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Dépolluer les mines avec des déchets

Grâce à un procédé révolutionnaire mis au point par des chercheurs de la région, plusieurs sites miniers contaminés de l’Abitibi-Témiscamingue pourraient perdre leur statut de bombe écologique à retardement. Mieux encore, ils pourraient redevenir des forêts au lieu de se transformer en champs.

Le traitement chimique employé pour extraire les sulfures, dont l’or et le cuivre, de la roche génère une quantité considérable de résidus sulfureux qui doivent être entreposés dans d’énormes parcs à résidus. Le problème, c’est que ces résidus contiennent des métaux lourds et des matières toxiques, dont l’arsenic, le cyanure, le cadmium et le mercure. L’exposition à l’air et à l’eau entraîne leur oxydation. Cette réaction libère leur acidité, ce qui favorise la dispersion des métaux lourds dans l’environnement.

Pour empêcher cette oxydation, on recouvre généralement les résidus avec du sable, de l’argile et du gravier, puis on laisse les graminées reprendre possession du terrain. Cette technique présente deux inconvénients. D’abord, on ne peut y recourir qu’à la fin de l’exploitation de la mine. De plus, si la société minière déclare faillite avant la fin des opérations, le parc à résidus est abandonné sans avoir été traité.

Ressusciter une rivière

Avec ses 11 millions de tonnes de résidus acides couvrant une superficie de 200 hectares située près de Val-d’Or, Manitou est le plus important site abandonné du Québec. Lorsqu’elle a amorcé son projet de mine d’or Goldex, la société minière Agnico-Eagle s’est engagée à le restaurer. À l’aide d’un pipeline souterrain de 24 km de long, les résidus de la mine, qui sont exempts de sulfures et de cyanure, sont acheminés à Manitou. Depuis l’été 2008, on s’en sert pour recouvrir les anciens résidus acides afin de créer une barrière étanche à l’eau et à l’air.

Les résidus de la mine Goldex contribuent aussi à neutraliser l’eau du bassin versant où est situé Manitou. Son pH devrait donc remonter progressivement, ce qui favorisera la précipitation des métaux lourds. Par le fait même, les résidus acides cesseront de s’écouler dans la rivière Bourlamaque, désertée depuis 60 ans par à peu près toute forme de vie.

Une forêt sur l’acide

Le défi que Corporation minière Osisko se propose de relever à Malartic est tout aussi ambitieux. Si son projet de mine d’or à ciel ouvert est autorisé par le gouvernement, la société minière utiliserait ses résidus pour restaurer le site orphelin East Malartic. Dans ce cas, non seulement ils créeront, là aussi, une barrière étanche, mais leur composition particulière permettra d’amorcer la revitalisation du site durant les opérations de la mine au lieu d’attendre à leur fin.

Dans le cadre de ce projet, Osisko aura recours à la technique dite des résidus épaissis. C’est-à-dire qu’ils contiendront plus de matières solides que les résidus conventionnels.

En plus de ne pas libérer d’éléments polluants dans le milieu, cette densité plus élevée permettra à Osisko d’amorcer un programme de reboisement d’East Malartic dès la 3e année d’opération de la mine. Lorsque la mine fermera, après une douzaine d’années, il aura déjà été restauré à 65%.

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