Accueil » Dossiers » Cuir et textiles » Quand les marginaux se démarquent

Quand les marginaux se démarquent

L’Abitibi-Témiscamingue n’est pas une région reconnue pour son industrie textile. C’est donc par des produits très spécifiques et surtout en ciblant des secteurs en émergence que les entreprises de la région parviennent à y faire leur marque et même à prendre de l’expansion.

Le cas de La Petite Boutique d’Amos l’illustre bien. Lors de son déménagement au centre-ville en 2001, l’ancien comptoir familial, fondé en 1976, a effectué tout un virage en se lançant dans le recyclage de vêtements et de textiles usagés. Et ça marche! Jusqu’alors considérée comme le magasin de linge des pauvres, la PME de 12 employés accueille maintenant des clients de toutes les couches sociales.

«Les gens ne viennent plus nous voir parce qu’ils n’ont pas d’argent, mais parce qu’ils savent qu’ils peuvent en avoir plus pour leur argent. En achetant chez nous, ils contribuent aussi à aider l’environnement puisque c’est autant de vêtements qui n’iront pas au site d’enfouissement», explique sa directrice, Sonia Tremblay. Au cours du dernier exercice financier, le volume des ventes a d’ailleurs connu un bond de 46%.

L’Abitibi en Afrique

Si les vêtements en bon état sont placés en vente ou remis à des organismes communautaires pour les démunis, ceux qui ne peuvent être réutilisés sont pour leur part transformés en guenilles. Celles-ci sont ensuite revendues en poches de 15 livres aux garages et industries de la région d’Amos. La Petite Boutique en écoule de 10 à 15 tonnes par année. Le taux de rejet est d’ailleurs extrêmement bas.

«On arrive à remettre en circulation ou recycler à peu près tout. Sur les quelque 130 tonnes de textiles que nous recevons chaque année en dons, environ 9% doivent être jetés aux ordures parce qu’on ne peut vraiment rien faire avec», précise Mme Tremblay. Mais la PME ne restreint pas ses activités qu’aux environs immédiats d’Amos. Régulièrement, elle expédie des caisses de vêtements en Afrique.

«Année après année, nous en envoyons de 30 à 35 tonnes à une entreprise de Montréal qui fait la liaison avec plusieurs pays africains. Pour vous donner une idée, ça correspond à un semi-remorque aux trois mois», mentionne Sonia Tremblay.

Les marginaux se démarquent

Malgré tout, l’industrie textile demeure très marginale en Abitibi-Témiscamingue. Selon l’économiste Luc Blanchette, du bureau régional de Service Canada, la région comptait, en 2007, à peine une centaine d’emplois reliés à ce secteur pour une population de 150 000 habitants. Ceux-ci étaient répartis dans une dizaine d’entreprises, la plupart employant moins de cinq personnes. Ce qui n’empêche toutefois pas ces dernières de prospérer.

Le meilleur exemple est sans doute celui d’Ateliers Manutex, de Rouyn-Noranda, la plus importante entreprise de textile de la région. Avec ses quelque 80 employés, pour la plupart vivant avec une défaillance physique ou intellectuelle, elle a su se concentrer dans un créneau très particulier qui s’est rapidement avéré très payant, celui de la conception de vêtements de travail, sarraus et dossards.

Elle honore des contrats un peu partout au Québec et même à l’extérieur des frontières. Son meilleur coup a sans aucun doute été la signature, en 2006, d’un contrat avec le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario pour la confection de plus de 1 000 uniformes de pompiers forestiers.

M. Blanchette cite aussi le cas de Créations Dynamiques, qui emploie une vingtaine de personnes à La Sarre. Après avoir passé une quinzaine d’années à se spécialiser dans la broderie de tous genres sur les vêtements et les articles promotionnels, l’entreprise a connu un nouvel essor en 1995 en décidant de confectionner elle-même ses vêtements. Depuis, elle a le vent dans les voiles.

«Avec les préoccupations croissantes de la population envers les conséquences qu’entraînent sur l’environnement la consommation de produits importés, le fait de pouvoir affirmer que tout ce qu’elle offre est conçu dans la région est un atout à ne pas négliger», mentionne l’économiste.

Un avenir vert

Selon Luc Blanchette, c’est d’ailleurs en se concentrant sur l’aspect écologique de leurs produits que les entreprises oeuvrant dans le textile en Abitibi-Témiscamingue parviendront non seulement à se maintenir dans un marché toujours plus concurrentiel, mais aussi à prendre de l’expansion.

«Malgré tous les incitatifs qu’on pourrait mettre en place, le textile ne sera probablement jamais une industrie importante pour la région, reconnaît-il. Néanmoins, je crois que les entrepreneurs qui sauront jouer la carte environnementale réussiront à tirer leur épingle du jeu. L’environnement et les produits verts préoccupent de plus en plus les gens. Ce ne sera pas une mode passagère».

Aucun commentaire.

Répondre