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Cacouna – les bélugas gagent la première manche

Projet des plus controversés, le port méthanier et pétrolier de Cacouna, relié au projet d’oléoduc de TransCanada Énergie, a perdu une première bataille face aux environnementalistes, alors qu’une injonction de la Cour interdisait à l’entreprise tout forage avant le 15 octobre dernier, date à laquelle les bélugas quittent la région.

N.D.L.R. TransCanada a annoncé l’arrêt de ses travaux entourant son terminal pétrolier à Cacouna pour une période indéterminée. Un comité fédéral a conclu que le béluga est une espèce en voie de disparition. L’entreprise albertaine veut prendre le temps d’analyser la conclusion de ce rapport.  

En fait, les groupes environnementaux ont fait valoir que la population de bélugas élisait domicile à la hauteur de Cacouna et que le bruit généré par les travaux de forage forcerait celle-ci à migrer et, au final, à changer ses habitudes de vie.

Selon l’avocat représentant différents groupes environnementaux, Me Michel Bélanger, des relevés ont été effectués à l’aide de marqueurs sur les bélugas. De mai à la mi-octobre, près de 50 % de la population totale se retrouve à Cacouna.

« Selon nous, le choix du moment et de l’endroit est au cœur du débat. La compagnie nécessite entre 135 et 190 jours pour effectuer les travaux de forage. Or, le permis émis par Québec prenait fin le 30 novembre, puisqu’après cette date, les glaces s’installent sur le fleuve. Elle ne pourra donc compléter ses travaux et devra reporter le tout au printemps prochain. Mais encore là, les bélugas reviendront  », nous confiait Me Michel Bélanger.

On peut donc le deviner aisément, le combat entre TransCanada Énergie et les environnementalistes risque d’être récurrent. Plus encore, les groupes environnementaux ont reproché au gouvernement québécois d’avoir émis le permis sans baser sa décision sur une expertise adéquate.

Québec ne pouvait imiter le fédéral et ne se fier qu’à un ou deux fonctionnaires sans expérience, ni expertise dans des causes similaires. On souhaite évidemment que ce jugement puisse avoir un impact sur l’approche politique du dossier, qu’on agira avec prudence et qu’on demeurera à l’écoute des différents intervenants.

Cette victoire est d’autant surprenante qu’elle avait pour objectif de tenter d’amener la juge à renverser la décision qu’elle avait prise en juillet dernier.

« Nous avons fait nos devoirs entre les deux jugements et avons recueilli l’avis d’experts afin d’étayer notre argumentation. Des scientifiques analysent le comportement des bélugas depuis une vingtaine d’années. C’est à eux qu’on doit faire appel  », poursuit l’avocat.

De mai à la mi-octobre, près de 50 % de la population totale des bélugas se retrouve à Cacouna.

Du côté de la population locale, les avis semblent plutôt partagés. Certains semblent approuver la construction d’un terminal pétrolier par les simples retombées économiques qu’il génèrera. D’autres, par contre, ont à cœur la protection de l’environnement.

Qui plus est, la perception face aux sables bitumineux de l’Ouest est plutôt défavorable, et ce à l’échelle du Québec. D’autres municipalités, telles Sorel-Tracy, sont inquiètes de voir arriver des superpétroliers dans leurs eaux.

Les municipalités qui se retrouvent sur le tracé proposé pour l’oléoduc sont également inquiètes face aux risques d’accidents environnementaux dans leur cour. On comprend néanmoins facilement pourquoi le fédéral est allé de l’avant aussi rapidement pour l’octroi du permis.

Du côté de TransCanada Énergie, on se lie évidemment à l’injonction. Au lendemain de l’échéance de celle-ci, son porte-parole, Philippe Cannon, expliquait la position corporative.

« Nous avons des experts qui travaillent quotidiennement sur la question des bélugas. Nous ne partageons évidemment pas le point de vue des environnementalistes. Nous avons l’intime conviction qu’il est possible de conjuguer développement économique et préservation de l’environnement. Nous voulons faire les choses comme il se doit. D’autres régions, telles le Saguenay, marient très bien activités touristiques et bélugas. De façon générale, les leaders de Cacouna supportent et appuient notre projet, à certaines conditions. »

Néanmoins, les environnementalistes et deux citoyens ont déposé à la fin d’octobre une plainte formelle auprès du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), sommant le ministre Heurtel d’entamer des poursuites contre TransCanada, qui aurait réalisé des levés géophysiques dans l’habitat naturel des bélugas sans l’autorisation de Québec. Le dossier sera certes à suivre au cours des prochaines semaines.

Mentionnons en terminant que TransCanada Énergie maintient sa position quant au choix de Cacouna étant donné sa connaissance de la région.

En 2005, l’entreprise avait déjà soumis un projet de port et la population de Cacouna s’était d’ailleurs prononcé par voie de référendum en sa faveur.

Saviez-vous que?

  • Près de 50 % de la population de bélugas se retrouve dans les eaux de Cacouna de mai à octobre chaque année ?

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