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Chanvre : un appel aux industriels à ne pas manquer le bateau

Mis au rancard après la Seconde Guerre mondiale, il y de cela plus de 50 ans, le chanvre est de retour dans les champs québécois depuis 1998. Malgré cela, encore peu de produits sont fabriqués dans la province à partir de cette plante qui a pourtant la réputation d’être l’une des plus solides au monde. Les choses risquent toutefois de changer avec le projet-pilote d’une usine de défibrage qui, si tout se déroule comme prévu, devrait voir le jour incessamment dans Lanaudière.

Cette nouvelle tombe à point pour les industriels, selon Daniel Babineau, directeur général de Lanaupôle Fibres, un organisme sans but lucratif de valorisation du chanvre industriel qui est derrière ce projet. « L’utilisation des biofibres comme le chanvre est un choix plus qu’intéressant, surtout compte tenu de l’augmentation du pétrole, qui sert à la fabrication des fibres synthétiques, des débats sur l’environnement et de la concurrence internationale. »

Un potentiel énorme

C’est que le potentiel de ce végétal est énorme, plus de 80 000 produits à travers le monde seraient fabriqués à partir des dérivés du chanvre. « Cette plante peut remplacer le pétrole dans les plastiques, servir de substitut à la laine minérale et même être utilisé dans du béton giclé. Les Européens sont 60 ans en avance sur nous et déjà des constructeurs comme BMW s’en servent pour les recouvrements intérieurs des portes », mentionne Olivier Goyet, directeur général du Centre local de développement Joliette (CLD), également partenaire dans ce projet.

Dans la province, plusieurs industriels ont déjà montré un intérêt pour cette plante, mais pour M. Goyet, il faut que d’autres hommes d’affaires montent dans le bateau, car une usine, si innovatrice soit-elle, n’a pas d’avenir si elle n’a pas d’acheteurs pour ses produits. « Le chanvre pourrait devenir un enjeu stratégique majeur qui substituerait à une ressource non renouvelable qu’est le pétrole. C’est la logique du développement durable, une ressource renouvelable et durable. L’appel est lancé aux gens intéressés par la fabrication de bioproduits. »

Le chanvre pour sortir des producteurs agricoles de la crise

Le choix de Lanaudière pour la construction de cette usine-pilote de défibrage, qui serait par ailleurs la première au Québec, n’est pas innocent. En effet, c’est dans cette région que le projet a vu le jour à la suite d’une crise qu’on connu plus d’une soixantaine de producteurs de tabac. Ceux-ci, abandonnés en 2003 par les compagnies de cigarettes, n’ont pas eu d’autre choix que de se tourner vers des cultures de remplacement. Plusieurs hypothèses avaient alors retenu l’attention comme la culture de plantes médicinales, mais c’est finalement le chanvre qui est devenu l’alternative la plus logique.

« Cette plante est un excellent choix pour la rotation des cultures. En plus, elle pousse très bien sur les terres de sable comme celles que l’on en retrouve dans la région. Qui plus est, celle-ci peut être utilisée dans son entièreté, ce qui n’est pas le cas d’autres plantes comme le maïs par exemple », mentionne M. Babineau.

La transformation d’un projet

Au départ, Lanaupôle fibres était le nom du projet qui allait aider les producteurs, mais en cours de route avec les différentes avancées, elle est devenue une entité propre à laquelle se sont greffées plusieurs organisations dont, entre autres, trois CLD, trois SADC, des élus, des partenaires privés, le Conseil national de recherche du Canda (CNRC) et la Coopérative Lanaufibres.

C’est cette dernière coopérative à but lucratif qui réunit les producteurs de chanvre. Organisation distincte de Lanaupôle fibres c’est elle qui fournira la matière première. À l’heure actuelle, de trois à cinq producteurs en font partie intégrante. Toutefois, cette année, ils seront au moins une quinzaine à cultiver de 150 à 200 acres de chanvre. Ce nombre peut paraître peu, mais il faut savoir que pour avoir le droit de cultiver cette plante, les agriculteurs doivent obtenir une licence de Santé Canada et leur passé criminel est scruté à la loupe. En plus, les agriculteurs doivent surveiller leurs plants, car ceux-ci ne doivent pas contenir plus de 0,3 % de THC, l’ingrédient psychoactif recherché par les fumeurs. Par ailleurs, compte tenu du fait que l’usine n’est pas en service, les producteurs membres de la Coop vendent en ce moment une partie seulement de leur production, soit les graines de chanvre qui servent à la fabrication de farine et d’huile alimentaire. Pour le reste, les agriculteurs se contentent d’accumuler les ballots de paille dans un entrepôt en attendant que l’usine soit prête.

Si aucune usine de défibrage du chanvre n’a vu le jour au Québec avant aujourd’hui, c’est justement parce que cette plante est l’une des plus résistantes de la planète. La recherche de machineries appropriées a été longue, mais il semblerait que les perles rares ont été trouvées et qu’elles devraient arriver sous peu. « Nous avons développé des applications et nous sommes prêts à procéder », mentionne M. Babineau.

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