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L’eau : de gaspillage à responsabilité

L’eau, qui se fait également appeler «or bleu», est avec raison une précieuse ressource. Car de la même manière qu’en notre ère l’or noir est essentiel au roulement de notre économie, l’or bleu est, quant à lui, condition sine qua non à la survie de tout être vivant.

Ce dont nous sommes peut-être moins conscients, toutefois, est à quel point cet inestimable liquide est nécessaire à bien des aspects de notre mode de vie.

En ce sens, le manque d’eau douce est un sérieux frein pour le développement d’une nation et la raréfaction de cette ressource constitue une source de tension géopolitique de plus en plus palpable. De ce fait, ne serait-il pas de notre plus haute responsabilité, à nous qui vivons dans un coin du globe où l’eau se trouve en abondance, que de veiller à ne pas en surconsommer, ni encore moins en gaspiller?

Qui plus est, l’augmentation de la population mondiale fait grimper le besoin de cette ressource vitale. Ce besoin croissant pose un double défi dans la mesure où ce développement démographique se concentre surtout dans les grandes villes. Or, pour l’heure, Montréal peine à fournir à ses quelque 1,6 million de citadins de l’eau sans en gaspiller 40 % dans les fuites du réseau, selon la chef de Vision Montréal, Louise Harel.

Manque d’intérêt politique

Ce gaspillage est d’autant plus inquiétant qu’il semble encore très loin d’être une priorité politique. Bien que naissent quelques initiatives encourageantes, tels les certificats décernés aux municipalités « aquaresponsables », ces mesures ne sont pas suffisantes pour que le Service d’eau de la ville de Montréal ait les moyens de s’attaquer aux 240 millions de mètres cubes d’eau qu’elle se trouve à perdre actuellement. Pourtant, les politiciens risquent gros de se préoccuper que peu de cet enjeu, ne serait-ce qu’à cause des dangers potentiels pour la santé humaine, tel que nous l’a appris le scandale de la bactérie E. Coli à Walkerton, en Ontario.

Même si l’ONU a déclaré la décennie d’action internationale 2005-2015 « eau, source de vie », le statisme politique en matière d’eau pourrait aisément perdurer encore longtemps, si l’on se fie à un récent sondage de GlobeScan démontrant l’écart entre les consciences des Canadiens et Canadiennes sur l’état des infrastructures d’eau et d’égout et la réalité du problème.

Bien que cette illusion collective soit compréhensible compte tenu de l’accessibilité à l’eau quasi illimitée dont jouissent les Canadiens, cela ne demeure pas moins une illusion. Et prendre conscience du caractère non inépuisable de l’eau est un passage obligatoire pour parvenir à faire de l’eau une plus grande priorité politique et de l’espoir onusien une réalité.

L’avenir est aux végétariens?

Si cet enjeu environnemental est délaissé par les politiciens, il n’est pas pour autant boudé par les scientifiques, dont certains y voient une source de changement radical de l’avenir et auquel nous devons absolument nous adapter.  Le défi est dans l’assiette ; alors que, selon l’organisme One Drop, 70 % de l’utilisation mondiale en eau est consacrée à l’agriculture, une meilleure gestion de l’eau pourrait consister à revoir ce que nous mangeons!

En effet, tout ce que nous mangeons requiert une certaine quantité d’eau.

Cette eau, utilisée indirectement, est appelée consommation d’eau virtuelle. Ainsi, certains aliments ont une consommation d’eau virtuelle beaucoup plus importante que d’autres tels que la viande comparativement aux végétaux.

Ainsi, partant du constat que la population mondiale atteint désormais les 7 milliards d’êtres humains et qu’une augmentation de consommation d’eau virtuelle dans des pays telle la Chine, la diète végétarienne semble de plus en plus appropriée comme solution viable au problème mondial de surconsommation d’eau.

Et c’est ainsi que certains croient, comme le Dr. Mark Post, que la viande élaborée à partir de cellules souches représente l’avenir dans le domaine de l’alimentation, à condition que celle-ci ait le même goût et la même texture. En effet, ce médecin de formation entreprend de créer un aliment en tout point semblable à la chair animale, à l’exception de sa provenance.

En plus d’être plus efficace au niveau de la consommation d’eau virtuelle, cette innovation est porteuse d’espoir pour beaucoup d’autres enjeux environnementaux liés à la production de viande, telle l’émanation de CO2. C’est dire qu’à défaut d’une volonté politique ou encore d’une prise de conscience collective, les technologies alternatives nous feront peut-être vivre une des plus grandes révolutions en matière de consommation responsable d’eau.

Emmanuelle Gauthier-Lamer

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