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Le sauvetage de Gentilly-2: Une juste cause?

La fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, annoncée par le gouvernement péquiste, n’a évidemment pas été reçue sans soulever un tollé de protestations. Toutefois, d’un point de vue strictement écologique, c’est à se demander, en premier lieu, pourquoi cette centrale a vu le jour.

En effet, si le nucléaire apporte plusieurs gains en médecine et que l’hydroélectricité est une source d’énergie ne pouvant être exploitable partout, cela ne fait pas le poids comparativement aux risques écologiques et humanitaires catastrophiques que le nucléaire comporte, sans compter l’énorme fardeau que représente l’entreposage des déchets radioactifs.

À l’époque, le nucléaire apparaissait peut-être comme une énergie de l’avenir, mais il n’en était pas moins incertain et peu flexible aux fluctuations des demandes en électricité à venir. Puisque aujourd’hui cette centrale est considérée comme non rentable selon un calcul des coûts comparatifs de réfection et de bénéfices en apport d’électricité, nous sommes aux prises avec une centrale dont le long procédé de fermeture prendra environ cinquante ans, soit presque le double des vingt-neuf ans d’existence de Gentilly-2!

L’impératif écologique

D’un point de vue économique, la situation est plus délicate. En effet, il s’agit non seulement de huit cents emplois que la fermeture de la centrale emporte avec elle, mais aussi deux mille quatre cents emplois indirects qui seront ébranlés. Est-ce suffisant pour justifier un investissement de 4,3 milliards de dollars, comme l’estime Hydro-Québec?

Pour remettre cette perte d’emplois en perspective, il semble qu’une entreprise indienne de fertilisants agricoles (IFFCO) a récemment annoncé qu’elle allait s’installer dans la région et ainsi générer environ trois cents emplois, ce qui vient confirmer à quel point on peut régler des pertes d’emplois beaucoup plus rapidement que les dommages environnementaux causés par le nucléaire.

N’empêche, plusieurs y voient encore un calcul douteux, si l’on se fie à la critique des libéraux selon laquelle la décision péquiste du déclassement en serait une idéologique. Advenant qu’ils aient raison, la question demeure : en quoi serait-ce reprochable qu’une telle décision soit idéologique?

Ne serait-ce pas là reconnaître que la rentabilité économique a ses limites et qu’ultimement, celle-ci doit être au service de l’intérêt de tous?

Dans un schème où l’économie se met au service de l’intérêt commun, le calcul soupesant les pour et les contre de la réfection de la centrale devra nécessairement être beaucoup plus large. Malgré les huit cents emplois en danger et les coûts et gains liés à la réfection, il faut aussi penser à la santé des résidents à proximité de la centrale et aux très nombreuses futures générations qui devront cohabiter avec le risque que comportent les déchets radioactifs, un des pires legs qui soit. Une différence majeure entre les deux poids sur la balance est que huit cents emplois se reconvertissent beaucoup mieux que huit cents tonnes de déchets radioactifs.

L’énergie de l’avenir : l’efficacité!

Ainsi, non seulement le gouvernement de Pauline Marois a pris une décision qui aura un impact positif pour les générations à venir, mais cette fermeture permettra surtout le développement d’énergies alternatives plus flexibles et, du coup, mieux adaptées au contexte québécois telles que l’éolien, le solaire, la géothermie et le biogaz.La fermeture de Gentilly-2 permettra peut-être également, par la diminution d’électricité disponible qu’elle engendrera, un plus grand effort politique vers la réduction des besoins en électricité.

Quant à cela, il a souvent été dit que le Québec nage dans les surplus d’électricité; or, il en est tout autrement lorsque la saison froide s’installe. En toute logique, ce n’est donc pas tant d’une centrale nucléaire comportant autant de risques environnementaux dont le Québec a besoin, mais bien d’un plan d’incitatifs à l’efficacité énergétique pour la période froide de l’année. Cette revendication ne date pourtant pas d’hier.

Déjà en 2006, une vaine promesse gouvernementale d’alors allait dans le sens de l’adoption d’un nouveau code du bâtiment de type Novoclimat. Ce programme vise l’efficacité énergétique des bâtiments au moyen de meilleures techniques de construction, lesquels gains d’efficacité sont d’au moins 25 % relativement aux coûts de chauffage. Ainsi, bien qu’un bâtiment Novoclimat soit un peu plus dispendieux, les économies que cette technique innovatrice permet de récupérer compensent rapidement cet écart.

En ce sens, l’efficacité énergétique est une avenue gagnante à la fois pour le propriétaire d’un bâtiment moins énergivore et pour la collectivité libérée du nucléaire. Une avenue dont la cause est d’autant plus juste.

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