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Emballage: une loi qui impose le changement

Depuis le 1er janvier 2013, les entreprises qui génèrent des contenants, emballages et imprimés (CEI) au Québec doivent assumer 100 % des coûts associés à la collecte sélective des matières qu’elles produisent ou distribuent. Il s’agit là du plus haut taux de redevances en Amérique du Nord, et la facture est parfois salée. Pour des entreprises comme Natrel, cette « taxe » représente un déboursé de près de 1 million de dollars.

Pour les aider à réduire ces frais et à trouver des solutions, des organisations comme PAC NEXT et Éco Entreprises Québec ( EEQ ) innovent et mettent sur pied des projets et des outils.

Parmi ceux-ci, on trouve le Code volontaire pour l’optimisation des contenants, emballages et imprimés qui s’inspire de ce que l’on trouve ailleurs, par exemple en Europe et en Australie. Pourquoi volontaire ?

« Le volontariat est la voie à suivre puisqu’il incite les entreprises à se prendre en main et à mettre en œuvre des actions adaptées à leur réalité », souligne Maryse Vermette, présidente-directrice générale d’EEQ.

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« Il sera bientôt possible d’acheter votre steak dans un emballage fait en mousse de polystyrène à contenu recyclé. Du contenu recyclé d’origine postconsommation », écrit Michel lliesco.

Se déroulant en deux phases qui s’échelonneront de 2011 à 2015, le Code s’attaque au suremballage, souhaite accroître la recyclabilité des emballages et vise à introduire l’écoconception. Ce dernier point est particulièrement important selon l’Institut de développement de produits, car plus de 80 % des impacts environnementaux et 70 % des coûts d’un produit sont déterminés lors de la phase de conception de celui-ci ou de son emballage.

Geneviève Dionne, spécialiste en écoconception chez EEQ, explique qu’il s’agit en fait de prendre en compte les impacts environnementaux, sociaux et économiques durant tout le cycle de vie des produits emballés et des imprimés.

Très peu d’emballages respectent ce principe à l’heure actuelle, mais ceci risque de changer. « Nous ne sommes qu’au début, mais le travail se fait et les entreprises sont proactives. » Pour les éclairer sur leurs possibilités d’actions, EEQ propose sept stratégies qui prennent en compte le cycle de vie complet d’un produit emballé.

« Il faut regarder la pollution qu’engendre la création d’un emballage à sa fin de vie. Les compagnies ont conçu des sacs de plastique multicouches qui réduisent la quantité d’emballage. Le problème est que cette nouvelle technologie n’est pas recyclable. C’est ce genre de chose qu’il faut éviter », souligne Denis Darche, président de la Section québécoise de l’Association canadienne de l’emballage ( ACE ).

Près de 18 % des déchets urbains sont des emballages. Cette statistique, cependant, n’inclut pas toujours les retours de marchandises endommagées dus à un non-respect des règles de base de stockage, de manutention et de transport. Concevoir un em-ballage résistant et adapté au transport fait aussi partie des stratégies mises de l’avant par le EEQ, mais cette dimension est souvent oubliée.

« Certaines entreprises ont intégré cette tendance pour leur emballage primaire (contenant qui est en contact direct avec le produit), mais son application à l’emballage tertiaire (destiné à la protection et au transport des marchandises) est moins évidente », croit Sylvie Garcia Del Barrio, responsable marketing chez Emballages Jean Cartier, une entreprise spécialisée dans l’emballage d’expédition. « Pour éviter cette pollution industrielle, il faut une meilleure utilisation des pellicules étirables, des cartons, des courroies, etc.

Des résultats concrets

Tous s’entendent pour dire qu’il reste du chemin à faire et que l’industrie de l’emballage demeure un secteur énergivore qui consomme beaucoup d’eau. Toutefois, la volonté de s’améliorer est bel et bien présente.

Uniquement en 2012, l’industrie de l’emballage a investi 2,8 millions de dollars en recherche et développement. Cascades fait partie de ces entreprises qui ont pris le taureau par les cornes. Déjà, le bilan de l’entreprise est enviable.

« On consomme cinq fois moins d’eau que la moyenne, et nous sommes 50 % moins énergivores. Dans l’ensemble, 80 % de nos produits sont faits de matières recyclées, mais on sent qu’on se fait rattraper et avec raison. Il y a beaucoup d’efforts faits par l’industrie », soutient Carl Blanchet, directeur corporatif de l’innovation et du développement durable chez Cascades.

Pour innover continuellement, Cascades peut compter sur son centre de recherche et de développement. Plusieurs projets sont sur la table et certains ont été très concluants. C’est le cas du fameux polystyrène. « Il sera bientôt possible d’acheter votre steak dans un emballage fait en mousse de polystyrène à contenu recyclé. Du contenu recyclé d’origine postconsommation », écrit Michel IIiesco, spécialisé en gestion marketing et développement des affaires chez Cascades.

Cascades n’est pas la seule compagnie à se préoccuper du polystyrène. Un regroupement pour le recyclage du polystyrène a été mis en place en novembre 2012. Ce comité est composé de membres de l’industrie du polystyrène : entreprises, associations, experts, membres du secteur municipal et institutions.

« D’ici 2015, le comité souhaite développer un nouveau modèle d’affaires qui permettrait de gérer et de financer la récupération et le recyclage du polystyrène. Il pourrait être adopté dans l’ensemble des municipalités québécoises », affirme M. IIiesco.

Le recyclage du polystyrène n’est qu’un exemple de gestes parmi d’autres adoptés par l’industrie. Il ne suffira pas que les entreprises innovent pour trouver une solution durable à la pollution qu’engendre l’emballage. Une meilleure coordination de la collecte sélective des municipalités doit aussi être mise en place.

« Il existe un fouillis municipal. Certaines acceptent des matières, d’autres, non. Nous avons besoin d’ordre dans le système de recyclage », affirme M. Darche. Les consommateurs doivent aussi faire leur part en recyclant davantage et en évitant de jeter dans la nature : bouteilles et autres déchets uniquement parce que le mot recyclé y est indiqué.

« On sait très bien que le consommateur ne veut pas payer plus cher son emballage. Il faut donc réduire à la source et mettre en place des infrastructures, mais on ne peut pas faire cavalier seul. Nous avons besoin des gouvernements et des consommateurs qui emboîtent le pas. Le cas du polystyrène est un bon exemple. Le projet ne pourra pas survivre si les consommateurs ne rapportent pas cette matière », conclut M. Blanchet.

SAVIEZ-VOUS QUE?

  • Au Québec, l’industrie de l’emballage totalise 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont 60 % proviennent du secteur alimentaire.
  • Les emballages les plus fréquemment utilisés sont le papier/carton (41%), suivi par le plastique (26%), le verre (23%) et enfin le métal (10%).

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