de production pour satisfaire les besoins grandissants de la clientèle. « Nous investissons environ 8 % à 12 % de nos revenus annuellement en équipements? », précise Jean-François Bouchard.

Formation

La main-d’œuvre qualifiée est rare. Les programmes de formation n’attirent pas nécessairement les futurs candidats. Or, la FEPAC a décidé d’implanter un nouveau programme d’attestation d’usine-école, un projet unique au pays qui repose sur un modèle allemand adapté à la réalité québécoise.

« Un réseau d’usines-écoles est en train de se bâtir et on envisage de le prolonger jusqu’au niveau collégial et universitaire. C’est un modèle révolutionnaire », explique Pierre G Filion. Des subventions salariales sont disponibles pour le remboursement des heures de formation en milieu de travail.

Chez Extrucan, la croissance de l’entreprise est non seulement intimement liée aux investissements, mais sur la formation des employés. « Ce sont eux qui constituent la force de notre entreprise. Je crois beaucoup au projet de l’usine-école de la FEPAC. Depuis 2010, nous avons pris les devants en établissant notre propre usine-école », ajoute Jérémie Grondin.

Jean-François Bouchard est du même avis. La qualité et la disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée est difficile à trouver pour du travail en atelier. « La formation professionnelle n’attire pas ou peu ce type de main-d’œuvre. C’est le défi à relever dans l’industrie des plastiques au cours des années à venir », soutient Jean-François Bouchard.

L’industrie du plastique doit renforcer ses relations d’affaires avec les Américains pour sortir de l’impasse. »
- Pierre G Filion, président-directeur général, FEPAC

Toutefois, celui-ci nuance ses propos en ajoutant que dans son type d’entreprise, l’important est de continuer à prêter une attention particulière à ses clients pour assurer une forte croissance des activités. L’élargissement des marchés au Canada est un autre objectif puisque, dit-il, « notre type de produits s’exporte très mal. »

Écoresponsable

Pour soutenir les plasturgistes en développement durable, la FEPAC a créé un programme de certification ÉCORESPONSABLE. Il s’agit d’une première en Amérique du Nord.

« Cela n’existe nulle part ailleurs. C’est un avantage concurrentiel significatif. Nous avons déjà des écoleaders qui ont vérifié les fondements de cette certification auprès des géants tels Wal-Mart et Costco. Ils ont été impressionnés de constater que le Québec se dote d’une telle certification. Cette approche va nous aider à maintenir et développer les relations d’affaires », précise Pierre G Filion.

Au Québec, l’industrie de la plasturgie compte environ 800 entreprises et procure des emplois directs à 40 000 travailleurs. Depuis 2009, plusieurs industries orientent leurs activités vers le plastique et les matériaux composites pour remplacer une variété de matières comme le métal, le bois ou le caoutchouc.

L’emballage, les produits pour la construction et pour le transport accaparent 70 % des livraisons de l’industrie. La part restante va au domaine de l’électronique, ainsi que des articles ménagers, récréatifs et publicitaires. Les activités se concentrent principalement dans les régions de Montréal, de la Montérégie et de Chaudière-Appalaches.

Selon le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, plusieurs industries majeures, dont l’industrie alimentaire et l’industrie chimique, utilisent de plus en plus de contenants de plastique pour rem-
placer des contenants en métal, en carton ou en verre.

Caoutchouc : la technologie accuse un retard

L’industrie du caoutchouc a souffert davantage que l’industrie du plastique depuis ces dernières années. Selon le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie du caoutchouc (CSMO), plusieurs entreprises sont disparues, surtout dans le secteur du rechapage de pneus. Aujourd’hui, les pneus neufs sont principalement produits en Chine.

« Les entreprises qui rechapent les pneus travaillent dans la niche des pneus surdimensionnés de camions miniers. Les entreprises qui ont survécu, sont celles qui ont réussi à se diversifier et qui ont fait preuve de créativité et investi en recherche et développement », déclare Lucie Bourgault, directrice générale, CSMO.

Pour réussir, les entreprises doivent absolument réduire leurs coûts de production, devenir plus efficaces, investir en formation et surtout se développer technologiquement.

« Ce n’est pas un secteur qui a beaucoup investi dans les technologies au cours des dernières années. Nous réalisons que les équipements n’ont pas beaucoup changé et que tout au plus des appareils de contrôle numérique sont venus se greffer aux équipements traditionnels. Ce n’est pas assez pour être en mode concurrentiel et les entreprises sont à la recherche de solutions pour développer leur côté technologique », ajoute Lucie Bourgault.

Dans son dernier rapport, le CSMO indique que la production du caoutchouc est destinée à trois secteurs :

  • pneus et tubes ;
  • tuyaux et courroies ;
  • autres produits en caoutchouc.

Au total, la valeur manufacturière a baissé de 27,3 % au Québec entre 2004 et 2010. Ce sont les plus récentes statistiques.

Mais il y a une bonne nouvelle. Lucie Bourgault soutient qu’il n’y a rien d’autre pouvant remplacer les propriétés du caoutchouc, que les entreprises qui ont réussi à faire face à la concurrence sont là pour demeurer et que l’industrie est appelée à demeurer stable.

Nouvelle application

American Biltrite a investi 3,2 M$ depuis deux ans dans sa division caoutchouc industriel pour l’amélioration, le maintien, la qualité et l’augmentation de la capacité de production.

Fabricant de caoutchouc en feuilles, l’entreprise de Sherbrooke va bientôt offrir un produit pouvant être collé sur des parois de métal pour prévenir l’usure des métaux et réduire le bruit ambiant. Le caoutchouc sera cuit chez le client pour qu’il puisse s’adapter aux formes environnantes.

« Cela nous ouvre à de nouveaux marchés. La demande était grandissante et les tests effectués à la grandeur de l’Amérique du Nord démontrent un grand taux de satisfaction », affirme Frédéric Guérin, vice-président, ventes et marketing, American Biltrite.

Selon M. Guérin, d’autres investissements pourraient avoir lieu d’ici deux à trois ans.
« Il faut également innover pour demeurer concurrentiel. Les produits d’importation sont de plus en plus menaçants et on se doit de demeurer à l’avant de la courbe pour conserver notre position de leader dans le marché. »

Technologies lentes

Si la technologie ne se développe pas aussi rapidement dans l’industrie du caoutchouc, c’est en raison des besoins qui ne sont pas réellement significatifs. C’est du moins ce que croit Claude Robichaud, président, Falpaco.

« Dans l’industrie du caoutchouc, la technologie ne change pas vraiment vite. Il n’y a pas de véritables avancées. Les percées technologiques se manifestent plutôt dans les recettes. Les nombreuses recherches ont permis d’obtenir maintenant des pneus extrêmement performants. »

Claude Robichaud estime que l’industrie se réinvente présentement et que les façons de faire ont énormément changé. « Je suis dans une phase de modernisation et de remplacement d’équipements, ce qui va représenter des investissements supérieurs à 1 M$ cette année. Nous n’avons pas le choix. Pour être de classe mondiale, l’industrie se doit d’être créative et innovatrice. »

Saviez-vous que ?

  • L’industrie de la plasturgie compte environ 800 entreprises et 40 000 travailleurs ?
  • La valeur manufacturière de l’industrie du caoutchouc a baissé de 27,3 % au Québec entre 2004 et 2010 ?

 

Liens Internet:

  1. CSMO
  2. FEPAC
  3. Extrucan
  4. Falpaco
  5. American Biltrite
  6. Atelier Multifab

Liens vidéos:

  1. Groupe Soucy 
  2. Extrucan

 

Un commentaire

  1. [...] Source: http://magazinemci.com/2015/04/13/il-faut-renforcer-nos-relations-daffaires-avec-les-americains/ [...]

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