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Des émetteurs pour vérifier le transport des marchandises par camion

L’industrie des produits électriques et électroniques en Abitibi-Témiscamingue ne s’est développée que tout récemment. Deux jeunes entreprises font particulièrement parler d’elles.

La fabrication de produits électriques pour les grandes entreprises se développe très rapidement avec Manufacture Adria, alors que le dernier-né dans cette industrie a vu le jour grâce à l’idée d’un entrepreneur un peu fou ne voulant pas que son fils ne soit mort pour inutilement.

En décembre 2001, Jonathan Tardif, le fils de Maurice Tardif, meurt lorsqu’un camionneur perd son chargement de bois en longueur qui était mal attaché. C’est à ce moment que M. Tardif a l’idée de créer un système de détection pour que les camionneurs sachent si leur chargement est bien attaché.

«À la suite de l’accident, je suis monté dans un camion semblable à celui qui a tué mon fils et je me suis aperçu qu’il y avait des indicateurs pour la pression des pneus, la radio et les lumières notamment, mais qu’il n’y avait rien pour le chargement. Un camionneur peut transporter pour 5M $ de matériel et il ne sait même pas si la marchandise est encore là», affirme M. Tardif.

Un long processus

Il a donc mis au point un émetteur – attaché aux câbles du chargement – et un récepteur – situé dans le camion – sans fils qui indiquent au camionneur lorsque la tension du câble chute. Il a appelé son projet Johny Tiedown en l’honneur de son fils.

«Tous les camionneurs ont déjà eu des problèmes de tension dans leur chargement. Ils n’ont aucun moyen pour vérifier si leurs câbles sont solides à moins d’arrêter sur le bord du chemin et de vérifier manuellement. Ils peuvent parfois rouler plusieurs centaines de kilomètres avec un câble qui ne retient pas bien la marchandise. Je ne voulais pas que mon fils soit mort pour rien», soutient M. Tardif.

Deux mois après l’accident, l’entrepreneur avait son idée, mais ça lui a pris cinq autres années avant d’obtenir tous les brevets et de raffiner le prototype.

«Ça pris trois ans pour faire le premier prototype et il n’a fonctionné seulement que 14 minutes! Il fallait que notre émetteur puisse supporter les vibrations, la pluie et le froid, bref toutes les conditions d’un chargement. On a aussi travaillé fort pour que les ondes ne se mélangent pas d’un camion à l’autre», indique M. Tardif. Lorsqu’il entrera en production à l’automne, l’entreprise produira des émetteurs pour les câbles de 2, 4 et 6 pouces incluant ceux en acier.

Cent morts par année

En Amérique, une centaine de décès par année sont attribuables à la chute d’une cargaison en plus de causer 25 000 accidents. Transports Québec et la Société de l’assurance automobile du Québec sont intéressés au Johny Tiedown, mais n’ont pas l’intention d’obliger les camionneurs à l’adopter.

«Ç’est comme la ceinture de sécurité dans les voitures. Lorsque la moitié des camionneurs l’auront adopté et des études qui démontrent que l’on pourrait sauver tant de vies, là, peut-être, vont-ils l’obliger», déplore M. Tardif.

De l’électricité dans les mines

Née en 2005, Manufacture Adria, une filiale de Construction Promec, conçoit, fabrique et remet à niveau des équipements électriques industriels. En fait, c’est en 2003 que Promec commence, à la demande de ses clients, à remettre à neuf les équipements électriques industriels à haut voltage. Après peu de temps, l’entreprise a étendu ses activités de réusinage à la fabrication de ces mêmes équipements, incluant les travaux de découpe et de pliage du métal en feuille pour la fabrication des cabinets, le design et l’installation des composantes électriques à l’intérieur des équipements, ce qui a mené en 2005 à la création de Manufacture Adria.

«Au départ, nous n’avions que six employés. Nous sommes maintenant 25 et on aimerait en avoir entre 40 et 50 d’ici deux ans», indique le directeur des opérations chez Manufacture Adria, Jean-François Couillard. La force de l’entreprise est de mettre au point des produits sur mesure selon la demande des clients. Par exemple, elle a expédié une génératrice d’urgence de 45 pieds de long pour la mine Raglan, située au Nunavik. Pour l’Abitibi-Témiscamingue, Manufacture Adria est un exemple de nouvelles entreprises prometteuses puisqu’elle agit dans un secteur qui n’a jamais existé dans la région. Elle a d’ailleurs remporté le prix Extra de la Chambre de commerce de Rouyn-Noranda dans la catégorie Nouvelle entreprise l’année dernière. Un des principaux freins au développement de cette jeune entreprise est la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit dans la région, particulièrement au niveau des soudeurs et pour la fabrication de l’acier. «Ce n’est pas évident d’être en croissance dans le marché actuel», soutient M. Couillard.

Bien que le principal marché de l’entreprise soit dans les mines, Manufacture Adria fait beaucoup de recherche et de développement afin de créer de nouveaux produits et bien tirer son épingle du jeu lorsque les mines retomberont dans un cycle moins favorable.

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