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L’industrie de l’aluminium s’inquiète des changements climatiques

Les changements climatiques sont bien réels. Et les industries manufacturières dans leur ensemble devront s’adapter à cette nouvelle donne. L’aluminium fait partie des premiers secteurs touchés.

Pourquoi ? En raison de la hausse du niveau de la mer, de l’érosion des berges, des tempêtes qui se multiplient, des fortes vagues et de l’énergie des systèmes océanographiques et atmosphériques qui ont une influence sur le transport maritime.

À court terme, ce scénario catastrophe n’est pas perceptible. Mais tous les ingrédients sont en place pour donner lieu à de profonds changements à plus long terme.

« Actuellement, les ports sont établis dans des endroits qui suivent les courants. Jusqu’ici, pas de problème. Toutefois, ces courants sont en train de changer de direction vers d’autres directions, ce qui pourrait ralentir le temps de transport des exportations et faire augmenter les coûts », estime Liza Leclerc, spécialiste en adaptation aux changements climatiques chez Ouranos.

Crédit photo : Bernard Gauthier « Les courants marins sont en train de changer de direction, ce qui pourrait ralentir le temps de transport des exportations et faire augmenter les coûts » - Liza Leclerc, spécialiste en adaptation aux changements climatiques chez Ouranos.

Crédit photo : Bernard Gauthier
« Les courants marins sont en train de changer de direction, ce qui pourrait ralentir le temps de transport des exportations et faire augmenter les coûts » – Liza Leclerc, spécialiste en adaptation aux changements climatiques chez Ouranos.

De son côté, le président-directeur général de l’aluminerie Alouette à Sept-Îles, André Martel, est du même avis. « L’industrie de l’aluminium va être touchée comme n’importe quelle autre industrie située près de la mer. Les modèles climatiques démontrent que le réchauffement climatique va plus vite qu’on ne le croyait. À long terme, on peut anticiper des choses inquiétantes sur lesquelles il faut se positionner, réfléchir et prendre position. »

Chez Ouranos, il est clair que la baisse prévue des eaux du Saint-Laurent et des Grands Lacs pourrait entraîner une diminution du nombre de gros navires et faire place à plus de petits bateaux.

« Les changements climatiques forcent les industries dans leur ensemble à mieux planifier avec un climat futur en tête plutôt qu’un futur passé. Et de ne rien prendre pour acquis. Si les entreprises continuent d’innover et de tout faire pour continuer de croître, les chances de survie sont plus élevées », précise Liza Leclerc.

Pour André Martel, l’autoroute bleue, c’est-à-dire le Fleuve Saint-Laurent est de plus en plus sollicité. « Depuis 2005 - 2006, nous faisons appel à l’utilisation de barges pour expédier nos produits vers les Grands Lacs et l’Europe. Le temps de transport est de dix jours pour ces deux directions. Autrefois, nous utilisions le transport terrestre. Une façon comme une autre de diminuer les gaz à effet de serre. »

Hausse de production sans polluer, est-ce possible?

L’industrie de l’aluminium représente plus de 10 000 emplois directs et 20 000 indirects au Québec. La majorité, sinon la totalité des alumineries, vont au-delà des normes environnementales. Produire plus d’aluminium vert et émettre moins de gaz à effet de serre, voilà un objectif visé des alumineries pour ralentir l’augmentation de la pollution, améliorer la situation environnementale tout en augmentant la production.

Chez Rio Tinto Alcan. Étienne Jacques, chef des opérations, division métal primaire, Amérique du Nord, dit que la production est en hausse alors que l’émission des gaz à effet de serre diminue.

Crédit photo : Bernard Gauthier. « Nous avons un département en recherche et développement très important qui nous permet de mettre en place de nouveaux équipements, de nouveaux procédés et de nouvelles façons de faire pour atteindre des seuils inédits » - Étienne Jacques, chef des opérations, Rio Tinto Alcan, division métal primaire, Amérique du Nord

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« Nous avons un département en recherche et développement très important qui nous permet de mettre en place de nouveaux équipements,de nouveaux procédés et de nouvelles façons de faire pour atteindre des seuils inédits » -Étienne Jacques, chef des opérations, Rio Tinto Alcan, division métal primaire, Amérique du Nord

« Cela fait partie de notre stratégie pour nous démarquer à l’échelle mondiale. Nous avons un département en recherche et développement très important, le plus important en soi dans le secteur privé au Canada, avec quelque 200 chercheurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce centre nous permet de mettre en place de nouveaux équipements, de nouveaux procédés et de nouvelles façons de faire pour atteindre des seuils inédits.»

Pour sa part, le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, estime que le savoir-faire éprouvé est reconnu dans le monde entier et que l’écosystème (production primaire et secondaire) est unique au monde.

« Le Québec produit l’aluminium le plus « vert » au monde, grâce à l’hydroélectricité. Malgré que nous soyons toujours dans un marché de commodité, qui ne reconnaît pas cet avantage, nos lingots verts attirent des projets comme celui de Phinergy, à la recherche d’une signature manufacturière carboneutre. Nous sommes premiers de classe sur plusieurs indicateurs de performance : productivité, efficience énergétique, empreinte de carbone. Nous devons maintenant nous assurer un accès à l’énergie à des coûts concurrentiels, et c’est de loin notre plus gros défi pour assurer la croissance de notre industrie. »

Le Québec face à la concurence

L’industrie de l’aluminium est un secteur à haute concurrence partout sur la planète. La Russie et le Moyen-Orient sont deux marchés qui s’attaquent aux marchés traditionnels. Et puis, il y a les États-Unis. L’Association de l’aluminium du Canada (AAC) indique qu’en plus de la reprise dans le secteur de la construction vient s’ajouter la règlementation des émissions du parc automobile américain, autrement dit l’allègement du poids des véhicules par l’utilisation de matériaux légers comme l’aluminium.

« Cet événement, dont le signal a été donné par Ford et la production du F150, vient creuser le déficit actuel d’aluminium disponible sur le continent et justifie à lui seul l’ajout de près de 5 millions de tonnes de capacité additionnelle », soutient Jean Simard.

Crédit photo : Bernard Gauthier. « L’industrie de l’aluminium va être touchée comme n’importe quelle autre industrie située près de la mer » - André Martel, président-directeur général, Aluminerie Alouette

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« L’industrie de l’aluminium va être touchée comme n’importe quelle autre industrie située près de la mer » – André Martel, président-directeur général, Aluminerie Alouette

À tout cela, ajoutons l’accord de commerce avec l’Europe qui ouvre la porte à un nouveau marché pour des produits à valeur ajoutée. Cela revient à dire que l’industrie de l’aluminium d’ici peut maintenant concurrencer avec d’autres bassins de production représentant 600 millions de consommateurs.

Pour conserver sa place de choix sur le marché mondial, l’industrie québécoise de l’aluminium veut mettre rapidement en place une stratégie nationale de la filière industrielle avec la participation du gouvernement du Québec.

Les conditions gagnantes sont déjà connues : l’accès aux blocs d’énergie requis à un prix compétitif. Et pour convaincre le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, l’AAC n’a d’autres choix que de démontrer le rôle stratégique de l’industrie de l’aluminium dans la croissance de l’économie, la création de valeur et l’effet de levier de la ressource hydroélectrique au Québec.

Saviez-vous que ?

  • L’industrie de l’aluminium représente plus de 10 000 emplois directs et 20 000 indirects au Québec?

 

Liens Internet:

  1. Ouranos
  2. Le dialogues sur l’aluminium
  3. Rio Tinto Alcan
  4. Alouette

Liens vidéo:

  1. Rio Tinto Alcan 
  2. Aluminerie Alouette
  3. Réchauffement climatique

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