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Vivre d’eau et d’air pur

Récemment, une branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre de recherche international sur le cancer (CIRC), a publié une étude classant l’air pollué dans la désormais nombreuse famille des agents cancérigènes.

Bien qu’il fût connu que la pollution atmosphérique augmentait les risques de maladies cardiaques et respiratoires, il est désormais établi que respirer nous maintient en vie tout en diminuant notre espérance de vivre vieux et en santé.

Cancers, cas d’asthme se multipliant, bébés naissants avec un plus faible poids, anxiété liée à l’exposition de cette pollution mortelle : les répercussions d’un air vicié dépassent celles d’un agent cancérigène tel que la fumée secondaire du tabac, selon certains chercheurs internationaux.

Ils soulèvent aussi le fait qu’il est plus aisé d’arrêter de fumer que d’arrêter de respirer l’air en ville, précaution somme toute plus complexe à gérer.

À Beijing, en Chine, une des villes dont l’air est le plus pollué au monde, soit à un niveau de pollution quarante fois plus élevé que la limite d’exposition recommandée, plusieurs personnes choisissent de porter un masque pour se protéger des particules nocives de l’air.

Serons-nous rendus sous peu à porter un masque comme nous appliquons de la crème solaire pour se protéger des rayons UV?

Progrès de l’humanité

À une époque pas si lointaine, un grand mouvement intellectuel a pris naissance en Europe pour répandre des idées qui ont bouleversé notre manière d’appréhender le monde. Je parle des penseurs du Siècle des lumières, Voltaire, Diderot, Kant et bien d’autres, qui défendaient cette idée selon laquelle l’être humain, en utilisant le pouvoir de sa propre raison, en se délivrant des idéologies les plus contraignantes, était capable des plus grandes avancées scientifiques et morales.

Non seulement ces penseurs croyaient-ils aux progrès de l’esprit humain, mais ils vouaient une foi énorme en l’humanité et en la capacité de celle-ci à progresser vers le bien et le bonheur.

À la lumière de l’ampleur du péril environnemental d’aujourd’hui, nous nous le demandons : qu’en est-il du progrès ? Est-ce vraiment vers le bien et le bonheur que l’humanité marche ? Est-ce que le progrès que nous visons quotidiennement va réellement au-delà du progrès économique?

J’aurais tendance à croire que nous sommes effectivement passés à un optimisme reposant sur une notion de progrès aussi étoffée que celle des Lumières à un progrès économique beaucoup plus étroit.

Sinon, comment expliquer que la science et la médecine nous ont permis d’atteindre une espérance de vie inégalée et qu’au même moment il y a un réel laisser-faire, une préoccupation très secondaire de tous ces poisons mélangés à notre pain quotidien ?

Progrès moral ?

Une des raisons pouvant expliquer cette inaction collective peut être le fait que nous ne sommes pas encore complètement et directement affectés, dans notre confort, par la dégradation de l’environnement.

Cependant, avec entre autres la pollution de l’air, cette donnée tend à changer  : autant économiquement qu’individuellement, si le nombre de morts augmente en raison de la pollution ambiante, si l’accroissement de grands bouleversements climatiques engendre des coûts non négligeables aux États, si la qualité de vie diminue en raison de la dangerosité du simple fait de respirer l’air d’un centre-ville, peut-être commencerons-nous sérieusement à être affectés par les effets pervers du «progrès économique». Peut-être sommes-nous déjà en train de devenir cette fameuse «génération future», celle qui écopera de nos choix d’aujourd’hui.

Malgré tout, je ne peux m’empêcher de rester optimiste. Lorsque nous regardons à quel point la condition de la femme s’est améliorée, à quel point les idées racistes se sont tranquillement effacées, nous pouvons constater qu’il existe à tout le moins un certain progrès moral au cœur de l’humanité et qu’il reste encore de l’espoir pour l’avenir.

Emmanuelle Gauthier-Lamer
Enseignante en philosophie, Collège
de Valleyfield

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