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La lutte à l’essor des industries vertes

Lorsque l’on souhaite voir des changements significatifs vis-à-vis de la crise environnementale, on se retourne souvent vers nos dirigeants. Normal, car ultimement ce sont ces derniers qui ont le pouvoir, via la réglementation, de faire en sorte que les mécanismes mêmes de notre économie fassent une place de plus en plus grande à la protection environnementale.

Or, si l’on examine les résultats de la dernière élection provinciale, il y a de quoi en décourager plus d’un. Car non seulement les trois partis politiques ayant récolté le plus de sièges à l’assemblée n’ont fait de l’environnement qu’un enjeu dérisoire, mais encore faut-il constater que c’est la majorité des citoyens et citoyennes qui ont voté pour un parti dont la priorité est toute autre que celle des générations futures.

Peut-on malgré tout espérer, voir s’opérer un changement favorable à l’économie verte ?

Est-ce que l’émergence d’industries vertes a besoin de dirigeants et de citoyens alertes pour se propager ? Pas nécessairement, quoique la clé n’en est pas moins d’ordre politique.

Industries vertes

Qu’entend-on au juste par industrie verte ? Évidemment, le concept est très large.

On peut le comprendre comme une industrie qui optimise sa gestion des produits chimiques, qui vise à polluer le moins possible (énormément de stratégies peuvent être ici adoptées, allant de l’usage minimal de produits toxiques jusqu’à un menu de la cafétéria plus végétalien), qui fait usage de technologies écologiques telles que les éoliennes, etc.

Plusieurs stratégies propres au domaine de l’industrie peuvent être réalisées, telle qu’une compagnie œuvrant dans l’industrie alimentaire pourrait limiter le gaspillage alimentaire, responsable d’émissions de C02 inutiles, en implantant un système de dons alimentaires.

Mais l’industrie verte, c’est aussi et surtout une industrie qui vise à concilier prospérité et protection de l’environnement via le dévelop-pement durable. Ainsi, le choix et la production des ressources sont des aspects cruciaux de ces industries écologiques.

À titre d’exemple, l’huile de palme, souvent favorisée par les producteurs alimentaires pour son coût avantageux, est à l’heure actuelle un des ingrédients les plus nocifs pour l’environnement, de par sa production.

Responsable de la déforestation de la moitié des forêts indonésiennes depuis cinquante ans, cette production met à mal non seulement les « poumons » de la planète, mais également quelques milliers d’espèces animales et végétales vivant dans ces habitats.

David contre Goliath

Ce n’est donc pas pour rien que Greenpeace a récemment lancé une campagne pour dénoncer cette aberration, visant plus particulièrement la multinationale Procter & Gamble, un des plus grands producteurs d’huile de palme. La bonne nouvelle est que cette dernière s’est finalement engagée à éliminer ses impacts sur la déforestation …d’ici 2020.

Si certains y voient une victoire, d’autres diront que la lutte aux changements climatiques ne peut attendre six ans.

Une chose est certaine cependant, contre un géant de l’alimentation comme P&G, une petite compagnie alimentaire qui voudrait faire l’effort de se passer de l’huile de palme part drôlement handicapée. Et là est le gros problème de l’industrie verte.

En effet, si l’on prend par exemple le cas de l’industrie alimentaire, on peut rapidement constater une convergence de la plupart des produits offerts par nos supermarchés à une poignée de multinationales.

Celles-ci ont donc un pouvoir démesuré sur les petites entreprises qui voudraient s’inscrire dans une économie verte.

Et malheureusement, plus souvent qu’autrement, ces géants de l’industrie alimentaire sont fort critiquables côté environnement, voire même carrément anti-environnementalistes dans certains cas (on n’a qu’à penser aux positions et campagnes pro-OGM qu’ont financés les plus grands noms de l’industrie alimentaire).

Comment donc parvenir à leur faire compétition ?

Ainsi, l’industrie verte est une réelle bataille politique. On ne peut analyser les perspectives d’une économie verte en y excluant le contexte d’organisation du pouvoir des entreprises actuelles, puisque ce type d’économie repose essentiellement sur plusieurs entreprises petites et moyennes tentant de placer leurs pions face à une poignée de très gros joueurs.

Du reste, on peut aussi garder le moral en se rappelant que chaque petit geste a néanmoins un impact.

 

Emmanuelle Gauthier-Lamer
Enseignante en philosophie, Collège de Valleyfield

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