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Quand révolution verte rime avec assiette

Les animaux, tout comme les êtres humains, font partie de la nature. Si cette affirmation peut sembler triviale, elle devient paradoxale quand on pense aux animaux destinés à la consommation humaine, qui ne verront pratiquement pas la lumière du soleil. Ces animaux d’élevage ne font pas partie du fragile équilibre écologique; au contraire, ils le modifient dangereusement.

L’assiette la plus verte

Beaucoup de mythes entourent l’impact environnemental de ce que l’on mange. En effet, bien plus que les transports, la production de viande et de produits laitiers est source d’émission de gaz à effet de serre. En fait, elle s’avère en être la première source. Certains estiment qu’elle est d’ailleurs responsable d’entre 20 et 30 % des GES1, pourcentage plus grand même que celui émis par les transports.

crédit photo: Vicky German / Shutterstock

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Cette pollution est causée par plusieurs éléments de la production de viande et produits laitiers ; de la dégradation des forêts pour y faire vivre les bêtes, en passant par la pollution des sols, de l’émission de méthane provenant des animaux, sans oublier tout ce que consomme l’animal en eau et en nourriture au cours de sa vie.

On estime ainsi que pour un kilo de bœuf, la production sera responsable d’environ 25 kg de CO2, comparativement aux 2 kg de CO2 pour le kilo de tofu. Le régime végétalien, en allant chercher les protéines et autres nutriments directement dans les plantes, est de loin l’alimentation la plus écologique. Il représente également l’effort individuel le plus efficace afin de réduire l’empreinte écologique.

Trop peu trop tard

Multiplié à l’échelle globale, le régime alimentaire carné devient extrêmement problématique. Si la population continue d’augmenter pour atteindre les neuf milliards d’êtres humains prévus pour l’an 2030, en toute logique « l’alimentation verte » devrait être la première cible de changement pour une lutte efficace au réchauffement climatique.

C’est dans cet esprit que la Food and Agriculture Organization (FAO) a récemment mis des efforts pour encourager l’élevage et la consommation d’insectes, à grande échelle, comme solution de remplacement à la production de viande ainsi qu’aux graines et aux huiles destinées à l’alimentation animale.

Il est vrai que les insectes, déjà intégrés dans l’alimentation d’environ deux milliards de personnes, sont nutritifs et beaucoup moins coûteux sur le plan environnemental. Plusieurs entreprises ont d’ailleurs déjà suivi les recommandations de cette institution de l’ONU en adoptant l’insecte comme ingrédient alimentaire d’un menu original de restaurant ou encore pour alimenter volailles et poissons d’élevage.

Cette initiative de la FAO est certes louable, mais il est déplorable qu’une telle campagne ne vise pas plutôt l’ultime objectif : le type d’alimentation qui endommage le moins les ressources qu’il requiert.

Or, si la consommation d’insectes demeure une source de protéine animale énormément moins dommageable pour l’environnement, sa production n’est pas aussi durable que celle de la protéine d’origine végétale. Autrement dit, manger des insectes, c’est mieux, mais manger végétalien, c’est optimal.

Le végétalisme comme solution

Pourquoi donc la FAO ne met-elle pas plutôt ses ressources dans la promotion du végétalisme à l’échelle planétaire ? Peut-être que l’organisme de l’ONU juge que le végétalisme serait un choix trop radical pour pouvoir entrer dès maintenant dans nos mœurs ? Le hic, c’est que le temps fait partie de ces biens précieux que les changements climatiques raréfient.

Heureusement, on peut constater certaines percées encourageantes dans le secteur agroalimentaire. En effet, non seulement les produits de « fausses viandes » prennent de plus en plus de place dans nos supermarchés, mais les développements en ce qui a trait à la viande in vitro, cette viande conçue en laboratoire à partir de cellules souches, sont prometteurs.

Sa production étant encore trop coûteuse, il faudra attendre quelque temps avant de la voir apparaître dans notre assiette. Néanmoins, on peut y voir les signes précurseurs d’une révolution alimentaire, passage obligé pour un avenir écologique.

Emmanuelle Gauthier-Lamer
Étudiante à la maîtrise en philosophie
Université de Montréal

1 Ioannis Bakas, Food and Greenhouse Gas (GHG) Emissions, Copenhagen Resource Institute (CRI), 26 juillet 2010.

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